ABOLITION DES SPECIALES DANS LES ÉGLISES
lettres patentes prescrivant la cessation de la scandaleuse « fête « des fous à cause de l'irrévérence et dérision qui s'y fait de Dieu « et de l'office divin, au très grand vitupère et diffame de l'état « ecclésiastique, et aussi des grandes insolences, dérisions, spec- « tacles publics, déguisements et usage d'habits indécents, comme « vêtements de fous, de gens d'armes et de femmes avec faux visages, « et de l'apostasie par les chanoines de leur état et profession » . En même temps le bailli de Troyes était requis de prêter main forte à l'évèque et à V inquisiteur de la foi pour empêcher le retour de ces scandales. En présence de ces injonctions, le chapitre de Saint-Pierre effaça àeV ordinaire, l'année suivante (21 avril 1445), l'office des fous^ L'ordonnance du roi y mit également fin à Chàlons. A Provins, interdit, dès le 6 août 1434, par le chapitre de Notre-Dame-du-Yal, il ne disparut véritablement que 55 ans plus tard \
La réforme des abus ne devait pas s'arrêter là, et tout ce qui pouvait altérer la gravité du culte, comme le respect qu'il mérite, fut sévèrement proscrit. Le chapitre de Reims avait, en 1439, aboli \di procession des harengs, en décidant que ceux-ci seraient à l'avenir donnés aux pauvres^ ; l'année même où il interdisait la fête des fous (1447), il défendit aux chantres de pousser au mot Gomorrhœ, dans le psaume Audite cœli, le cri horrible qu'ils avaient accoutumé de faire entendre *, en l'accompagnant sans doute de toute sorte de sottises, comme à Troyes, où le chapitre de Saint-Pierre avait dû faire semblable défense le 30 juin 1422''.
Chassées de l'église, où elles ne répondaient plus au sentiment religieux, à la foi naïve qui les avait fait naître, les représentations théâtrales se transportèrent donc sur la place publique, où, sous les noms de mystères, de miracles, elles continuèrent d'émouvoir la dévotion du peuple, comme depuis longtemps les drames militaires, dont les grands offraient le spectacle à leurs convives, contribuaient
1 Boutiot, t. m, p. 20.
2 Boiirquelot, t. Il, p. 282.
s Coquaiilt, t. III.
* ld.,ibid.
^ Peut-être était-ce pour éviter qu'on y vît une protestation contre le traité de Troyes (Siméon Luce, dans Jeanne d'Arc à Domremy, p. LXI).
à entretenir parmi eux la valeur guerrière, témoins ceux dont on jouit à Reims, au festin qui suivit le couronnement de Charles VI, où « des traits de l'histoire ancienne furent représentés pour diver- « tir les convives ' », et au dîner du couronnement d'Isabeau, où fut joué le Siège de Troyes par les Grecs ^ ; témoin celui qui s'était vu, en 1378, au banquet offert par Charles V à l'empereur, son oncle, où il y eut un entremets en deux actes figurant la conquête de Jérusalem par Godefroy de Bouillon^ ; témoin encore la moralité à personnages que firent représenter, en 1451, la ville et le clergé de Troyes en l'honneur de la conquête de la Guyenne *.
V. — Cependant, à travers les péripéties de la guerre, la société continue sa marche vers la liberté, ou tout au moins s'achemine vers une servitude moins oppressive. Les affranchissements se multiplient, les barrières qui arrêtaient le serf dans ses justes aspirations tombent, et malgré le chapitre de Saint-Pierre de Troyes, Jacques Villain, qui était de serve condition, grâce à une bulle du pape Eugène IV (1431) et à la tolérance de l'évêque Léguisé, est admis au canonicat^ En même temps, au milieu des progrès de sa fortune, le roi n'oublie pas de récompenser le mérite par des anoblissements. Au lendemain de la prise de Pontoise, il s'était plu à accorder cette faveur à plusieurs combattants non nobles, qui s'étaient signalés par leur bravoure, et notamment à celui qui le premier avait franchi la brèche. En mars 1431, il délivre à Jean Léguisé des lettres de confirmation de noblesse, pour reconnaître la part que le prélat avait prise à la soumission de Troyes, et les services qu'il rendait à la chose publique ^ Il anoblit également les collatéraux du prélat, les Pougeoise, les Bareton, qui, au siècle précédent,
* Chronique du religieux de Saint-Denis, 1. P'", c. ID.
2 21 août 1289. Froissart, 1. iV, c. I", éd. Buchon.
3 Chronique de Nangis. — Cf. Yie privée des Français par Legrand d'Aussy, t. III, p. 373.
* Boutiol, Recherches sur le théâtre en France, dans les Ménaoires de la Sociélé de l'Aube.
5 Bouliot, f. m, p. 61.
6 Id., Guerre des Anglais, p. 13, lo, 2o, etc., et coUect. Ducliesne, vol. 7, f. 244.