‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 115 sur 164 · S<. SIEGE D'ORLEANS. — JEANNE D'ARC · texte numérisé non relu

S<. SIEGE D'ORLEANS. — JEANNE D'ARC

de batailles, son âme se trouble : comment pourra-t-clle jamais accomplir une telle mission , elle, pauvre fille, qui ne sait ni monter à cheval, ni faire la guerre ? Mais ses voix la rassurent ; elle part, et, accompagnée d'un de ses oncles du voisinage, se présente au sire de Baudricourt(13 mai 1428).

Congédiée comme une folle, elle ose revenir à la charge, sans se faire mieux accueillir ; mais, cette fois, elle demeure et prend domicile chez- la femme d' un charron. Là sa piété, sa candeur et sa persistance à vouloir se vouer au service du roi lui gagnent tous les respects. Des hommes d'armes du gouverneur de Yaucouleurs s'intéressent à sa mission, et grâce à la voix de ses guides, elle finit par obtenir de ce capitaine qu'il la fasse conduire à Chinon, où était la cour (23 février 1429). Soumise à diverses épreuves, elle triomphe des hésitations du roi et de l'hostilité secrète de la Trémoille, son principal ministre.

Bientôt il lui est donné de prouver par la délivrance inespérée d'Orléans (8 mai) la vérité de son ministère ^ A sa voix, le peuple se sent renaître, la France tressaille d'espoir, et l'Anglais passe de la confiance à la terreur. Aussi Jean Gerson, six jours après la levée du siège (14 mai), n'hésitait-il pas à se déclarer pour Jeanne et à exhorter le parti du roi à « prendre garde de rendre inutile par « incrédulité, ingratitude ou autres injustices, le secours divin, qui « s'était si miraculeusement manifesté ; car Dieu, sans changer de « conseil, change l'arrêt selon les mérites ». Mais la prise d'Orléans n'est qu'un signe éclatant du caractère céleste de ce secours ; il faut aller plus loin. Jeanne montre à Charles la possession de Reims comme le terme de toutes les humiliations : il faut que le roi soit mené à Reims pour y être sacré. C'est là sa mission. La route est longue et périlleuse, mais les obstacles tomberont d'eux-mêmes. Déjà Jargeau est emporté (12 juin), Beaugency se rend le 19, et le même jour, Jeanne remporte la victoire de Pataxj, qui, en soulevant toutes les villes situées entre Seine et Loire, ouvre le chemin de la cité rémoise. Six jours après (25 juin), elle ne craindra pas d'inviter

< A la suite de cet exploif, Charles anoblit Jeanne (2 juin), lui donnant pour armoiries « un écud'azur, à l'épée d'argent, emmanchée d'un panneau d'or, soutenant une couronne de même, férue en pohite etaccostécde deux fleurs de lys d'or ».

le duc (le Bourgogne, ainsi que les « loïaux Iranchois de la ville de « Tournay » ^ à se rendre à Reims pour le sacre du roi ^ et le 29 elle partait de Gien, « tenant sa voie droict à Reims, disant que c'était « la volonté de Dieu que Charles y allast »^

Cependant les garnisons anglaises ne manquaient pas dans les villes qu'il fallait traverser, et Tarmée, qui ne comptait que 12,000 hommes, était sans argent, sans artillerie de siège, sans subsistances. Aussi l'hésitation était grande dans le conseil du roi ; la résolution des habitants d'Auxerre (29 juin) de tenir leurs portes fermées au roi, qui dut passer outre, n'était pas faite pour en triompher*. Brinon-1 'Archevêque, il est vrai, se rendit, et de là Charles YII écrivit aux Rémois (4 juillet), pour leur mander les faits qui venaient de s'accomplir « plus par grâce divine que par œuvre humaine », et pour les inviter à le recevoir, comme ils avaient coutume de faire à ses prédécesseurs, les assurant « d'être traités par lui en bons et « loyaux sujets. » Mais Saint-Florentin, Ervy, qui relevaient du roi de Navarre, devaient remettre leur soumission au mois d'avril 1431. Enfin, le 5 juillet, on arrive devant Troyes, et Charles, mandant aussitôt aux habitants de cette ville son intention d'aller se faire sacrer à Reims, leur commandait de lui ouvrir leurs portes sans avoir à craindre qu'il voulût « prendre vengeance des choses « passées ^ ». .Jeanne avait, dès la veille, adressé de Saint-Phal aux seicjnev.rs hourgeois de la cité un message qui les invitait à faire « vraye obéissance et recognaissance au gentil roy de France », s'ils ne voulaient y être contraints par les armes. Mais il y avait à Troyes une garnison de cinq à six cents Anglais et Bourguignons, qui gouvernaient les résolutions du conseil de ville. Au lieu de répondre à

' Ceux-ci ne reçvu-ent les lettres de Jeanne que le 7 juillet, et chargèrent aussitôt trois députés de les représenter au sacre (V. Jeanne d'Arc à Reims par M. Jadart, p. lo et 16, n. 1).

2 Hist. de CImrles YZ/par dcBeaucourt, t. 11, p. 402.

3 Chronique de la Pucelle, dans les Procès, t. IV, p. 248.

* Us avaient su mettre dans leurs intérêts La Trémoille, en lui faisant compter secrètement 2.000 écus (Cousinol, p. 313, etCharticr, t. I, p. 90).

5 Voyez, entre autres documents, sur cette partie du voyage du roi et les rapports des villes de Troyes, de Châlons et de Reims entre elles, les Arch. ndmin. de Reims, par Varin, Statuts, 1" vol., p. o9() et s(i.,note extraite des Mémoires de Rogier, i° 147.

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