ORGANISATION ET ASSOCIATION DES COMPAGNIES
balètc de Sézanne invitent ceux de Reims à un tir général pour « avoir connaissance l'un de l'autre, faire bonne chièrc ensemble, a maintenir et soutenir le jeu de l'arbalète de mieux en mieux, et « icelui réveiller qui longuement a dormi ; et aussi pour le réjois- « sèment de la paix que Dieu nous a donnée, auquel il plaise la « faire maintenir à toujours ». Le tir aura lieu « le samedi avant « la Saint-Jean-Baptiste prochain venant, au jardin où de présent « sont les buttes », Les prix consisteront en deux petits joyaux qui sont tels: « c'est à savoir un cerf d'argent qui aura les cornes dorées « pour le premier et meilleur jouël, et une biche d'argent pour le « second et mcndre jouël, tout de la meilleure façon que l'on pourra « bonnement ; les dits joyaux au prix et valeur de 8 à 9 livres « tournois ou environ... Si vous supplie à tous en général et parti- « culier les deffendeurs dudit serment de ladite ville de Sézanne, « et pour les causes devant dites, non mie pour valeur desdits « joyaux, qui est peu de chose,., il vous plaise à venir... esbattre « et jouer audit Sézanne'. »
L'esprit d'association qui signale les compagnies ne se borna pas du reste à ces concours, car nous le voyons, en 1439, réunir à Ghàlons diverses communautés d'arbalétriers, qui se proposent « d'opérer, pour le bien général et d'après les ordres du roi, l'union « de toutes les compagnies des provinces de Brie, de l'Isle de France, « de Picardie et de Champagne. » On pourvut dès lors à l'administration des compagnies, et les règlements établis devaient être fidèlemement observés pendant plus de 300 ans. Il semble qu'en se coalisant ainsi, ces communautés aient voulu se prémunir contre les révolutions qui pouvaient les atteindre au milieu de la transformation des armes et de l'armée.
Le moment, en effet, n'était pas éloigné où l'invention de la poudre, qui avait déjà sur plus d'un champ de bataille fait éclater sa redoutable puissance, allait donner naissance à de nouvelles compagnies, celles des hacquebuttiers ou chevaliers de l'arquebuse à croc, qui ne tarderaient pas à disputera celles des archers et des arbalétriers les avantages dont elles jouissaient, et dont le principal était que le vainqueur de Y oisQdM {papeg-aiovipapegaut) au concours
^ Signé : Mignot [foy], Sorel [conneetablo du jeu]. Statuts, ibid.
annuel ' était, pendant un an, dispensé du guet, â moins de imminent péril ^, Mais, encore bien que les petits canons à main fussent déjà connus sous Charles VII ^, et que nous voyions le dauphin, à la veille de son expédition en Suisse, charger à Langres de ces armes (Kleine?î Bussen), qui, tirées à petite distance, faisaient dans les rangs ennemis de grands ravages, ce qui intéresse les arquebusiers appartient à une autre époque.
Il n'en est pas ainsi de la grosse artillerie, dont les frères Bureau paraissent avoir hâté le progrès, ou tout au moins dont ils employèrent les ressources avec une rare intelligence. Elle était déjà si considérable qu'elle fixait l'attention des Etats voisins de la France. Gros canons de fer, lançant des pierres de 60 livres ; veuglaires, voguelaires ou canons de campagne jetant des boulets de pierre du poids de 10 livres ; coulevrines vomissant des plommées ou projectiles de plomb ; serpents de 15 pieds de long tirant des boulets de fer, et autres de 11 pieds de long lançant des boulets de plomb gros comme un œuf, tels étaient les principaux engins réunis par Charles VII en 1444. Langres y comptait deux grosses pièces désignées sous les noms de Pas VoUatit et de Pas Rose, avec une énorme bombarde lançant une pierre de deux pieds de haut. Quand il fallut ramener à Troyes toute cette artillerie, laissée en dépôt à Montbéliard à la suite de la campagne, des chariots se rompirent sous le poids des bombardes, et le transport jusqu'à Dijon ne demanda pas moins de treize jours (13-25 septembre); dix autres jours (du 13 au 23 novembre) furent employés à la faire parvenir à Troyes *.
Cette formidable organisation militaire, dans laquelle chacune de nos cités champenoises tenait une place plus ou moins importante ,
* Ce concours avait lieu, à Châlons, le jour de la Trinité ; à Reims, le l^'" mai. L'oiseau était en fer blanc rempli de sable et moins gros qu'un pinson. Le vainqueur prenait le titre de roi ou d'empereur.
2 Le conseil de ville de Reims consacre cette faveur le 14 mai 1491, tant pour le grand jeu des arbalétriers que pour celui des archers.
3 Juvénal des Ursins, Hîst. de Charles VII.
* Voir Les Ecorcheurs de M. Tuetey, p. lo4 et sq., 366 et 367.
5 La ville de Sens rapporte au mois d'octobre 1409 sa première forge de canons et bombardes ; elle l'avait confiée à maître Guillaume Pasquier, canonnier, qui forgea une bombarde et 26 canons (V. le Cartulaire