U18. ANIMOSITÉ ET VIOLENCES DES PARTIS
brigands en Bourgogne, en Picardie, en Brie et en Champagne, que d'aller chercher fortune dans une autre province ^
Au milieu de ce désordre, le roi, le 13 avril 1418, avait, dans un de ses moments de lucidité, écrit aux habitants de Reims, pour se plaindre de la légèreté des villes qui s'étaient déclarées en faveur du Bourguignon, et afin de les encourager à le servir corps et biens en bons sujets, avait nommé Guillaume de Ghàtillon capitaine de la ville, comme ses aïeul et bisaïeul avaient étê^; le 7 août suivant, sous l'influence de Jean, il approuvait tout ce que les Ghàlonnais avaient fait à la poicrsuite de son cousin le duc de Bourgogne, leur déclarant qu'il les tenait pour ses bons, vrais et loyaux vassaux et subjects, et leur accordant, pour être employé aux fortifications, le tiers du produit des biens confisqués sur ceux d'entre eux qui s'étaient déclarés partisans d'Armagnac.
Les environs de la ville étaient, en effet, couverts de maisonsfortes occupées par des bandes des deux partis, qui ravageaient le pays sans souci de l'opinion de ceux qu'ils dépouillaient : ici, des garnisons bourguignonnes occupant les châteaux de Somme- Veslc, de Recy, de Sarry, de Sept-Saulx, de Saint-Remy-sur-Bussy, de Dampierfe, de Louvois, d'Etrepy, de Juvigny ; là, des Armagnacs établis à Gonflans, Ghéniers, Saint-Basle, Vaugency, Montjâlons, la Mothe-de-Courtisols, Yitry, Brugny, Yillers-aux-Gorneilles, Gernon, Ay, Vertus, Ambonnay, Hans, Tours-sur-Marne, et au Mont-Aimé.
Ainsi entourée, la place était peu sûre, et il importait d'autant plus aux bourgeois de se tenir en garde contre les surprises du dehors, que les discordes civiles leur offraient au dedans peu de tranquillité. Dès le 26 juin 1418, leGonseil ^ avait décidé que « ceux « de Ghàlons seraient toujours armés » ; le 1'^'' août, il ordonnait que « tous les habitants et spécialement les hommes porteraient c( sur leurs robes et sur eux la croix de Saint-André, afin qu'ils
' Id. p. 65 et 67. Les noms d'un grand nombre de chevaliers auxquels le Religieux fait allusion sont indiqués dans Monstrelet.
* L'entérinement des lettres est du 30 septembre {Arch. delà ville de Reims, Statuts, l. F"", p. 4o3).
' Les registres des Conclusions du Conseil de ville de Cbalons existent à la biblioltièque de la ville ; ils s'ouvrent au 12 novendire de l'année 1417 et se suivent jusqu'à la révolution, mais malbeurcuscment avec plusieurs lacunes.
« soient congneus, s'il venait aucun assaut à la dicte ville » ; le 11 octobre, il faisait mettre une garde sur le clocher de Saint-Etienne, « pareillementcomme à Saint-Pierre ; etqu'il tappe quant on tappera « à Saint-Pierre, et qu'il ait une bannière pour mestre du cousté où « il veira venir gens d'armes ».
Le 29 décembre, il renouvelait l'obligation pour tous d'être armés, et imposait aux bourgeois du bourg Saint-Sulpice, en particulier, celle d'avoir une lance prête, sous peine d'être déclarés traîtres à l'Etat. En même temps, il faisait arrêter tous ceux qui étaient suspects de sentiments contraires à messire le duc, ou qui \.end\Q\\ico\\i\e\\i\ de maicvaises paroles. "^nX n'était épargné, pas même les religieux.
Le 5 janvier, Jean de Roi, prieur de Tours-sur-Marne, est banni de la ville pour converser avec des hommes ennemis du Roy et haineux de la dite cité; banni le frère Regnault de Maison, ministre de la Trinité (9 février). En même temps ordre est donné d'abattre les fortes maisons de Yaugencien, de Mont-Jàlons (20 février), de Yillers-aux- Corneilles et la Mothe-de-Courtisols (23 février). On fait la revue des armes le 2 mars, et chacun est tenu d'en avoir « dedans huit jours sous peine de X 1. 1., ou on lui en achètera ». Tout le monde est appelé à faire le guet. Le curé de Saint-Alpin demandait à en être exempté, mais « il est très hault, riche homme et bien hérité : « il y ira ou envolera doresnavant un homme bien armé... pareille- « ment comme les aultres bourgeois » (M mars). Enfin les frères des ordres mendiants ', Gordeliers, Augustins et Prêcheurs, mandés séparément devant le Conseil, sont invités à demeurer fidèles ai* roi, à recommander en leurs prières Châlons, ceux du Conseil et les habitants (9 mars 1419).
La France, qui était si profondément divisée, était encore menacée dans son indépendance nationale ; car, à la faveur de ses divisions, le roi d'Angleterre multipliait ses conquêtes et manifestait plus clairement son ambition : il venait de s'emparer de Rouen et n'exigeait pas moins (Conférences de Meulan, 29 mai 1419), pour renoncer à ses prétendus droits sur la couronne de France, que
' Ils étaient à Cliàlons an nombre de cinquante-deux, dont 34 prêtres, 3 diacres ou sous-diacres, et 15 jones enfants ou novices [Concl. du Conseil).