‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 112 sur 164 · REPRISE DES HOSTILITES — REVERS DE CHARLES · texte numérisé non relu

REPRISE DES HOSTILITES — REVERS DE CHARLES

faisait assiéger le château de Moymer (Montaimé), « qui moult était « fort ' », par Guillaume de Châtillon, capitaine de la ville de Reims. Cette ville était particulièrement intéressée à la prise de Moymer, dont la garnison entravait tout commerce par ses continuelles incursions, et le chapitre avait ordonné une messe du Saint-Esprit par semaine pendant toute la durée du siège. Mais le château était défendu par de vaillants guerriers, parmi lesquels se distinguait un nommé Caignard. Ces gens d'armes tinrent neuf mois en échec leurs adversaires, faisant de fréquentes sorties et chaque fois des prisonniers de valeur. A la fin cependant ils durent se rendre, et les uns furent ainsi faits prisonniers eux-mêmes, les au très purent se retirer la vie et les biena saufs. Mais Châtillon avait à peine ramené ses soldats triomphants dans la ville, que les troupes du roi surprirent sa conquête et laissèrent dans la place une nouvelle garnison (1424).

Cependant, le 17 août 1423, six semaines après la journée de Cravant, Charles avait essuyé à VerneiUl une seconde défaite : l'indiscipline des Lombards, qui avec les Ecossais composaient son armée, avait entraîné la ruine de celle-ci, et le malheureux roi était réduit aux dernières extrémités, impuissant à soutenir ses partisans. Aussi tombent les unes aprèsles autres les places que défendaient ceux-ci. La Fère-en-Tardenois se rend le 14 février 1424 ; la ville de Sézanne, qui appartenait à la maison d'Orléans, et qui était alors, dans le diocèse delroyes, la capitale, pour ainsi dire, du parti Armagnac ou national, ne tarde pasà être assiégée. Elle avait été l'une des premières dont les Anglais s'étaient emparés (1414) -. Mais après la mort des rois d'Angleterre et de France, Eustache de Conflans et un écuyer du pays, Guillaume ou Gilles Marin, étaient parvenus « par « sédition et séduction » à se bouter dans la place et à s'y rendre les plus forts. 11 s'agissait donc de ramener Sézanne à l'obéissance anglaise. Le comte de Salisbury et le sire de Châtillon vinrent, le 6 avril, asseoir leur camp sous ses murs. La garnison était faible, 400 combattants environ ; mais elle avait à sa tête Gilles Marin, guerrier d'une valeur

^ V C'était, (lit Juvénal des Ursius (p. 618), la plus forte place de Chanipagne ».

- La conquête de Sézanne avait été suivie de celle de Yertus et

tVEpernay.

fiiO LA PROVL\CE DE CHAMPAGNE um.

éprouvée. En vain Salisbury, après avoir bombardé la ville, leur propose une honorable capitulation ; ils refusent de se faire Anglais. Menacés d'être ensevelis sous les ruines du château qui est miné, ils font une sortie meurtrière et désespérée ; mais ils succombent sous le nombre, et Gilles Marin reste sur le carreau avec plus de deux cents de ses compagnons d'armes. Entrés dans la place (24 juin), les vainqueurs pillèrent les biens, outragèrent les femmes et démolirent les fortifications K

Vitry fut, dans le même temps, assiégé par Jean de Luxembourg, comte de Brienne, et livré aux flammes, lesquelles se faisaient voir à plus de soixante villages des environs. La magnil'ique abbaye de Saint-Jacques, qui était alors dans l'enceinte de la ville, fut détruite avec la plupart des monuments publics.

Après avoir été obligée de capituler, la garnison de Yiliy s'était dispersée, et quelques-uns des routiers qui la composaient s'étaient jetés avec la Hire dans l'église fortifiée de Sermaize, qu'ils essayèrent de défendre contre le comte de Salm, gouverneur du duché de Bar. Au nombre des défenseurs de l'église, était un cousin germain de Jeanne d'Arc, Colin Turlaut, de Sermaize, qui fut tué d'un coup de bombarde". Vertus et Epernay succombèrent à leur tour, ainsi

' Les survivants, au nombre de 178, obtinrent du roi « grâce et miséricorde » sous la condition qu'eux et leurs héritiers paieraient à perpétuité chaque année, en expiation de leur révolte, une amende de deitx sols parisis, le Jour anniversaire de la prise de leur ville (octobre). V. les lettres du roi Henri aux Arch. nation., JJ, 173, f" lo6 v° et lo7 v°.

Boissy-le-Repos, Méry-sur-Seine, furent victimes de cette expédition. Ars fut détruit, Boissy était encore inhabité en 1429 ; Méry, également ruiné, ne commença à se repeupler qu'en 1427. {Arch. de l'Aube, G. 286 à 291).

2 11 avait épousé Mengotte de Vouthon, cousine germaine de Jeanne. Dans ce temps-là même, vivait à Sermaize, où il était venu s'établir, vers 1413, un oncle maternel de la Pucelle, Jean de Vouthon, recouvreur de son état. Un des proches parents de Jean, proljableuient un frère, puisque les fils de Jean en héritèrent, Henri de Vouthon, administrait la paroisse, à laquelle il demeura attaché pendant un grand nombre d'années ; Louis de Bar, évèque de Châlons, l'y avait sans doute appelé de 1412 à 1420, et peut-être le curé de Sermaize avait-il, à son tour, attiré Jean dans cette localité. Un des fils de celui-ci, ISicolas de Vouthon, frère de Mengotte, devenu religieux de l'abbaye de Cheminon, fut un des chapelains de Jeanne en 1429 et 1430 (V. les Nouvelles recherches de M. E. de Bouteil-

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que Braine, Nesle-en-Tardenois, Pontarcy, Tours-sur-Mariic, la Folie, Basoches et plusieurs autres localités.

Mais le château de Moymer redevenait pour le voisinage un sujet d'inquiétude et d'effroi ; car les gens du roi, plus passionnés que jamais à son service, étendaient leurs dévastations et leurs contributions de guerre sur tous les villages jusqu'aux faubourgs de Reims. Le comte de Salisbury, impatient de mettre un terme à ces incursions, vint, avec une force imposante réunie de toutes parts ^ assiéger la forteresse, et l'ayant prise à composition au bout de quatre mois, en ordonna la démolition, à la prière des habitants de Reims, de Troyes et de Châlons. Pour hâter l'œuvre de destruction, on avait envoyé de Reims des maçons et des tailleurs de pierre ; mais la tour du donjon était si épaisse, ayant douze pieds d'épaisseur sous la première voûte, et elle se trouvait si fortement cimentée, qu'un ouvrier pouvait aisément porter en une seule fois sur son dos le fruit de son travail de la journée.

Tous CCS succès, d'ailleurs si péniblement acquis, pouvaient flatter l'orgueil anglais, mais ils coûtaient cher aux populations ^ Les subsides, en succédant aux subsides, les appauvrissaient et les for-

1er et G. de Braux sur la famille de Jeanne d'Arc, Paris, Claudin, 1879). Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner que Jeanne, en son enfance, soit venue plusieurs fois à Sermaize et à Cheminon. Le fait est attesté, en ce qui concerne la première de ces localités, par le témoignage d'un cousin issu de germain de la Pucelle, Henri Perrinet de Vouthon, charpentier, qui déposa au procès de réhabilitation, en 1436.

1 Châlons envoya un certain nombre d'arbalétriers et pavoiseurs sous la conduite de Jehan de Chartres, qui reçut pour ce service la somme de six-vingt-seize livres. L'année suivante, li septembre 1425, il fut levé une taille de 1,)]00 Hvres sur les bourgeois et habitants « pour le fait du siège mis sus devant la place et chastel de Moymer, pour payer frais d'arbalétriers, massons, charpentiers, manouvriers, pelles de bois, houelz, coignées, sapes, hottes, canons, bonJjardcs, pavois et aultres habillements de guerre, menez et envoiez de par ladite ville au siège de Moymer. » [Comptes de la ville et documents inédits pour sertir à l'histoire de Châlons, par Louis Grignon).

2 Parmi les aides imposées, en 1424, à la ville de Châlons, il en est une dont la recette est ainsi consignée au registre des deniers de l'hôtel de ville : « Aide en matière de taille mis sus à Chaalons par le roy notre

çaient à fuir pour s'y soustraire. Nul n'était épargné, pas même les gens d'église. Mais, des diverses paroisses assujéties au paiement des aides, les unes appartenaient au domaine du duc de Bourgogne, les autres à celui du roi de Navarre, et l'impôt ne les atteignait pas.

La charge en devint plus lourde pour les autres. Encore, parmi celles-ci, en était-il à qui il ne fallait rien demander, parce qu'il n'y aurait plus rien à prendre, ni personne à qui parler. Ainsi, dans le doyenné de Sézanne, imposé, le 8 janvier 1424, pour une somme de 300 livres, des villes et des paroisses de Saint-Loup, de Broussy-le-Petit,deLachy, de Villeneuve-la-Lymotte, deQueudes, de la Noue, de la Marche, de Mœurs, de Joisy-au-Bois et de Courgenost, « il n'a été rien reçu, pour ce qu'ils n'y demeurent aucunes perce sonnes » . Dans le reste du doyenné, il n'a été perçu que onze livres : onze livres sur 300 ! Il n'était pas sans danger d'ailleurs de s'aventurer dans ce domaine de la misère. Le receveur ne trouvait pas toujours sergent ou autre qui osât aller sur les lieux, alors même qu'ils étaient occupés par des gens d'armes tenant le parti du roi d'Angleterre. Le sergent royal Baudonnet Norbert, qui le tenta en compagnie de quelques hommes, s'en trouva mal : on leur enleva leurs chevaux et leur argent, on leur eût pris la vie par-dessus, s'ils ne se fussent enfuis. Même situation dans les autres doyennés. Tous les environs de Nogent et de Pont demeurent sans culture. Les villages sont presque dépeuplés. A Somme-Fontaine, les terres sont en friche (1423-1424) ; « la ville de Méry a été détruite par la guerre, « disent les comptes de l'évèché de Troyes, et n'y demeure aucun « des hommes ou femmes dudit évêché » (142o-1426). Elle «a été

« sire, el de par ses conseillers et commissaires ayant pouvoir dudit sire, « au mois de septembre 1424, pour parvenir à la viiidange de ses adver- « saires ... et autres gens de guerre en païs et comté de Champagne et o Brie et autres lieux enclavés en iceux, et dont les bourgois et habitans « de laditte ville de Chaalons ont été assis et imposés tant par lesdils « conseillers et commissaires comme par les esleuz, pour leur coite et « portions, à la somme de l.OoO livres, et pour les affaires d'icollc ville de « Chaalons à 800 livres ».

Au nombre des commissaires étail Pierre Caiic/ion, (jui, (rarcliidiacre de Châlons et de vidame de Reims, était devenu évé(iue de Beauvais et conseiller du roi Henri VI. Grignou, Documents inédits, 1880, p. 16).

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