SOUS LES PREMIERS CARLOVINGIENS
Sergius II et après la défaite de Lothaire, se retirer en Italie. Mais l'intrigant prélat ne pouvait se résigner à la solitude de Bobbio ; il parvint à se faire nommer évèque de Hildesheim, et il finit là ses jours, le 20 mars 851,
Tel ne devait pas être l'illustre Hincmar, appelé, le 3 mai 845 <, à lui succéder sur le siège de Reims. Comme il était resté fidèle à Louis-le-Débonnaire, il fut, au milieu des sanglants démêlés de la postérité de ce prince, un des plus solides appuis de l'Empire, dont il retarda la chute par la sagesse de ses conseils, l'autorité de son caractère et l'ascendant de ses lumières. Dès 841, la Champagne méridionale avait été (25 juin), à Fontenay, bourg de l'Auxerrois, le théâtre d'une lutte qui, sans anéantir le titre d'empereur, avait eu pour résultat de ruiner les prétentions de Lothaire à l'exercice de la suprématie impériale. Dans cette journée mémorable, où Charles le Chauve, uni à Louis de Bavière, avait battu Lothaire et Pépin d'Aquitaine, et où plus de cent mille hommes étaient restés sur le champ de bataille, la noblesse champenoise aurait été tellement décimée que, pour la reconstituer, il aurait fallu, disent certains jurisconsultes de la fin du xvi^ siècle, accorder aux femmes le privilège singulier de transmettre la noblesse aux enfants mâles qu'elles auraient d'un roturier ; de là, suivant eux, la formule féodale quele ventre anoblit en Champagne 2.
Deux ans plus tard, après avoir traversé Châlons-sur-Marne et Troyes en fugitif (842), Lothaire, à bout de ressources, faisait prier les vainqueurs de l'admettre à un partage des états paternels qui lui permit de soutenir aux yeux des peuples, avec son droit d'aînesse, la dignité d'empereur, et le traité de Verdun (août 843) venait consacrer un premier démembrement de l'empire Carlovingien. Dans ce démembrement, Charles, outre l'Aquitaine, eut la partie
lequel fut de six provinces, et Hincniar, dont la conduite avait jusque-là paru à plusieurs trop rigoureuse, fut le premier à proposer le rétablissement des clercs ordonnés par Ebbon.
< Après un interrègne, pendant lequel le diocèse de Reims fut administré par le coadjutenr Foulques.
2 V. à V Appendice de notre tome II ce qu'il faut penser de la noblesse maternelle en Champagne, et du sentiment des jurisconsultes sur ses origines.
des Gaules qui de l'Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône s'étendait jusqu'à l'Océan et aux Pyrénées, comprenant au nord la Flandre et l'Artois, au midi la Septimanie et la marche d'Espagne jusqu'à l'Ebre. La Champagne, scindée en deux sous les Mérovingiens*, s'y trouvait entièrement comprise et devenait pays frontière de cette portion des états de Lothaire qui s'étendait entre la mer du Nord, la Meuse et le Rhin, et qui de son nom devait s'appeler Lothariiigia, Lorraine. Troyes, de nouveau et pour toujours réunie à la Champagne, après avoir grandi sous la suprématie de Sens, allait insensiblement, à la faveur de sa prospérité commerciale, acquérir une prépondérance qui en ferait la capitale d'un des plus brillants comtés de la France.
Hincmar, une fois archevêque, allait pouvoir accomplir avec le concours de Charles, auprès de qui il avait jusque-là vécu, le bien que méditait son âme généreuse. En faisant cesser, sur les instances du concile de Verneuil (844), le veuvage de l'église de Reims, le roi n'avait-il pas rendu à la métropole tous les biens qu'elle avait perdus pendant les dissensions civiles, et en particulier les villes à'Epernay et de Juilly, ainsi que le village de Cormicy ? ^ Grâce aux libéralités royales, le nouveau prélat, poursuivant l'œuvre commencée par Ebbon en 818, acheva la construction de sa cathédrale sur l'emplacement de l'église élevée par saint Nicaise, et put en célébrer la dédicace en 862, en présence de Charles le Chauve et de tous les évoques de la province. Jamais on n'avait vu temple plus merveilleux. Les voûtes et les murailles en étaient peintes et dorées, les pavés étaient de marbre, et des vitraux de couleur répandaient au-dedans une lumière aussi variée que douce. Le nouvel édifice devait subsister jusqu'au commencement du xni* siècle, non sans recevoir de précieux dons ou embellissements des pontifes qui pendant cette période illustrèrent le siège de Reims, Là furent sacrés les derniers Carlovingiens, Charles le Simple, Lothaire, Louis-d 'Outremer ; là vinrent après eux recevoir l'onction sainte les premiers princes de la dynastie Capétienne, Hugues Capet, Henri I", Philippe I", Louis VII, Philippe Auguste; là plusieurs papes réunirent aussi des conciles mémorables.
' Voir ci-dessus, p. 29 et 30.
2 Flod. Hist. Eccl. rem., \. lU.