LES COMPAGNIES D'ARBALÉTRIERS
commander une compagnie d'archers. La gendarmerie ne comptaitelle pas depuis longtemps déjà dans ses rangs des roturiers qui ne se distinguaient des chevaliers que par l'absence du ceinturon ?
Les malheurs de la patrie avaient de bonne heure formé le peuple au maniement des armes. Dès le temps du roi Jean, des lettres patentes du 8 août 1339 avaient institué la compagnie des arbalétriers de Paris ; en 1367, Charles V, par une ordonnance rendue à Sens, le 19 juillet, prescrivait la création de compagnies d'archers et d'arbalétriers dans les bonnes villes, et partout, surtout en Champagne, l'institution s'était aussitôt répandue : Reims, Troyes, Provins ', durent l'accueillir immédiatement, si elles n'en jouissaient déjà ; car Châlons fait remonter à 1337 l'origine de sa compagnie.
Ces compagnies avaient leurs statuts, et nous pouvons voir par ceux de Reims, dont les plus anciens remontent à l'an liOO ou environ, de quels sentiments étaient animés les braves compagnons.
Ils ne malgréeront Dieu, ou sa mère ou ses saints, et ne jureront le sang, la mort, le ventre, la tête, les vertus Dieu, ou autre blasphème; sinon ils payeront une amende, et s'ils en sont trop coutumiers, ils seront privés de la compagnie pour aucun temps ou à jamais par l'avis et conseil des chevaliers.
Le jour de la Feste Dieu, chacun des frères et compagnons sera à la procession avec la torche, par bonne ordonnance, pour faire honneur à Dieu.
Ils prêteront serment au connétable du jeu, lui faisant réponce en ces termes :
les uns, de cuirasses ou d'autres armes défensives en fer, et munis d'armes de jet ; les autres, pour la plupart des artisans, de vêtements de toile ou de cuir, et en fait d'armes, de plombées, plomées ou maillets de plomb. (Boutiot, t. II, p. 309).
^ Provins a conservé longtemps un registre de la communauté des arbalétriers et de leur confrairie de monsieur Saint-Christoplie, contenant la liste de cewa; qui ont été roys depuis 1398, avec leurs serments et les statuts de la compagnie .
On sait que, dans l'attente d'une guerre avec les Anglais, Charles le Bel avait envoyé au château de Morlagne, en 13^6, 400 arbalétriers de Provins, vêtus d'une barare de drap, partie rouge et partie jaune. (Bourquelot, Hist. de Provins, t. II, p. 14).
LE CONNETABLE
Amy, que vas-Ui quérant ?
Que le très bien venu soye.
RÉPONCE
Honneur et prix acquérant.
Si j'y puis trouver la voye.
LE CONNÉTABLE
Tu l'auras, mais que tu soye Tousiours loyal et hardy, Et que de rien tu ne croye Médisans, je te le dis.
RÉPONCE
Sire, je vous pri par amour Que maintenant je puisse estre De vostre main, devant tous, Chevalier de l'arbalestre.
LE CONNÉTABLE
Volontiers.
RÉPONCE
Grand mercy. Maître,
Dieu doint qu'après vos jours finis
Soyez colloque à sa dextre.
En son glorieux Paradis.
LE CONNÉTABLE
11 faut que faire te face Tous les veux que faire dois.
RÉPONCE
Quels sont-ils?
LE CONNETABLE
Qu'eu ceste place Jures la croix et la noix Que le jeu doux et courtois Maintiendras comme autrefois Ont fait nos prédécesseurs.
Viens, jure loyallement Que la couronne de France Serviras entièrement De ta force et ta puissance ; Ton corps mettras en dèfence, A Reims, contre ses ennemis.
Desquels tu auras connaissance.
RÉPONCE
Je promets que de ma puissance Feray le contenu de vos dicts.
LE CONNETABLE
Seigneurs, frères et compaignons.
Chacun de nous face feste :
Un frère nouvel avons
De nostre jeu tant honneste.
Des pieds jusques à la tête
Allons nous bouter en mue,
Et là lavons nostre tête
De vin pour sa bienvenue '.
Comme toutes ces compagnies avaient chacune son tira l'oiseau, bientôt il s'établit entre elles une vive émulation et elles en vinrent à se défier. Troyes, en 1388, provoqua les arbalétriers de la Champagne à un tir, proposant au vainqueur un cygne d'argent, œuvre de l'orfèvre Jean Muteau 'K Le 30 mai 1415, les chevaliers de l'ar-
1 Varin, Arch. de Reims, Statuts, P"" vol., p. 3:21 etsq. * Boutiot, t. 11, p. 272.