ILS SONGENT A SE COALISER CONTRE L'ANGLAIS
l'abandon absolu des provinces qu'avaient possédées les Plantagenet au xii« siècle.
Armagnacs et Bourguignons s'effrayèrent de la situation, et songèrent aux avantages d'un rapprochement pour combattre l'ennemi commun. Il y eut une première entrevue entre le dauphin et le duc de Bourgogne au Ponceau-Saint-Dcnis près de Melun, et tous deux y jurèrent d'oublier le passé, de se restituer les places qu'ils s'étaient enlevées et de vivre désormais en bonne intelligence contre l'Anglais (11 juillet). Ils convinrent aussi, en se séparant, d'avoir une nouvelle et prochaine entrevue à Montereau. Le peuple se montra tout joyeux de cet accord ' , mais il n'en fut pas plus heureux ; car les partisans des princes, loin de renoncer à leurs ressentiments, semblèrent s'y livrer avec plus de fureur encore : « C'étaient « de leur part, de continuelles pillerieset dévastations. S'ils appro- « visionnaient leurs places de vivres, c'était pour s'y abandonner « plus librement à toutes sortes d'orgies et de débauches. Ils n'en « sortaient que pour courir à travers champs, traquer les voyageurs « et les marchands comme des bêtes fauves, et leur extorquer, à « force de tourments, d'énormes rançons- ». Les Bretons, les Armagnacs, les Gascons au service du Dauphin n'étaient pas les moins dangereux : « Ils ne cessaient de piller partout les paysans et « le menu peuple, et ceux-ci, poussés au désespoir, abandonnaient « la culture des champs et se retiraient dans les forêts pour y « vivre à leur tour de brigandages. Aussi, dans la Normandie, le « Parisis, la Brie et la Champagne, les terres demeuraient incultes « et ne fournissaient point aux habitants les provisions de blé « accoutumées^ ».
La surprise de Pontoise parles Anglais, le 29 juillet, en contraignant le roi et la reine à partir pour Troyes, afin de s'éloigner du théâtre de la guerre, fit vivement sentir la nécessité d'une sérieuse entente entre les princes, pour mettre un terme aux maux causés par leurs troupes, et tourner leur valeur contre l'ennemi. Cédant
^ C'est ce qu'on appelle le traité de Pouilly, d'une petite localité voisine du lieu de l'enti-evue (V. VHist. de Charles Y// de M. de Beaucourt). On en fit la lecture à Châlons le IG juillet {Concl. du Conseil).
2 Moine de Saint-Denis, t. VI, p. 347.
3 Id., ibid., p. 365.
aux instances de ses parents, Charles pressa donc la nouvelle entrevue qu'il devait avoir avec le duc, et sans s'arrêter aux observations de Jean, qui, pour l'avoir à sa discrétion, aurait préféré que l'on se réunît à Troyes, il se dirigea vers la ville de Montereau-faut-Yonne, où il fit préparer hors du château une enceinte fermée par des barrières de bois. Le duc hésitait à s'y engager ; rassuré par les serments de Tanguy du Châtel ^ il se décida et, arrivé devant le dauphin, il fléchit le genou, protestant à son a très honoré et redouté seigneur » de son désir de l'aider à repousser ses ennemis ; à quoi le dauphin, en l'invitant à se relever, répliqua qu'on ne saurait mieux dire. Malheureusement les actes n'avaient point répondu aux engagements pris à Pouilly, et Charles en attendait toujours l'effet. Sur l'observation qu'il en fit : «Monseigneur, dit le duc, je n'ai fait autre chose que ce que je devais faire ». Des démentis furent échangés, et dans la chaleur de la dispute, Jean mit la main à son épée. A cette vue, les chevaliers du dauphin s'émeuvent, et tandis que les uns entraînent Charles hors de l'enceinte, les autres frappent le duc et le mettent à mort, sans que ses gens, qui occupaient une des barrières du pont, songent à intervenir, cuidans que ce feust monseigneur le dauphin qu'on eust tué (10 septembre 1419)^.
§ III. — Concile de Constance (1414-i417).
Les angoisses de la France n'avaient pas un seul instant détourné son attention des intérêts religieux de la chrétienté. Sa sollicitude pour le rétablissement de l'unité de l'Eglise était vive ; elle y mettait tout ce que lui laissaient de vie les fureurs des partis. En voulant remédier au schisme, le concile de Pise n'avait fait qu'aggraver le mal : il avait bien déposé Benoit XIII et Grégoire XII comme indignes de tout honneur, et procédé successivement à l'élection d'Alexandre V(26 juin 1409) et de Jean XXIII (17 mai 1410) ; mais les deux papes frappés par la sentence des pères ne s'étaient point soumis, et trois compétiteurs s'arrogeaient la dignité pontificale. Un nouveau concile était devenu nécessaire. Il se réunit à Constance
' C'esl l'orlhograplu! donnée par l'historien de (Charles VII.
2 V. l' Zf/s^ rf(? C/iar/es y// par G. du Fresne de Beaucourt, 1. 1"^'', p. 168 |
et sq. '