‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 120 sur 164 · U32. LA MORT DE BARBAZAN RANIME LE PARTI ANGLAIS · texte numérisé non relu

U32. LA MORT DE BARBAZAN RANIME LE PARTI ANGLAIS

mains vides, et furieux : « Nous en aurions eu davantage, disaient- « ils, au mariage d'un orfèvre ou de lout autre bon bourgeois*». Que faire plus longtemps dans cette ville, où il n'y avait pas moins de 24,000 maisons vides, et que hantaient les loups? Dix jours après (26 décembre), ce pauvre roi de dix ans quittait Paris pour n'y plus revenir.

Ce départ avait été précédé d'une trêve de deux ans entre Charles et le duc de Bourgogne (Chinon, 8 septembre), qu'un traité, signé le 13 décembre suivant, devait étendre à toutes les possessions des deux parties ^ ; mais il n'en fut pas moins comme le signal de la reprise des hostillités, et pour les villes de la Champagne un avertissement de se mettre en défense. Dès le mois de juillet 1431, de sinistres rumeurs avaient menacé particulièrement Troyes de l'arrivée prochaine du duc de Bourgogne, et une nombreuse assemblée avait pris des décisions importantes pour la sûreté de la ville. Les remparts devaient être gardés avec vigilance ; les arbres qui nuisaient au guet, coupés dans les environs ; les églises même du voisinage, s'il le fallait, impitoyablement renversées. Obligation pour tout habitant de porter la croix droite « cousue en sa robe », et défense expresse, sous peine de la hart, de parlementer avec l'ennemi ; enfin on écrirait au bailli de Sézanne, au sire de Conflans, à Mussy, à Nogent, à Provins et à Dampierre, pour recommander de transmettre immédiatement au conseil les nouvellesqui viendraient de la marche de l'ennemi : la ville se chargeait de payer les messagers. Châlons, qui, pour son repos, avait pris, en 1431, le parti d'entretenir une garnison de quinze lances et de six archers, se mit également en garde contre toute surprise. La défiance était telle en ces villes, que, lorsque le duc d'Autriche se présenta, en qualité d'allié de Charles VII, aux portes de Châlons (novembre 1432), le

1 Journal du, Bourgeois de Paris, éd. Tuetcy, p. 279. La réflexion est du bourgeois, mais on peut croire qu'il ne fut pas le seul qui la fît, et qu'elle vint naturellement à l'esprit des malheureux (Cf. Michelet, Eist. de France, t. IV, p. 185).

2 La trêve de deux ans n'intéressait, en effet, que les pays voisins de la Bourgogne et de la Champagne. C'est à cette trêve que se rattache une suspension d'armes arrêtée entre les sires de Châtillon et de Troissy, et confirmée par les lettres de Charles Vil, du 4- novembre, que l'on peut voir à l'Appendice, n° X .

4'i8 LA PROVEVCE DE CHAMPAGNE 1432.

lieutenant de la cité alla hors des murs lui l'aire jurer que ses gens ne commettraient aucun désordre et se retireraient à la première réquisition. De plus, on renforça les postes ordinaires et l'on mit sur pied dans chaque quartier vingt hommes « bien honnêtement « armés' )>.

Ces précautions n'étaient pas superflues. Tandis que Charles VU faisait savoir aux habitants de Reims que le duc de Brunswick venait, de la part du duc d'Autriche, à son secours à la tète de mille combattants, et exhortait la ville à seconder ce prince par tous les moyens possibles-, on annonçait à Troyes, le l^"" février 1432, que M. le duc de Bourgogne était aux Grandes-Chapelles, et le lendemain il se montrait au faubourg Saint-Jacques en compagnie de 2,000 chevaux. Mais les postes avaient été augmentés et confiés à de « bonnes gens », c'est-à-dire aux corporations des bouchers, des tanneurs et des cordonniers, dont l'attachement à la cause du roi était bien connu ; le duc passa outre, après avoir obtenu des vivres pour ses soldats. Libre de ce côté, Troyes put donner à Charles VU un gage sérieux de sa fidélité, en l'aidant, avec les villes de Reims, et de Châlons,à faire lever le siège de Lagny. Cette ville, depuis le mois d'août 1429, appartenait au roi. « Jeanne d'Arc y avait planté ou « restauré le drapeau de la France ; elle avait plus récemment « illustré ce lieu par son séjour et par de nouveaux exploits ; les « Français, depuis lors, s'y étaient fortifiés. » Située entre Paris et Melun, sur une route d'eau qui mène à la capitale, cette station armée incommodait fort les Anglais^. Ils l'avaient bombardée vers la fin de mars 1431, y jetant, en un même jour, jusqu'à 412 pierres ou boulets de canon ; un coq tué par les projectiles avait été, dit le Journal du Bourgeois parisien, la seule victime qu'avait faite cette attaque.

' Hist. de Chdlons, p. 185.

* Archives de Reims. Lettre datée de Crissé (Crissey), 10 février 1432. Deux jours auparavant (8 février), Charles Vil, étant à Cliinon, en avait adressé une à Antoine de Helande, capitaine de Reims, ayant le même oV)jet. Dans l'une et l'autre le roi manifestait le dessoin d'employer le duc de Brunswick au recouvrement des places occupées par les Anglais dans le royaume « et mesmement à la vuidance des places {WijTjlure, Pleure et aultrcs esfans en nostre païs de Cliampai;iie ».

3 Vallet de Viriville, l. II, p. 1>94.

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