EXPÉDITIONS CONTRE LES SUISSES ET CONTRE METZ
après midi, escorté de mille chevaux. 25,000 hommes devaient, sous la conduite de Charles', humilier spécialement l'insolence des Messins, dont les coureurs, disait-on % avaient osé piller, vers le mois de mai 1444, les bagages d'Isabelle, femme de René. C'étaient plus de 50,000 hommes que le roi faisait sortir de France. Ils lui gagnèrent, avec l'éclatante victoire de Saint-Jacques ou de la Birse (28 août 1444) et l'alliance des Suisses, la souveraineté d'Epinal, qu'il plaça sous la juridiction des baillis de Sens, Troyes, Vitry et Chaumont, le protectorat de Toul et de Verdun et l'argent de la cité messine (dernier février 1445) ^ Beaucoup, presque la moitié, avaient scellé de leur sang ces avantages; mais ce sang allait permettre à Charles VII d'accomplir la grande réforme militaire qu'il avait commencée en 1439, à la sollicitation des états d'Orléans, et que la Praguerie, allumée par son ordonnance, l'avait forcé d'ajourner pour se défendre contre la révolte de son fils*.
La Pragmatique avait réservé exclusivement au roi le droit de lever une troupe armée, et l'impôt nécessaire à l'entretien de cette troupe ; elle avait disposé qu'il serait créé un certain nombre de compagnies de gens d'armes, commandées par des capitaines à la
* L'itinéraire du roi le montre à Troyes les 2-6 août; à Bar-sur-Aube, le 12 août ; à Chaumont, ... août ; à Langres, le 29.
2 Le fait n'est rien moins qu'authentique, ainsi que le fait justement observer M. de Beaucourt (t. IV, p. 17), car il est certain qu'Isabelle était alors en Anjou, et qu'elle y demeura jusqu'à la fin de l'année. J. Ghartier n'en dit mot, et il n'en est pas question dans les négociations de paix qui mirent fin à l'expédition.
3 La paix fut négociée, du côté de Metz, par Nicole Louve, Geoffroy Dech, chevaliers, Pornsignon Baudoche, Thiébaut Louve et Jacob de Benestroff, écuyers. En témoignage de son estime et de son admiration pour leur belle conduite, le roi lit présent, à cbacun de ces seigneurs, d'un équipage de guerre complet.
* Il écrivit en cette circonstance à Reims (1440), comme aux autres bonnes villes, pour leur interdire de reconnaître l'usurpation de Louis. Le bailli de Vermandois reçut l'ordre de faire publier que nul « de quel- « qu'estât qu'il soit, nobles, gens d'esglise ne de bonnes villes nefacent « ouverture de ville, entrée, refuge ne confort à Mons. le Dalphin, Mons. « d'AIençon, de Bourbon, Mons. le bastard d'Orléans (Danois) et aultres « capitaines, sur peine de désobéissance » (11 mars 1440. Concl. du Conseil de Châlons).
nomination du roi, lesquels seraient responsables de la conduite de leurs hommes, et que chaque compagnie aurait sa station et garnison détenmnée, dont elle ne pourrait s'éloigner. Puis, considérant que c'était bien à tort que les combattants traînaient après eux, avec autant de chevaux, jusqu'à dix personnes de séquelle, « telles que pages, femmes, varlets et toute telle manière de coqui- « naille, qui n'était bon qu'à détruire le peuple », Charles avait, en 1440, complété les prescriptions de son ordonnance, en décidant qu'il n'y aurait désormais que trois chevaux par lance ou homme d'armes ', ainsi que trois chevaux pour deux archers, et un coutillier ou valet d'armes chargé de les servir.
Quand il revint de son expédition de Metz, et qu'au sortir de Nancy, où René d'Anjou lui avait fait passer l'hiver dans les plaisirs et les divertissements, il se dirigea sur Chàlons, par Toul, Queuvresen-Barrois, Saint-Mihiel et Louppy-le-Château, arrivé en cette dernière localité, le roi voulut rassembler et confirmer dans une ordonnance nouvelle les prescriptions des précédentes. Le 26 mai 1445, il rendit un édit pour mettre ordre à « la grant destruction « qui se faisait à cause du grant et excessif nombre de chevaux et « de gens de néant qui étaient es compagnies, et de rien ne serc( valent, fors à piller et mengier le povre peuple ». Il ordonnait en conséquence que « tout ledit bagage serait mis et gecté hors « desdites compagnies, et envoyés chacun en leurhostel et domicile, « faire leur métier et vivre ainsi qu'ils avaient accoutumé de faire « auparavant ; et ne demourant seulement que certain nombre de « gens d'armes et de traict, qui auront, c'est à savoir, chascun « homme d'armes ung coustillier, un paige et trois chevaulx, et a deux archers, ung paige, ou ung varlet de guerre et trois che- « vaulx ». A la tête de ces hommes d'armes il mettait « certains « notables chiefs, nos sujets bien recéants, et qui ont que perdre « en notre royaume, experts et cognaissants en tels matières, les- « quels seront tenus de répondre et rendre compte des gens qu'ils a auront en leur charge »^. Ces capitaines devaient être au nombre de quinze, et commander chacun une compagnie composée d'en-
^ Un pour le chevalier, et les deux autres pour Técayer ou coutillier et le page.
'^ V. Edgard Boutaric, Institut, militaires de la France, p. 310 et sq.