SOUS LES PREMIERS CARLOVINGIENS
a Dieu qui nous a donné de voir de nos yeux un second roi a David » \ Ils s'embrassèrent ensuite cordialement; le roi conduisit le pape en le soutenant de la main jusque dans le logement qui lui était préparé en l'abbaye de Saint-Remy, et on y chanta le Te Deum '. Etienne IV y sacra en qualité d'empereur Louis, qu'un de ses prédécesseurs, Adrien I, avait déjà sacré à Rome roi d'Aquitaine, en 781, et lui mit sur la tête une couronne d'or enrichie de pierreries qu'il avait apportée d'Italie. Il proclama en même temps auguste l'impératrice Hermengarde, et lui posa également sur la tête une couronne d'or. Mais, comme on le sait, cette confirmation de son pouvoir ne devait pas sauver Louis des plus douloureuses trahisons, de la plus humiliante dégradation.
S'il se montra zélé pour la réforme de l'ordre monastique jusqu'à confier aux métropolitains de Reims et de Sens la mission spéciale de vaincre même par la force — ils n'y employèrent que celle de leur éloquence — la résistance des religieux de Saint-Denis à l'autorité des lois canoniques ; s'il eut à cœur de convertir à la foi catholique le peuple Danois, et s'il remit ce soin à l'archevêque de Reims, Ebbon, pour qui il avait un attachement particulier, et qui répondit à sa confiance en amenant le roi Harold à se faire instruire des vérités de la religion (826) ; si, cédant aux conseils de Jérémie de Sens, il poursuivit avec plus d'ardeur que de prudence l'hérésie des Iconoclastes (825), moins heureux prince et père qu'évêque extérieur, il fut entraîné par la faiblesse de son caractère dans des difficultés aussi funestes à la dignité impériale qu'à la sûreté de l'Empire.
On le voit, en effet, après la révolte et le châtiment de Bernard, s'accuser comme d'un crime de la mort de ce jeune prince, qui était venu à Châlons-sur-Marne se remettre à sa discrétion. Il n'a plus de repos qu'il n'ait expié sa rigueur ; de sa résidence de Ponthion il convoque à Attigny (822) une diète générale, et là, en présence de ses fils et des grands du royaume, il se dépouille des ornements impériaux, se prosterne aux pieds des évêques et implore
1 L'Astronome^ ap. Script, rer. Gall. (t. VI de la réimpression, p. 99).
2 Thigan. ibid., p. 77.
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avec l'indulgence des hommes le pardon du ciel ' . Les premiers chrétiens avaient pu admirer Théodose dans sa pénitence publique ; l'humiliation que s'était imposée Louis ne fit que lui aliéner l'estime de la noblesse à demi-barbare encore de ses états et encourager à la révolte ses fils ambitieux. Ebbon, qui lui devait tout et qui, moins qu'aucun autre, aurait dû se mêler aux querelles suscitées à son bienfaiteur, Ebbon lui-même, ce fils de serfs germains "^ viendra dans l'assemblée de Gompiègnc (833) provoquer contre Louis un jugement canonique, en punition de prétendus crimes, quand le seul qu'on pût véritablement lui reprocher était l'extrême débonnaireté de son cœur. L'inique dégradation de ce prince soulèvera cette fois l'indignation de ses peuples, et l'indigne prélat, arrêté dans sa fuite, sera gardé à vue dans le monastère de Fulde ou de Saint-Bon if ace jusqu'à la réintégration solennelle de Louis. Puis, l'empereur rétabli à Thionville dans tous ses honneurs (835^ par une assemblée oîi siégeaient, au milieu de 47 évêques, Aldric, métropolitain de Sens, et Alderin, évêque de Châlons, Ebbon, à son tour, sera contraint de résigner les fonctions de l'épiscopat. Peu rassuré d'ailleurs sur les dispositions de Louis à son égard, et pressé d'échapper au juste châtiment de sa félonie en gagnant un port de la Belgique, il eut l'audace de venir à Reims et de piller le trésor de son église ; mais, dénoncé par les propres complices de sa criminelle entreprise, il fut arrêté et retenu prisonnier jusqu'à la mort de l'empereur. Rendu alors à la liberté par Lothaire (840), qui avait envahi les états de Charles le Chauve, et un moment rétabli sur le siège de Reims (841) ^, il dut, devant l'opposition du pape
* Ce concile d'Atfîgny ne demeura pas d'ailleurs étranger à la réforme ecclésiastique ni au rétablissement des écoles : « Scholpe sane ad filios et ministres Ecclesiîe instruendos... in congniis locis ubi necdum perfectum est, ad multorum utilitaiem et profoclum, a vobis ordinari non negligantur. » {Capitul. et Marlof, t. Il, p. 365^.
- Selon Thegan.
3 Ebbon avait fait alors un certain nombre d'ordinations. Un concile tenu à Soissons (le 26 avril 833), les ayant déclarées nulles, un second concile fut également réuni à Soissons (18 août 866) par les ordres du Saint-Siège, aucpiel les intéressés avaient lait appel. Mais celui-ci s'abstint de rien décider, jugeant bon de remettre TatTaire au jugement du pape. Nicolas l" convoqua donc un nouveau concile à Troyes (25 octobre 867),