‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 122 sur 164 · LES FHKHKS BUREAU ET JACQUES COEUR · texte numérisé non relu

LES FHKHKS BUREAU ET JACQUES COEUR

de son royaume. « Il ne tenait compte, disait-on, ni de la guerre, « ni de son peuple, non plus que s'il fût prisonnier des Sarrasins : « il avait avec lui tant de larrons que les ('■trangers disaient qu'il « était la source de tous les larrons de la chrétienté ' ». Pourtant il maudissait au fond du cœur toutes « ces manières de gens d'armes « dont il se trouvait gouverné"^ », et qui ne le servaient que pour leur profit personnel, et il attendait que les circonstances lui permissent de réparer leurs excès. 11 pouvait déjà compter sur l'épée du connétable, à qui il avait remis le commandement de l'Ile de France et de la Champagne^, en même temps que sur le dévouement de la bourgeoisie. La fortune venait de lui rendre Paris (avril 1436), qu'une conspiration prudemment ourdie fit passer aux mains de Richemont, et elle allait encore lui donner deux hommes dont les noms étaient petits, mais dont les génies divers, en mettant à sa disposition deux puissantes forces, l'artillerie et l'argent, lui permettraient d'établir en France, avec la paix, un ordre de chose nouveau et fécond en bienfaits. L'un d'eux, Jean Bureau était un petit cadel de Champagne, originaire de Thaas, que de rares aptitudes firent appeler à la fois à la direction de l'artillerie et "à la gestion des finances du royaume ; le premier, il fit de l'artillerie, en compagnie de son frère Gaspard, un habile et savant usage qui devait donner à cette arme une prépondérance décisive et changer la face des armées*. L'autre Jacques Cœur, après avoir, par d'heureuses spéculations, honnêtement acquis de grands biens, dont plusieurs étaient en Champagne^, sut, en qualité d'argentier du roi, trouver les ressources nécessaires à la guerre et contribuer ainsi à la prospérité du royaume.

1 Journal d'un bourgeois de Paris.

- Olivier de la Marche.

5 Clironique de Richeinont,.

* Jean fut appelé par lettres du 29 septenibre 1439 aux fonctions de commis au fait de rardllerie, qu'il exerçait déjà au siège de Meaux (1437). Son frère Gaspard y fut nommé on avril 1442, en attendant qu'il succédât à Bessonneau comme grand maître (Le P. Anselme, t. VIII, p. 13o, 140). 11 mourut en 1470, sept ans après son frère Jean, décédé le 9 juillet

•'' 11 s'allia d'ailleurs aux Bureau en mariant à Isaheau Bureau son lils Geoffroy.

Appuyé sur ces avantages, le roi ne devait pas tarder à se révéler. Bien que chassés de Paris, les Anglais détenaient encore la Seine, l'Yonne et la Marne par divers châteaux riverains et une multitude de places continentales, Charles vint lui-même, au commencement d'octobre 1437, mettre le siège devant Montereau : c'était pour la sûreté de la capitale l'un des postes militaires les plus importants à recouvrer; c'était aussi un lieu fatal, où s'attachait pour Charles un souvenir funeste : de là, avec le sang d'un assassin et d'un factieux, s'étaient répandus sur sa personne et sur la France les maux les plus cruels, et de tant d'épreuves il n'avait pu sortir qu'en passant par l'humiliation d'un aveu de repentir fait au prince dont la rébellion les lui avait infligées. Ces pensées remuèrent sans doute profondément le cœur de Charles : on l'avait vu jusque-là timide et indolent; en présence de Montereau, il montre un homme nouveau, oublieux du danger, vigilant, infatigable. Il avait fait appel aux communes de la Champagne, Troyes, Reims, Châlons, Langres, et ces villes s'étaient empressées de lui envoyer l'argent, les hommes et les munitions dont elles pouvaient disposer K Troyes, en particulier, lui avait expédié sa grosse bombarde, la Vigoureuse, et deux voguelaires en cuivre. Le jour de l'assaut venu (10 octobre), Charles, à la tête des arbalétriers, se jette dans les fossés de la place, et de là, montant par l'échelle l'épée à la main, parvient des premiers sur la crête des murs, d'où il pénètre dans la ville. En cette attaque, les arbalétriers châlonnais l'avaient vaillamment appuyé ^. Reconnaissant de leurs services et voulant en perpétuer lamémoire, Charles, trois jours après (13 octobre), leur donna, devant Montereau même, des lettres par lesquelles il leur octroyait congé et

' Jl y eut à Châlons, pour les secours à expédier, séances les II, 19 et 23 août, mais les gens d'église refusèrent de participer à la dépense ; aussi les procès-verbaux portent-ils : « Conseil tenu par les bourgeois seulement ». Le 30 août, « conclud que l'on criera par les rues que qui- « conque voudra aller au siège de Montereau sera payé. » (Registre des Conclusions).

2 La compagnie des arbalétriers châlonnais datait de 1337 et comptait en lir", H8 bomnies. Elle on avait fourni 12 pour le siège, avec 6 charpentiers. 4 massons, 4 coulcuvreniers, 2 chars, 4 charretons, un lionnne pour les conduire, 8 couleuvrines, 3 quaques de poudre cl dix coffres de traits {Conclusion du 13 août).

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