‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 15 sur 164 · SOUS LES PREMIERS CARLOVINGIENS · texte numérisé non relu

SOUS LES PREMIERS CARLOVINGIENS

En même temps que la cathédrale, l'église de Saint-Remi, qui tombait en ruine, s'était relevée plus brillante qu'auparavant (863), et présentait à l'admiration des fidèles un riche mausolée, où dans une châsse d'argent, reposaient les restes vénérés du saint apôtre ' .

Comme il avait édifié ou relevé les principaux temples de sa ville, où le chant grégorien était alors en honneur'-, Hincmar eut à cœur de restaurer les écoles, qui s'abritaient sous le cloître du chapitre : elles étaient au nombre de deux, l'une pour les chanoines, où s'enseignait la théologie, l'autre pour les autres clercs du diocèse. Les règlements que fit le prélat en 852 (Synode de novembre) témoignent du reste que la science du prêtre ne s'étendait pas loin ; car elle embrassait, avec le catéchisme et les cérémonies de la messe, les quarante homélies de S. Grégoire. Pour assurer le développement de l'instruction et soutenir la prospérité des écoles, Hincmar eut la féconde pensée d'en confier la direction à un dignitaire, VEcolâtre, dont l'autorité devait s'étendre avec le temps sur tous les professeurs et maîtres d'écoles de la ville et du diocèse. Le premier que nous voyons se nommait Sigloart ; il enseignait les sept arts libéraux, et il eut la gloire de voir plusieurs de ses disciples porter le bâton pastoral ou abbatial : ainsi Ebbon, évêque de Grenoble, Wulfade de Bourges ; le neveu de l'archevêque de Reims, Hincmar, évêque de Laon, que nous retrouverons plus loin ; Almanus, religieux de l'abbaye d'Hautvillers, qui a écrit la vie de S. Nivart et de S. Sindulfe, la translation du corps de sainte

< Cette châsse, qui présentait à l'extérieur les images assez grossièrement sculptées de douze archevêques de Reims, subsista jusqu'en 1646, où elle fut remplacée par une autre d'argent massif, due au talent d'Antoine Lépicier, orfèvre rémois. Celle-ci devint, comme tant d'autres chefsd'œuvre, la proie de la Révolution.

* Il y avait, en effet, à Reims une école de chant qui remontait au siècle précédent. Sur la demande de Pépin le Rref, le pape Paul I-"" lui avait envoyé le chantre Siméon, qui choisit pour résidence la ville de Reims, et y fonda la première école du rhythme grégorien. Les moines de Saint-Remi adoptèrent sa méthode et la propagèrent dans leurs écoles claustrales (Hist. du collège des Bons-Enfants, par l'abbé Cauly, p. 33. note 4).

60 LA CHAMPAGNE FRAxNKE 708-877.

Hélène, et célébré les ruines de son monastère bouleversé par les Normands; Anségise, évêque de Sens, qui reparaîtra plus bas, et le célèbre Gozelin^ qui devint évêque de Paris et le défenseur de la cité contre les Normands '.

Rien n'échappait à la vigilante charité ou au zèle pieux de l'archevêque, ni le soin des pauvres et des malades, pour qui il fonda un vaste hôpital ^, nommé l'hôpital de Notre-Dame, domus hospitalis Beatœ Mariœ, ni le salut des importants intérêts temporels et spirituels de son église, dont les violences des seigneurs et le relâchement de la discipline ecclésiastique, causé par la vacance du siège, menaçaient la prospérité. L'année même où il fut élu (845), les évéques des trois provinces de Reims, de Sens et de Bourges s'étaient réunis à Meaux ^ sous la présidence d'Hincmar pour remédier aux désordres qui affligeaient la société, et après avoir rappelé aux religieux leurs devoirs, ils s'étaient élevés énergiquement contre les grands qui pillaient les domaines du clergé ou violentaient la liberté des évêques, défendant à tout laïque de vendre à prix d'argent les dignités ecclésiastiques et prescrivant la restitution des biens dérobés aux évêchés et aux monastères. « Quiconque « refusera obéissance à ces décrets, disaient les Pères, sera, s'il est « ecclésiastique, déposé par le concile, et s'il est séculier, privé de « sa dignité et banni par la puissance royale ».

Charles le Chauve devait, en effet, sanctionner les arrêts du concile et les faire confirmer, l'année suivante (846), à Paris, par une assemblée plus nombreuse. Mais ces arrêts rencontrèrent chez les grands une vive opposition, et lorsque Charles, effrayé de cette résistance qu'on ne manqua pas de lui représenter comme un effet des empiétements de l'épiscopat sur son autorité, prit le parti de convoquer à Epervay, avec les évêques de son royaume, les

1 De Schola Remensi, par l'abbé Péchenard, p. 9, et Hist. du collège des Bons-Enfants, p. 32.

2 Sur l'emplacement actuel de la maison de détention. Cet hôpital n'était pas la seule maison qui, depuis saint Rémi, eût été ouverte aux pauvres malades; mais elle était la plus importante. On peut sur cet intéressant sujet consulter Marlot, t. II, 1. Vil, c. 13.

3 C'est le premier concile de Meaux.

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