ORGANISATION DE L'ARMÉE
viron cont lances', chaque lance se composant de six hommes, dont quatre combattants.
Mais il ne suffisait pas d'avoir posé les principes : restait à les appliquer. Le soin en fut confié au connétable, qui s'en acquitta avec grand entendement. Le roi était arrivé environ le 1" jour de juin 2 à Châlons, où l'avait précédé, dès le S mai, la reine, accompagnée du Dauphin, de la Dauphine et du fils de René, le duc de Galabre. 11 y avait fait une entrée solennelle au milieu d'un brillant cortège, composé des principaux seigneurs de la Cour, et il était allé s'établir à une lieue de la ville, dans le château que les évoques de Châlons possédaient à Sarry. Ce château était assez fort pour donner de l'inquiétude aux Anglais ; aussi le roi Henri, comme nous l'avons vu plus haut, en avait-il ordonné, en 1426, la démolition ; mais l'ordre ne fut point exécuté, et, sept ans avant de venir s'y reposer, Charles VII avait confié la place à Jean de Versailles, capitaine de Châlons, avec défensed'y laisser pénétrer personne, «de crainte qu'il « ne demourastle plus fort en icelle ». Le roi, en y arrivant, prit soin d'ordonner aux Châlonnais d'entretenir pendant son séjour six lances de garnison (36 hommes), et au diocèse de solder 18 hommes d'armes (108 hommes). 11 venait chaque soir prendre le frais au Jard après souper, et dans les premiers temps ce ne furent sur le marché de la ville que joutes, lices, ballets ^ et festins, entretenus par l'humeur facile du roi, l'esprit enjoué de René d'Anjou, le mariage (2 juillet) d'Artur de Bretagne, comte de Richemont, avec Catherine de Luxembourg, et la présence d'ambassadeurs qui survenaient de jour en jour, ambassadeurs dudiic de Milan, du duc de Savoie, du roi de Castille, des électeurs de l'Empire, du duc d'York, de l'Empereur et du patriarche de Constantinople.
^ Le nombre des lances par compagnie fut assez variable. Louis XI, en le fixaîif à 100, soif 600 hommes, ne fît que le ramener au chiffre de l'ordonnanec de Charles V, du 13 janvier 1374 (art. 13, Isamhert, f. V, p. 402), a la plus importante, dit avec raison Isambert, de toutes celles de la « 111^ race sur l'organisation de l'armée royale, que nous ayons juscju'à « présent rencontrée ».
- Registre 111 des Concl. du Conseil de ville de Châlons. M. de Beaucourt dit le 29 mai, mais sans faire connaître sur quoi il se fonde.
3 Chronique de Mathieu d'Escouchy (édit. de M. de Beaucourt),t.I, p. 50. — Cf. Y Histoire de Charles Yllàe M. de Beaucourt, t. IV, p. 97 et sq.
Cependant René, qui avait recouvré, le 28 janvier 1437, la liberté, et qu'une sentence arbitrale de Charles VII, rendue à Reims le 27 mars 1441, avait délivre du souci des prétentions d'Antoine de Vaudemont sur la Lorraine, était toujours sous le poids de la dure rançon que lui avait imposée Philippe de Bourgogne. Ce fut pour Charles VII le sujet de négociations actives avec la duchesse, que divers intérêts diplomatiques avaient amenée successivement à Reims et à Châlons ; elles aboutirent heureusement (31 juillet) à l'abandon par Philippe de ce qui lui restait dû, moyennant la renonciation du roi à l'occupation de Montbéliard, où le Dauphin, en quittant l'Alsace, avait laissé garnison. Cet accord, si impatiemment désiré de tous les amis de René, avait encore ravivé à Chàlons la passion des fêtes. Le roi s'y livrait avec un nouvel entraînement, quand, à la suite d'un pèlerinage à Notre-Dame de l'Epine (7 août 144S), d'où elle était revenue à pied, la gracieuse dauphine, Marguerite d'Ecosse, fut malgré les soins de Guillaume Lotier, son médecin, et de Robert Poitevin, médecin de la reine, emportée, le 16, par une pleurésie, à l'âge de 23 ans. Les derniers honneurs rendus à la princesse au milieu de beaucoup de larmes', la Cour se hâta de quitter Châlons (17)"-.
Mais le roi avait mis à profit son séjour à Sarry pour terminer la grande affaire des réformes militaires. Le connétable, après en avoir conféré avec Charles VII, avait envoyé « quérir les gens du
* Au mois d'octobre suivant, Charles VU donna au chapitre des lettres d'amortissement de ses biens et héritages à charge de célébrer tous les ans, lei6août,un obit solennel pour la dauphine. — Lecorpsde Marguerite avait été déposé dans un tombeau au côté gauchedu grand autel de la cathédrale. Il y demeura jusqu'au « darrain jour du mois d'octobre l'an 1479 », où il fut, sur l'ordre de Louis XI, transporté dans l'abbaye de Saint-Laon de Thouars (Poitou), et définitivement inhumé, le 10 novembre suivant, dans une chapelle qu'elle y avait fondée.— V. Grignon, Etude sur V église cathédrale de CJiâlons i885. — Cf. la Chronique de Mathieu d'Escouchy, éditée par M. de Beaucourt, t. III, p. 145.
2 Faut-il, à l'occasion de ce triste deuil, rapporter une circonstance qui témoigne bien de la prodigalité ruineuse des gens de cour, et de leur scandaleuse improbité? « A esté prins ou bois de forêt par les gens de la Reyne et de madame la Dauphine 900 de petis fagos pour lesquelz a esté paie seulement la somme de 27 s. 6 d. ». {Arch. dép. G. 336, f° 29).