‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 114 sur 164 · REVERS CONTINUELS DE CHARLES VIL · texte numérisé non relu

REVERS CONTINUELS DE CHARLES VIL

premier ministre (juillet 1427) l'homme le moins digne de sa confiance, le sire de la Trémoille, laissa la guerre se poursuivre au milieu de revers continuels. Vainement convoquait-on les états généraux, vainement le roi y conviait-il, le 22 juillet 14i8, les bonnes villes, leur assignant rendez-vous à Chinon pour le 10 septembre, personne n'y voulait ou n'y pouvait venir ; les impôts n'étaient plus levés que par la force, et le roi avait à peine de quoi vivre, de quoi se chausser \ sans pourtant cesser de se montrer libéral à l'égard de ses serviteurs. 11 avait pensé, en contractant alliance avec le roi d'Ecosse, et en stipulant, le 19 juillet 1428, le mariage du dauphin, son fils, avec Marguerite, fille du roi, obtenir secours d'une armée de 6,000 hommes, que Jacques P'' s'était engagé à lui envoyer l'année suivante ; mais le secours ne vint points

Jamais la France n'avait été si fort en péril. D'un côté, Bedfort remettait (3 février 1429) la conservation de la Champagne aux soins d'une commission, formée des hommes d'état et de guerre les plus habiles et les plus dévoués, et confiait la présidence de ce conseil à un Champenois des environs de Reims, maître Pierre Cauchon, évèquedc Beauvais, dont les sentiments, aussi bas que la naissance, s'étaient, dès 1420, manifestés d'une manière odieuse en faveur du roi d'Angleterre ; de l'autre, il pressait le siège de la ville d'Orléans, qui était la place d'armes principale du parti royal, et dont la prise, en lui donnant accès au-delà de la Loire, devait lui permettre « de « marcher au pays de Berri, d'Auvergne et autres pays voisins, pour « aller jusqu'à Lyon ^ ». Malgré la vaillance de ses défenseurs, le bâtard d'Orléans, Graville, la Hirc, Xaintrailles, Villars, etc., Orléans semblait perdue et la France avec elle. Charles ne songeait qu'à

' Il empruntait de tous côtés. Regnault de Chartres, archevêque de Reims, hii fit jusqu'à concurrence de 16,000 livres des avances, pour l'acquit desquelles Charles lui abandonna la ville de Vierzon. (Lettres du 7 août 1425. Arch. nat.^V. 1378S cote 3036). Le bailli de Meaux, Denisde Chailly, lui en fit une de 2,000 fr. pour le ravitaillement de Lagny, en garantie de laquelle il reçut la ville de Crécy-cn-Rrie (Lettre du 2 mars 1433. Arch. nat. J. 194, n"^ 57 et suiv. ). Voy . Hist. de Charles Vil [lar de Beaucourt, t. Il, p. 195, 634 et 639.

^ L'archevêque de Reims, Regnault de Chartres, avait pris part à ces négociations, qui reçurent, le 30 octobre, la sanction de Charles VU.

3 Procès de la Pucelle.

s'enfuir dans le midi, et la noblesse discréditée qui l'environnait qu'à se disputer la domination de sa personne. Le Ciel seul, que le peuple invoquait dans sa détresse, pouvait sauver le pays : il prit pitié de la France, et parmi le peuple même il suscita, pour la tirer de l'abime, une humble paysanne.

Jeanne d'Arc était enfant delà France par sa naissance, étant née à Domremy (Vosges), village du Barrois mouvant, qui, depuis quelque temps, dépendait du domaine royal de Yaucouleurs '. Ses parents étaient d'honnêtes laboureurs qui l'avaient élevée dans la crainte de Dieu et l'amour du travail. Grandie au milieu des soins du ménage et de la vie des champs, dans les pratiques d'une dévotion simple et naïve, elle était arrivée à l'âge de 13 ans (142o), quand un jour d'été, à l'heure de midi et dans le jardin de son père, elle entendit une voix céleste qui l'appelait, et qu'elle sut depuis être celle de l'archange saint Michel. La voix l'entretenait de la grande pitié qui était au royaume de France, et lui faisait pressentir qu'elle était appelée à y porter remède. Mais comment cela se pourrait-il ? — Deux saintes, sainte Catherine et sainte Marguerite, dont elle devait suivre les inspirations comme commandement divin, l'instruiraient de ce qu'elle aurait à faire.

Dès lors, vouant à Dieu sa virginité, Jeanne, sans rien changer à sa conduite, se montra de jour en jour plus attentive aux voix qui la pressaient de venir en France. La situation du royaume devenait inquiétante : il fallait partir pour Yaucouleurs, aller trouver le gouverneur du lieu, Robert de Baudricourt, qui lui donnerait des gens pour la conduire vers le roi. A cette pensée de quitter ce qu'elle a de plus cher, ses parents, ses compagnes, ses paisibles occupations, pour aller affronter le tumulte des armées et l'horreur des champs

' Elle naquit le 6 janvier lil2, et fut baptisée dans la chapelle commune à son village et au village champenois de Greux, dont celui de Domremy était une annexe. Son père, Jacques d'Arc, était de Séfonds (Gcffonds), près Montier-en-Der, en Champagne, mais il était venu de bonne heure à Domremy, où il occupait la charge de doyen. Sa mère Isabeau Romée, était de Voulhon, dans le Barrois. Deux des frères d'Isabeau étaient venus, vers 1415, s'établir à Sermaize, et l'un dos cousins germains de Jeanne y avait, en 1429, ainsi que nous l'avons dit plus haut (p. 420), versé son sang pour la cause de Charles VII. — Sur l'annexion à la chàtellenie de Vaucouleurs, voir V Appendice, n" 9.

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