‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 110 sur 164 · SIÈGE ET PRISE DE MEAUX PAR HENIU V · texte numérisé non relu

SIÈGE ET PRISE DE MEAUX PAR HENIU V

qu'ils battaient pour le faire braire, criant aux Anglais que c'était leur roi qu'ils avaient fait prisonnier, en les invitant à venir à sa rescousse. Ils soutinrent intrépidement leur insolence, et l'armée anglaise, retenue sous les murs de Meaux pendant tout l'hiver, se consumait par le froid, la misère et la peste ; mais Henri avait été blessé au vif, et il avait juré de venger l'outrage fait à sa dignité royale. Il demandait déjà à l'Allemagne, au Portugal des soldats pour réparer ses pertes, lorsqu'on vint, au milieu de ses préoccupations, lui annoncer que la reine lui avait mis au monde un fils au château de Windsor, à Windsor dont il lui avait interdit le séjour, parce qu'une ancienne prophétie attachait à ce lieu un augure néfaste : « Henri de Montmouth, dit-il avec un accent fatidique, (( régnera peu et conquerra beaucoup ; Henri de Windsor régnera « longtemps et il perdra tout. La volonté de Dieu soit faite ! » Enfin la ville de Meaux l'ut prise, et les défenseurs retranchés dans le marché, à bout de ressources et aux prises avec la famine, durent se rendre le 2 mai 1422. Le bâtard de Vaurus, excepté avec quelques autres de la capitulation, fut décapité, puis pendu par les épaules à l'orme qui lui avait servi de gibet' .

Ce fut le dernier exploit du roi d'Angleterre. S'il en fut rendu de publiques actions de grâces dans la cathédrale de Troyes (14 mai), hâtons-nous de dire que le vénérable évêque de cette ville s'abstint d'officier en cette cérémonie. Etienne était trop Français pour s'associer à la joie d'un si triste succès. Henri mourut à Vincennes de la dyssenterie, le 31 août suivant. Sept semaines après (21 octobre), Charles VI descendait à son tour dans la tombe, délaissé de la reine, mais pleuré de son peuple ; et le roi d'armes, après avoir prié le Ciel d'avoir pitié de son âme, criait sur la fosse : « Dieu accorde « bonne vie à Henri, par la grâce de Dieu roi de France et d' Anglece terre, notre souverain Seigneur ! » Le nouveau roi d'Angleterre, Henri VI, avait neuf mois. De son côté, le fils de Charles VI prit, le vendredi 30, en son château de Mehun-sur-Yèvre, le titre de roi, et deux jours plus tard, le i^"^ novembre, il tint sa fête comme roi dans

^ Les Châlonnais donnèrent à Hemotin Simon, chevaucheur du roi, 43 s. t., pour avoir apporté lettres « de par très hault, très excellent et puissant prince le roy d'Angleterre, héritier et régent de France, de la prinse du marché de Meaulx » [Comptes de la ville).

la cathédrale de Bourges. Il avait alors 19 ans, et avait épousé solennellement en avril Marie d'Anjou, sa fiancée depuis le 18 décembre

§ II. — De LA MORT DE Gh ARLES VI AU COURONNEMENT

DE Charles VIL 1422-1429.

Le duc de Bedfort, tuteur de Henri VI, débute par des mesures de défiance, et resserre son alliance avec le duc de Bourgogne. — Il songe ensuite à occuper les places situées sur les deux rives de la Seine, tandis que Charles travaille à prendre pied dans la Champagne. Défaites de ce prince à Gravant et à Yerneuil ; il perd les places qu'il possédait. — Mais les succès des Anglais coûtent cher aux populations, qui ploient sous le fardeau des impôts. Ruine générale. Les convocations réitérées des trois Etats n'y remédient pas. Charles, sur ces entrefaites, offre l'épée de connétable au duc de Richemont, mais il ne tarde pas à livrer à la Trémoille le soin de ses affaires. — Etat désespéré oii celles-ci tombent. Siège d'Orléans par les Anglais. — Jeanne d'Arc, suscitée par la Providence, délivre Orléans et conduit Charles en Champagne, oîj, après la soumission de Troyes et de Ciiâlons, celle de Reims lui permet d'y taire sacrer le roi, Jeanne veut alors, mais inutilement, se retirer.

La minorité de Henri VI livrait à ses oncles, les ducs de Glocester et de Bedfort, l'administration de la France et de TAngleterre ; le partage qu'ils en firent donna au duc de Bedfort le gouvernement de la France.

Bedfort débuta par desmesures de défiance. Après avoir enchaîné les consciences parisiennes par les liens du serment, exigeant de tous, des moines comme des porchers et des chambrières, qu'ils jurassent de lui être bons et loyaux, et de nuire de tout leur pouvoir à Charles se disant roi de France, et à tous ses alliés ou complices, il fit soigneusement rechercher les opinions des habitants de Troyes, la capitale dlsabeau, et à tous ceux qui n'étaient pas connus ou qui étaient peu sûrs, il imposa des répondants ou des cautions. Les Ghâlonnais reçurent de Henri, roi de France et d'Angleterre, l'ordre d'observer le traité passé entre les deux royaumes, et de lui renvoyer toutes lettres qui pourraient leur être adressées par ses ennemis et adversaires (Paris, 28 novembre 1422). Pour vivre en paix il fallait se munir d'un certificat de servilisme. A Reims, Guillaume Prieuse, supérieur des Carmes, ayant eu l'imprudence de dire qu'il y avait plus de SOO bourgeois qui avaient les fleurs de lys

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