‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 117 sur 164 · SOUMISSION DE TROYES ET DE CHALONS · texte numérisé non relu

SOUMISSION DE TROYES ET DE CHALONS

députation troyennc rentra en ville et rendit compte au peuple de sa mission, et comme le peuple témoigna qu'il était prêt à rendre au roi « plénière obéissance, attendu son bon droit, qui est tel que « chacun peut savoir », le roi accorda, le jour même, aux Troyens deux lettres patentes : par les premières, lettres d'abolition, il pardonnait à ceux qui lui feraient serment de fidélité les « crimes, « délits, et offenses » commis contre son autorité, et confirmait à tous la jouissance de leurs franchises, libertés et privilèges ; par les autres, véritable traité, il leur accordait toute liberté de commerce, maintenait tous les titulaires dans leurs offices et bénéfices, fonctions et titres, déchargeait la ville de tous arrérages d'impôts, abolissait les aides, excepté la gabelle, et laissait aux gens d'armes la liberté de se retirer avec leurs biens. Au nombre de ceux-ci la garnison comptait les prisonniers qu'elle avait faits; mais Jeanne s'opposa à leur sortie, et, comme les Anglais se récriaient, le roi, pour mettre fin au débat, paya toute la rançon. Cette soumission, en répandant la joie parmi les Troyens, eut pour effet de mettre fin à la famine dont souffrait l'armée royale, et d'entraîner la reddition de Ghàlons et de Reims. Ce fut un dimanche, le 10 juillet, que le roi fit son entrée solennelle à Troyes.

Les Troyens n'avaient pas tardé à faire part à leurs voisins de l'heureuse issue de leurs négociations, et, dès le 11, le jour même où Charles adressait à la cité rémoise une nouvelle lettre, ils les exhortaient à « faire au roi pleine obéissance, telle qu'ils l'avaient « faite eux-mêmes », ajoutant qu'il leur déplaisait seulement d'avoir tant tardé, et qu'on serait très joyeux quand on l'aurait fait, d'autant que « c'est le prince de la plus grande discrétion, enten- « dément et vaillance qui issit piéça de la noble maison de France ».

Néanmoins les Ghàlonnais mandaient, le 13, aux Rémois qu'ils étaient disposés à se défendre jusqu'à la dernière extrémité, et ils les engageaient à suivre leur exemple. Mais, le lendemain 13, quand ils apprirent l'approche du roi, ils changèrent de résolution ; ce qui leur fut du reste d'autant plus facile que, si, dès 1422, ils avaient accepté l'autorité du roi d'Angleterre, ils avaient toujours su se garder eux-mêmes sans le secours d'une garnison étrangère. Les seigneurs et les députés de la bourgeoisie, ayant à leur tête Jean de Sarrebruck, se rendirent donc au devant de Charles Yll jusqu'à Lestrée, et, en avouant leurs fautes, lui remirent les clefs de la ville,

qu'il reç2(t bémgnemejit, leur pardonnant d'avoir adhéré aux Anglais et aux Bourguignons ^ Là Jeanne eut la joie de rencontrer plusieurs de ses compatriotes accourus pour la saluer. A l'un d'eux, Jean Morel, son parrain, elle lit présent d'une huque rouge qu'elle avait portée. Le 14, les Ghâlonnais, après avoir fait au roi une réception des plus pompeuses, s'empressaient d'informer les Rémois de leur conduite : ils avaient trouvé Charles, disaient-ils, « doux, « gracieux, piteux et miséricordieux, belle personne, de bel maintien « et hault entendement, et pour rien ils ne voudraient avoir fait « autrement ». Ils conseillaient donc à leurs amis « que le plus tôt, « sans délayer et pour le mieux, ils allassent au devant de lui pour « lui faire obéissance ; ils en recevraient grande joie et honneur. » Reims, sur qui se portaient alors tous les regards et toutes les espérances, et qui, depuis quelque temps, était l'objet de sollicitations contraires de la part du duc de Bourgogne et de Charles VII, ne manquait pas de partisans dévoués à ce dernier, et fermement décidés à demeurer maîtres de leu>rs résolutions, en ne souffrant pas une plus forte garnison que le voulait leur liberté. Aussi le capitaine de là ville, Guillaume de Châtillon, s'était-il retiré à Château- Thierry, mécontent sans doute de n'avoir pas à Reims toute l'autorité qu'il désirait. Pressé de prendre un parti, le Conseil l'invita, le 8 juillet, à venir donner son avis sur les affaires présentes, mais en bornant à 40 ou 50 chevaux le nombre de ceux qu'il amènerait avec lui. Châtillon vint, le 13, accompagné d'une troupe nombreuse, et demanda à être introduit avec son escorte, mais on ne laissa entrer avec lui que les principaux chefs, non moins bourguignons que le capitaine. Ils ne manquèrent pas de faire valoir aux yeux du peuple toutes les raisons propres à le fortifier dans son attachement à leur cause, opposant à la puissance des Anglais qui étaient en marche, la faiblesse et l'épuisement de l'armée royale, et rabaissant l'éclat des victoires que celle-ci avait remportées par les plaisanteries qu'ils faisaient sur la Pucelle, « qui était bien, disait Guillaume, au témoi- « gnage de son frère Jean, la plus simple chose qu'il vit oncques ». Mais partout où ils portaient leurs pas, ils rencontraient des gens du conseil tout prêts à la réplique : brillantes ou non, les victoires du roi

' V. aux Arch. munie. (AA, 3) les lettres d'aboUtion qu'il leur accorda (Lettrée, 13 juillet 1429).

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