‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 104 sur 164 · ANIMOSITE ET VIOLENCES DES PARTIS · texte numérisé non relu

ANIMOSITE ET VIOLENCES DES PARTIS

La reine avait pris soin, dès le 13 novembre, dcdégagcr les bonnes villes de toute obéissance aux ordres qui leur seraient signifiés de par le roi ou le dauphin, attendu qu'à elle seule, durant l'occupation de son seigneur le roi, appartenait l'administration du royaume. Isabeau et Jean s'étaient aussi donné, comme Armagnac, un conseil, et le duc put opposer ordonnances à ordonnances. Arrivée à Troyes, Isabeau décerne au duc de Lorraine l'épée de connétable; le 6 janvier 1418, elle confère au duc de Bourgogne le droit de battre monnaie à Dijon, Troyes, Châlons et Màcon ; le 10, elle le nomme gouverneur du royaume ; au mois de février suivant, elle appelle auprès d'elle le parlement, qu'elle avait d'abord institué à Amiens pour remplacer le parlement de Paris, « assujéti aux usurpateurs de la puissance royale. »

Et cependant, depuis 1417, « le roi d'Angleterre, profitant des (( troubles de la France, toujours conquètait et prenait places, . . . « et ne rencontrait résistance, sinon d'aucuns gentilshommes de « bonne volonté ^ ». Ses troupes battaient en tous sens la campagne, pillaient, rançonnaient et gâtaient principalement les alentours de Paris qu'elles affamaient. La fureur y était à son comble contre Armagnac, quand une porte, livrée par un mécontent, vint y donner entrée à 800 cavaliers bourguignons (28 mai 1418). Ils s'emparent de la ville aux cris de la Paix! la Paix ! Bourgogne ! auxquels le peuple répond bientôt en criant : Vive Bourgogne ! et se saisissent de la personne du roi, tandis que Tanguy duChâtcl courait avec Barbazan prendre en son hôtel le dauphin endormi, et le portait, enveloppé dans sa robe de chambre, à la Bastille de Saint-Antoine, d'où, après l'avoir fait habiller, ils le menèrent jusqu'à Melun. Le comte d'Armagnac avait tenté de fuir ; mais, livré aux mains de ses ennemis, il fut jeté dans une prison et peu après égorgé.

Jean arrivait précisément à Troyes le jour de la reprise de la capitale par ses partisans ; mais, avant de se rendre à Paris, il voulut laisser à ceux-ci le temps de compléter leur œuvre, et ne quitta Troyes avec la reine que le 8 juillet, après le massacre d'Armagnac et de ses principaux partisans. Ils étaient accompagnés d'une garde

de la cathédrale, une offrande d'un mouton d'or, valant vingt sols tournois, monnaie du temps {Arch. de l'Aube, G. 1561, f° 185, r°). ' Juvénal des Ursins, p. 539.

nombreuse et marchaient à petites journées ; ce ne fut que le 14 qu'ils firent à Paris leur entrée, à la grande joie du peuple qui criait de toutes ses forces : Vive le roi ! vive la reine ! vive le duc ! vive la paijiJ/Mais la paix ne vint pas, ni les vivres non plus : l'Anglais tenait toujours la basse Seine ; les Armagnacs, la haute Seine et la Marne. Les bouchers crurent n'avoir pas encore assez tué, et procédèrent, le 21 août, à de nouveaux massacres.

Pendant ce temps, le dauphin, après avoir misa Melunet à Meaux de grosses garnisons qui pillaient le pays, faisait de Bourges ce que sa mère avait fait de Troyes, c'est-à-dire le siège de son gouvernement ; il nommait Tanguy du Ghâtel maréchal de ses guerres et « lieutenant capitaine général de tous les pays de France, Gham- « pagne. Brie et de outre la rivière de Seine » ; et établissait à Poitiers un parlement, qui devait commencer ses travaux le !«■' décembre, pour les clore le 28 septembre 1436 .

La France se trouve ainsi partagée entre deux gouvernements, et la haine entre Armagnac et Bourguignon devient de plus en plus profonde et violente. « Le voisin ne garde plus sa foi à son voisin, (( le frère à son frère, le fils à son père. Chacun semble comme animé « par un implacable ressentiment ou aveuglé par une excessive « cupidité ; on se jette les uns aux autres la dénonciation d'Armagnac « ou de Bourguignon, pour attirer la mort sur son semblable, le « dépouiller de ses biens, l'exiler du royaume '. »

Des chevaliers et des écuyers appartenant aux plus nobles familles, et se disant au service du duc de Bourgogne, traversent à main armée les territoires deChampagne, de Bourgogne et de Picardie, où l'on trouvait des vivres en abondance, et abandonnent ces pays à la merci d'une soldatesque effrénée. De leur côté, les exilés et les proscrits dévastent les campagnes avec la fureur de l'ouragan, forçant les églises et les monastères, enlevant des sanctuaires les objets consacrés au culte, . . . torturant leurs prisonniers pour leur extorquer de l'argent, violant les femmes sans distinction d'âge ni de rang, et se livrant, en un mot, à tous les actes de la plus affreuse barbarie, sans que les gens de guerre, habitués eux-mêmes au pillage, eussent d'autre souci, quand ils apprenaient l'entrée des

» Moine de Saiiit-Ueiiis, 1 . VI, p. 203.

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