‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 116 sur 164 · U29. CHARLES DEVANT TROYES · texte numérisé non relu

U29. CHARLES DEVANT TROYES

Jeanne, le conseil, qui était en correspondance active avec ceux de Reims et de Chàlons, pour avoir connaissance des événements et s'éclairer sur le parti à prendre à l'égard du dauphin, leur avait envoyé copie de la lettre qu'il avait reçue, se déclarant prêt à défendre la ville jusqu'à la mort, et demandant qu'on pressât le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne de leur envoyer du secours. Le même jour (o juillet), par une seconde lettre datée de o heures après midi, le conseil écrivait à Reims qu'il venait de recevoir des nouvelles du roi et de la Pucelle ; « que celle-ci est une coguarde, une folle pleine « du diable ; que sa lettre n'a ni rime ni raison, et qu'après s'en être « bien moqués, ils l'ont jetée au feu, sans daigner y répondre ». Quant au roi, ils étaient engagés, lui avaient-ils répondu, à ne laisser entrer personne dans la ville sans l'exprès commandement du sieur duc de Bourgogne, « et quand nous voudrions, ajoutaient-ils, « manquer à notre parole, nous n'en serions pas les maîtres, parce « que nous n'y sommes X)as les plus forts. Pour vous, prenez garde à « qui vous vous fiez, car nos coureurs ont saisi un frère mineur « du parti de Charles de Valois, qui leur a dit en paroles de prêtre « et sous le nom de la religion, avoir vu trois ou quatre bourgeois « de Reims qui engageaient le Dauphin à y aller sûrement, se porte tant fort de l'y introduire ».

L'accueil fait à ses lettres n'avait rien de rassurant pour le roi. La soumission de la ville pouvait se faire attendre, et l'armée, on se le rappelle, n'avait ni vivres, ni argent, ni munitions de guerre, si ce n'est quelques bombardes d'une faible puissance. A peine se nourrissait-elle des fèves que l'administration troyenne avait fait semer largement sous ses murs, selon le vœu et les pressantes instances d'un moine augustin, aucuns disent d'un cordelier, le frère Richard, qui était venu de Paris, où les Anglais prenaient ombraige de ses sermons. L'inquiétude était donc au camp, et le conseil du roi inclinait à s'en retourner : l'avis en avait été ouvert par le chancelier de France, Regnauld de Chartres, archevêque de Reims, qui semblait devoir être le plus pressé de rentrer dans sa ville épiscopale et d'y mener le roi. Mais un ancien chancelier de France, messire Robert le Maçon, propose d'envoyer chercher Jeanne d'Arc, et de l'interroger, et à peine avait-il parlé qu'on heurtait avec force à la porte de la salle du conseil. C'était Jeanne qui se présentait. Informée par Charles de l'objet de la réunion, et invitée à dire son

opinion : « Sire, lui dit-elle, serai-je crue de ce que je dirai ? — « Oui, répondit Charles, selon ce que vous direz. — Eh bien ! gentil « roi de France, reprit Jeanne, cette cit('' est vôtre. Et si vous voulez « demeurer devant Troyes deux ou trois jours, elle sera en votre « obéissance, ou par amour ou par force, et n'en faites aucun « doute. — Jeanne, répliqua le chancelier, qui serait certain « de l'avoir dedans six jours, on l'attendrait bien. Mais dites-vous « vrai? » Et comme Jeanne répondit qu'elle n'en faisait aucun doute, on se résolut à attendre, et à faire tout aussitôt des préparatifs d'attaque ' .

Cependant autres que celles du Conseil étaient les dispositions du peuple de Troyes, non seulement encouragé par l'évèque Jean Léguisé et son clergé, mais encore enflammé par les prédications ardentes du frère Richard, qui avait voulu voir Jeanne, et qui, après l'avoir abordée non sans grands signes de croix et grande profusion d'eau bénite, était rentré dans la ville si plein de foi dans sa mission qu'il s'attacha dès lors à sa personne. L'insuccès d'une sortie de la garnison, refoulée dans les murs de la place, n'était pas fait pour modifier ou refroidir leurs sentiments. Quand ils virent apporter les fagots et les matériaux de toutes sortes propres à combler les fossés, en face du lieu désigné par Jeanne pour l'attaque, ils allèrent trouver les commandants de la place et les invitèrent à remettre la ville aux mains du roi ; et comme ceux-ci n'en voulaient rien faire, l'évèque, accompagné de son clergé, des bourgeois de la ville et d'un grand nombre de gens de guerre, se rendit, le 9 juillet, au camp de Charles. On n'eut pas de peine à s'entendre sur les conditions de la capitulation. Charles se montra disposé à pardonner le passé sans aucune réserve, et promit de tenir les habitants de Troyes en paix et en franchise, ainsi que le roi saint Louis tenait son royaume. Satisfaite de cette déclaration, la

* C'est dans ces circonstances qu' « en son poste devant Troyes », Charles fit, le 8 juillet, une ordonnance par laquelle il convoquait pour la fin d'août les états de Languedoc à Carcassonne, afin d'y voter une somme de 30,000 livres, destinée au paiement de l'armée que le comte deFoixIui avait amenée. Les états lui en votèrentune de 50,000 1., el au mois d'octobre suivant, ils décidèrent ({u'une ambassade lui sérail envoyée pour le complimenter sur son sacre (Z). Vaissete, t. IX, col. 1103 de la nouvelle édition).

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