SOUS LES PREMIERS CARLOVINGJENS
juridiction sur un certain nombre de coDitcs, formantun mtssattcum, qu'ils devaient visiter quatre fois l'an. La Champagne lyonnaise se trouva ainsi comprise dans la légation de Magnus, archevêque de Sens, qui surveillait, de concert avec le comte Godefroy, les villes d'Orléans, de Troyes, de Langres, de Besançon et d'Autun. Wulfar, qui devait occuper le siège de Reims, réunissait sous sa juridiction les districts de Dormois, de Voncq, du Gastrois ', de Stenay, de Ghâlons, de l'Otmois, du Laonnois, du Valois, du Portien, du Tardenois, du Soissonnais, c'est-à-dire toute la Champagne ^ \belgique], La Brie champenoise était soumise à l'inspection de Fardulphe, abbé de Saint-Denis, et d'Etienne, comte de Paris, chargés de visiter avec cette ville les cantons de Meaux, de Melun, de Provins, d'Etampes et de Ghartres ■\
Les départements assignés aux commissaires impériaux varièrent sans doute avec le temps. Ainsi voyons-nous le fils et successeur de Charlemagne partager en deux la province de Reims (822), et nommer pour Reims l'archevêque Ebbon; en cas d'empêchement de ce prélat, Ruotadus, son coadjuteur, et le comte Ruotfridus devaient être chargés de la visite des six comtés de Reims, Ghâlons, Soissons, Senlis, Beauvais et Laon *. L'inspection des autres comtés était confiée à deux autres commissaires.
En 827, les missatiques étaient au nombre de neuf: ils avaient pour chefs-lieux Besançon — Mayence — Trêves — Gologne — Reims, Ghâlons, Soissons, Senlis — Beauvais et Laon — Noyon, Amiens, Tournay et Gambrai — Rouen — Tours — Lyon, la Tarentaise et Vienne ^. Ils devaient s'élever à douze sous Charles
1 Castricensi pago, plus tard le comté de Rethel. V. Marlot, Hist. de la ville de Reims, t. il, p. 658.
2 Flod. Hist., 1. H, c. 18. — Wulfar y remplissait ces fonctions avec l'aide de quelque comte.
^ V. Baluze, Capital, (a. 802), dans le 5<= volume de la réimpression des Scriptores rer. Gai., p. 661, et Flodoarl, Hist. Eccl. rem., I. H, c. 18
* Capitvl. ap. Script, rer. Gall,, réimpression, t. VI, p. 425. •^ Ansegise, 1. 31, c. 25, 26, 27.
le Chauve, ainsi qu'on le voit par un capitulaire de 853, à la suite duquel se lisent les noms des missi contemporains '.
Quoi qu'il en soit des modifications qu'elle subit, cette organisation, qui devait communiquer à l'administration de l'Empire une énergique impulsion, eut sur ses destinées une heureuse influence et ne contribua pas peu à le soutenir au milieu des troubles qui ne tardèrent pas à l'agiter.
Charlemagne, qui avait si tort à cœur l'ordre administratif, n'avait pas pris un moindre soin de la discipline ecclésiastique. Jaloux de l'affermir encore, il ordonna, sur la fin de son règne, cinq conciles nationaux, dont un se tint à Reims au mois de mai 813. « Il s'y fit, dit Flodoart, 43 canons, qui traitent des motifs de la foi, de l'honneur de l'Eglise de Dieu, de l'institution de ses recteurs et ministres, de la fidélité au roi, et d'objets d'utilité publique et générale » -.
Charlemagne était descendu dans la tombe, et le petit-fils de Pepin-le-Bref, Louis-le-Débonnaire, aspirait à recevoir des mains du pape la consécration de son autorité, quand Etienne IV vint à Reims (816), Ebbon étant alors archevêque de la cité^. Un chroniqueur du temps rapporte que le roi alla au-devant du pontife jusqu'à une demi-lieue de Ja ville, et que, dès qu'il l'aperçut, il descendit de cheval et s'inclina par trois fois jusqu'à terre devant lui en disant : « Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur. » Le pape descendit aussi de sa mule et répondit : « Béni soit notre
* Distinguons entre ces noms ceux qui intéressent la Champagne :
1° L'évêque Hincmar, Ricuin, Engiscaîc pour le Rémois, les cantons de Voncq, de Stenay, du Perthois, du Barrois, de Changy, de Châlons, du Bassigny et du Tardenois ;
2° L'évêque Pardule, Altmare, Théodacre pour le Laonnois, le Portien, le Soissonnais, le pays d'Ourcq et le Valois ;
10° L'évêque Wénilon, Eudes et Donatus pour le Sénonais, le pays de Troyes, le Gâtinais, le pays de Melun, le Morvan, les pays de Provins, des Trois-Arcs (Arcis-sur-Aube, Arc-en-Barrois, Arc-sur-Tille) et les deux Brienne (Brienne-la- Ville et Brienne-le-Château).
« Flod. Hist. Rem. EccL, 1. H, c. 18.
3 L'archevêque Ebbon, dit Flodoart (1. 11, c. 19), reçut à Reims le pape Etienne avec le roi Louis. Wulfar, son prédécesseur, qui avait tenu, en 814, « sous le règne de Louis », un concile à Noyon, venait de mourir.