‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 140 sur 164 · REDRESSEMENT DES DÉSORDRES INTRODUITS DANS L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

REDRESSEMENT DES DÉSORDRES INTRODUITS DANS L'ÉGLISE

({ franchises et immunités de l'Eglise, et mande que on le prengne « quelque il soit » '.

L'autorité royale n'entendait pas d'ailleurs que l'Eglise usât légèrement des armes spirituelles, comme il n'arrivait que trop souvent ; surtout elle en interdisait l'emploi contre les officiers royaux, et, en 1437, le Parlement de Paris avait fait défense à l'évèque de Troyes de procéder ainsi contre eux, sous peine d'une amende de cent marcs d'argent *.

Il ne faut donc pas être surpris qu'après le concile de Bâle et l'assemblée de Bourges, des dispositions se soient multipliées dans les divers diocèses de la Champagne, pour obtenir le redressement des désordres ou des abus qui s'étaient glissés dans l'Eglise. Ainsi voyons-nous l'autorité ecclésiastique poursuivre partout les prêtres concubinaires, conformément au premier décret de la 20^ session du concile. N'en citons qu'un exemple aussi touchant qu'accusateur. C'était l'usage des archevêques de Sens, après leur élection, de venir à Provins se faire recevoir chanoines de Saint-Quiriacc, et de signaler leur installation par des actes d'indulgence et de pardon. Introduit dans la salle capitulaire (20 septembre 137G), après qu'on lui eut présenté le vin d'honneur, Adhémar Robert n'adressa aux chanoines qu'une seule exhortation générale, fecit unam monitionem generalem canonicis, ce fut qu'ils éloignassent de leurs maisons les servantes suspectes, ut suas pedissequas suspectas a sua soeietate amoveant. Après quoi il leur demanda la grâce de l'un de leurs frères, condamné pour homicide à une prison perpétuelle. Le coupable fut amené au chapitre se traînant sur les genoux et les coudes, et sa peine temporelle fut changée en une pénitence spirituelle^.

1 Arch. munie, série BB, 441.

* Boutiot, ibid., p. 27.

3 Comptes de Saint-Qniriace dans Bourqnclot, t. H, p. 41 et 42. — Cf. dans Coquault, t. RI, aiin. 1377, la corrcetiou d'un chanoine qui voyait une concubine ; — dans Varin, Statuts, t. I^'', les statuts du chapitre général de 1435, art. 6, 7 et 8; —dans Boutiot, Hist. de Tro;/es, t. II, p. 292, les statuts synodaux de Jean Brague en 1373 (note), ceux d'Etienne de Givry en 1399, et ( t. lU, p. 18) ceux de Jean Léguisc, l'''' juillet 1427 ; — dans Bonrquelol, Eist. de Provins, p. 264, le désir exprimé sur la pierre d'une épitaplio par des Essards, cliambcllan do Charles VII, d'avoir pour dire des messes un prêtre idoine, suffisant et non concubinaire.

o02 LA PROVINCE DE CHAMPAGNE

Partout aussi sont frappés d'interdiction, selon le huitième et dernier décret de la 21^ session du concile, en même temps que les danses et les mascarades d'hommes et de femmes, les spectacles qui avaient lieu dans les églises, particulièrement à la fcte des fous et au jour des Innocents, que l'on confondait souvent, « estimant que « les fous sont innocents ». Déjà, en 1373, le chapitre de la cathédrale de Reims avait fait défense de prêter à l'avenir aucun ornement de l'église pour être employé à des comédies et jeux sur théâtres, bien que les sujets en fussent religieux '. En 1408, si une charte du cardinal de Bar, évêque de Langres, autorise le doyen et le chapitre de Saint-Maclou à célébrer solennellement la fête de leur patron, et à s'adjoindre quelques bourgeois pour représenter la vie et les miracles du saint avec diversités « de costumes et personnages », elle prend soin d'indiquer que le jeu aura lieu sur les places de Bar-sur-Aube, et que la messe se dira ensuite à un autel portatif dressé sur les mêmes échafauds ; car « c'est à l'honneur, ({ louange' et illustration du très saint et très éminent confesseur et « pontife » que l'autorisation est donnée.

Mais la translation même de ces représentations hors de l'église ne pouvait tarder à y introduire la licence. Ainsi, à Reims, en 1447, aux jeux qui accompagnaient la fête des Innocents, fit-on entendre des paroles scandaleuses ; le chapitre dut en condamner les auteurs à la prison et interdire les jeux *.

Plus indulgent, celui de l'église de Troyes, considérant que la prohibition du concile de Bâle ne s'appliquait qu'au lieu de la fête, après en avoir chassé de l'église le joyeux personnel en 1435, 1439 et 1443, l'y avait laissé rentrer en 1444, le jour de l'Epiphanie^".

Cette fois, la fête fut suivie sur la place publique d'une représentation scénique, où, mettant en jeu la Pragmatique sanction, on osait, sous les noms de Faux-Semblant , de FeintiscQi ^Ilypocrisie, attaquer l'évêque Jean Léguisé et certains chanoines partisans des réformes. Léguisé se plaignit à l'archevêque de Sens et au roi, et Charles, qui était alors à Nancy, donna, le 17 avril, des

» Coquault, ibid., t. 111.

2 Id., ibid.

2 C'éfail celui où se célébrait à Troyes la fête des fous. Ailleurs c'était le 1^'' janvier. On y nommait un archevêque des fous.

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