RELACHEMENT DE LA DISCIPLINE ECCLÉSIASTIQUE
chrétienté dans son chef, que le centre de l'autorité s'était déplacé, et que le concile, sous l'impulsion des représentants de l'Université de Paris et des docteurs allemands', n'avait pas craint de substituer son omnipotence à celle du Saint-Siège. Charles mit d'abord autant de fermeté à protéger le concile de Bàle contre la concurrence de celui de Ferrare, qu'à défendre le pape, tout imprudente qn'avait été sa conduite, contre les violences du concile ; puis, allant plus loin et se constituant en quelque sorte l'évêque du dehors, il réunit à Bourges (mai 1438) et présida lui-même une assemblée composée non-seulement des membres ordinaires du Conseil, mais encore de cinq archevêques, de vingt-cinq évêques, de jurisconsultes éminents, de docteurs des universités et des chapitres, auxquels vinrent se joindre plusieurs députés d'Eugène IV et du concile. Des délibérations de cette assemblée sortit, le 7 juillet suivant, un édit célèbre, connu sous \e nom ôePrafftnatique sanction, qui, s'il eut le grave inconvénient de confirmer les pères du concile dans leur rébellion contre le pape, assura du moins à la France, avec divers avantages financiers, tels que l'abolition des expectatives et celle des annates ^, la suppression des appels au pape, medio o7nisso, et le rétablissement de l'élection des évêques et des prélats par le clergé.
Mais, en suivant l'ordre des décrets du concile, l'assemblée de Bourges n'avait point négligé de confirmer ceux que les Pères avaient faits dans leurs 20* et âl"^ sessions (23 janvier, 9 juin 1433), c'est-à-dire avant leur complète rupture avec Eugène IV, touchant la réforme de la discipline ecclésiastique. Le mal était grand, en effet. Le dérèglement des mœurs introduit par la licence militaire, et favorisé par le désordre social, s'était glissé jusque dans le sanctuaire, et ne daignait pas même se couvrir du masque de l'hypocrisie ^. Non seulement les évêques s'affranchissaient delà résidence,
' Pie II, Bulle rétractât, adressée à l'Université de Cologne.
2 Uexpectative conférait au pape le droit d'accorder des bénélîces avant qu'ils fussent vacants. — Les annates consistaient dans le paiement au Saint-Siège d'une année du revenu des bénéfices à chaque mutation des titulaires. — Par l'appel medio omisso on se dérobait à la juridiction des tribunaux subalternes français, c'est-à-dire de l'évêque, du métropolitain et du primat.
^ Hist. (?e ijeitws par Anquetil, t. H, p. 270.
Défaisant point le saint-chrême, n'administrant point les ordres', et semblant préférer le service de l'Etat à celui des autels, comme Regnauld de Chartres, qui ne visita que deux fois en trente ans son diocèse; mais les suffragants tentaient toujours de se soustraire aux obligations qui les rattachaient au siège métropolitain. Plusieurs prélats durent être cités, en 1348, pour être entrés dans leurs églises avant d'avoir visité celle de Reims, où ils étaient tenus de prêter le serment d'usage, de payer leur chape et d'acquitter les droits accoutumés. Pierre d'Ailly, évèque de Cambrai, pensa même, en 1397, être excommunié, faute d'avoir payé sa chape à l'église de Reims ; et, en 1415, il y eut, pour le même fait, contrainte exercée contre l'évêque de Châlons'^.
Les ecclésiastiques, d'autre part, n'étaient point déchargés de l'obligation de porter les armes, et plus d'un arrêt du Parlement l'avait, pendant la guerre de Cent Ans, rappelée aux clercs non mariés aussi bien qu'à ceux qui l'étaient ^. Un accord survcmu, le 27 avril 1420, entre les autorités rémoises, avait même arrêté que, ce pour aller à la garde des portes de la cité de Reims, quand il y a « péril éminent, à chascune porte oùil y a neuf hommes de la ville, a il y aurait trois gens d'église ». Aucun n'en était exempt *. Aussi les ecclésiastiques portaient-ils volontiers, en voyage, des armes offensives et défensives, et ne faut-il pas être surpris de voir l'archevêque de Reims, Richard Picqué, léguer par testament à son bailli sa cotte d'armes garnie de clous d'argent, ses brassières, son casque, ses genouillères et tout son équipage de guerre (1390) ; à plus forte raison, de trouver dans la garde-robe de Jean Rebours, garde du scel de l'archevêché de Sens, et curé d'Ervy, décédé le 28
' Le chapitre de Reims, en 1336, admoneste Jean de Vienne pour n'avoir pas, depuis 20 mois d'absence, rempli ces fonctions.
^ Coquault, Hist. \manusc.\ de l'église, de la ville et de la province de Reims, t. 111, ann. cit. — V. ce que nous avons dit ci-dessus, p. 289.
3 Hist. de Reims par Anquetil, t, III, p. 282.
* Un arrêt du Conseil privé, en date du 7 mars 1636, force encore les ecclésiastiques à fournir 12 hommes par compagnie à la garde des portes de la ville, en temps de péril imminent, à moins qu'ils n'aiment mieux faire le service par eux-mêmes. 11 y avait alors à Reims 400 ecclésiastiques portant les armes. (Varin, Arch. législ. de la ville de Reims, Statuts, t. I", p. 563 et 366, note.)