BEDFORT EPOUSE LA SOEUR DE PHILIPPE LE BON
empreintes au cœur, et que le Dauphin disposerait de la ville quand il voudrait, se vit dénoncé comme suspect d'atlachcmentà Charles. Traduit, malgré Timmunité de sa robe, devant Jean Cauchon, lieutenant du capitaine de Reims, il soutint ses opinions avec fermeté : « Jamais roi anglais, dit-il, n"a régné en France, jamais « Anglais n'y régnera '. »
Bedfort fortifia ensuite son alliance avec le duc de Bourgogne et le duc de Bretagne par un traité dont les parties contractantes s'engageaient à s"aider et secourir mutuellement, à concourir d'un commun accord au rétablissement de la tranquillité du royaume et à faire en sorte qu'on y pût cultiver les terres (traité d'Amiens ou de la Triple alliance, 17 avril 1423) : sollicitude précieuse pour la Champagne en particulier ; car, depuis 1419 surtout, non seulement la culture y avait complètement cessé, mais les cultivateurs avaient même quitté la province, et celle-ci devait, pendant plusde vingt ans, souffrir d'un si cruel état de choses.
Le régent allait rattacher plus étroitement encore Philippe le Bon à la cause anglaise, en épousant Anne de Bourgogne, sa sœur, conformément aux dispositions qui avaient été concertées trois ans auparavant. 11 vint à cet effet dans la ville de Troyes, a à tout grand « puissance de ses Anglais », dit Monstrelet, tandis que la princesse Bourguignonne y était amenée « en gracieux appareil «, et les noces furent pompeusement célébrées, le jour de l'Ascension, 13 mai 1423, La ville offrit en présents d'honneur au régent trois queues- devin de Beaune et trois muids d'avoine ; au gouverneur de Champagne et de Brie, le comte de Salisbury, deux queues de vin et deux muids d'avoine ; à Anne de Bourgogne, plusieurs pièces de toile de fin lin \
Au sortir de Troyes, Bedfort se mit en devoir de reprendre les places situées sur les deux rives de la Seine. Il avait eu soin, pour subvenir aux frais de la campagne, de lever à Troyes même une imposition, et les habitants s'étaient empressés de l'acquitter ; seul Tévèque, taxé à cent livres, refusa de les payer, préférant laisser saisir une partie de ses revenus '\ Bedfort vint d'abord avec le comte
' Vallet (le Viri ville, t. 1«'', p. 368. 2 La queue valait 4o0 litres.
^ Boutiot, l. U, p. 433.
* Arch. de l'Aube, G. 286, f 64 r°.
do Salisbury mettre le siège devant Pont-sur-Seine. Jaloux de le seconder, les Troyens avaient mis sur pied 40 arbalétriers, vêtus de cotes d'armes de toile blanche, douze maçons, huit charpentiers et cinq pionniers. Une grosse bombarde, la Vigoureuse, traînée par cinq chevaux, et deux vocjuelaires, placés sur des chariots, les accompagnaient avec tout le matériel de guerre nécessaire, pierres arrondies, échelles, tentes, pavois au nombre de 78, faits avec de bonnes futailles coupées par moitié dans le sens de la longueur, et neuf grands boucliers avec pied en fer pour les ficher en terre. Prise vers la fin de juin, la ville fut livrée aux flammes, et la garnison passée au fil de l'épée.
Trainel, Gumery, Soligny sur la rive gauche du fleuve. Parois et d'autres places sur la rive droite tombèrent ensuite au pouvoir des Anglais, tandis que les moutiers de Charmont, d'Aubeterre, de Montsuzain, de Voué, dePouan, sur cette dernière rive, et de Saint- Mesmin, d'Origny, de Villeloup sur la rive gauche, tombaient sous la pioche de maçons envoyés par les Troyens pour assurer de ce côté la sécurité de leur ville.
Cependant Charles VII avait résolu d'ouvrir une communication avec les seigneurs qui tenaient pour lui dans la Champagne. 11 lui importait beaucoup de prendre pied dans cette province, car il tenait par là le duc de Bourgogne en échec, et la possession de Reims, dont l'archevêque, nommé chancelier de France, lui était tout dévoué, pouvait enchaîner à sa cause la fortune. Charles s'achemina donc vers la cité du sacre, et, débouchant parGien, il essayait de passer l'Yonne à Gravant, quand, le 31 juillet 1423, il perdit sous les murs de cette place une bataille où succombèrent 1,200 Ecossais, sa principale force. Il lui fallut pour le moment renoncer au plan qu'il avait conçu, et abandonner à elle-même la Champagne, où les gens de La Hire avaient partout annoncé la venue et le sacre du Dauphin, a qui que veuelle ».
Les hostillités se poursuivirent avec des alternatives de revers et de succès. Tandis que les troupes du roi surprenaient la ville de Fismes, et la saccageaient, la réduisaient en cendre, ne laissant aux survivants de la population que l'église et la tour pour retraite, les Anglais surprenaient Sainte-Menehould le jour de la fête de la ville (14 octobre), et faisaient main basse sur les friandises de toute sorte que les habitants avaient préparées. En même temps, Salisbury