ÉTAT DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE
do former une hanse ou société, dont les marchandises pussent, sans avoir aucun droit à payer à la compagnie française de navigation établie à Paris, ni à la compagnie normande, dont le siège était à Rouen, descendre ou remonter la Seine, soit jusqu'au port le plus rapproché de Troyes, soit jusqu'à cette dernière ville, si cela devenait possible. Or le dernier port de la Seine le plus proche de Troyes était Méry. Des études furent faites pour reconnaître l'importance des travaux qu'entraînerait la canalisation du fleuve entre ces deux points, et le roi, par lettres-patentes du 19 novembre 1429, autorisa l'entreprise '. Dans cette double circonstance, Jean Léguisé avait pris en main les intérêts de la cité. Bientôt, sur la requête des habitants de Troyes, des travaux pour la navigation de la Barse devaient être autorisés par lettres des 1'^'' octobre 1431, 13 janvier et 20 septembre 1432 2.
Mais les entraves que la guerre avait si longtemps apportées aux transactions commerciales avaient trop éprouvé celles-ci pour qu'elles recouvrassent leur ancienne prospérité, he^ foires de Champagne, c'est-à-dire de Troyes, de Provins et de Châlons, étaient en décadence. Provins, livré aux horreurs de la famine et de la peste, avait dû abandonner la halle de draperie qu'elle possédait à Troyes. Les foulons et les lanneurs y avaient, en juillet 1324, organisé entre eux un taquaham ou conspiration pour cesser désormais leur travail à l'heure du huy, et il avait fallu user de rigueur à leur égard pour les ramener à l'ancienne coutume. Vainement ensuite le roi, « pour relever le niestier et la marchandise de Provins », permitil de carder dans la ville (de 1360 à 1377) ; vainement une nouvelle ordonnance régla-t-elle le poids, l'étendue et la couleur des draps
' Boutiot, t. Il, p. 514.
^ ld.,ibid., p. 360-61. Ce n'était pas du reste la première fois (pie la royauté s'occupait de la canalisation de la haute Seine. Plus d'uu siècle auparavant, en 1301, Philippe le Bel avait, par lettres datées de Gand du vendredi après la Pentecôte, chargé Guillaume de Nogaret, Simon de Marchais, chevaliers, et Guillaume de Moissey, son pannetier, de faire exécuter les travaux nécessaires pour rendre navigable jusqu'à Troyes cette rivière, qui ne l'était que jusfiu'à Nogent (Orig. scellé, Trésor des Chartes, Champagne, J. 199, n° 41). Philippe le Long avait ensuite fait ouvrir uu canal entre Conflans et Pont sous la direction d'Anceau de Joinville, sénéchal de Champagne (Bibl. nation., Collection de Champagne, vol. 62).
olO LA PROVINCE DE CHAMPAGNE.
pour « obvier aux mauvaises malices que aucuns drapiers, tisserans, « foulons et lanneurs s'efforçaient de faire en plusieurs manières, ou a détriment de la draperie )i (août 1372). L'importation de draps étrangers qui faisaient concurrence à ceux de Provins et ruinaient son commerce, et la mortalité effroyable qui décima la population en 1348, 1391, demandaient de nouveaux remèdes. La ville, en effet, ainsi que le témoigne l'ordonnance du 29 juillet 1399, « fondée sur a le labour de drapperie de laine, du nombre des 17 villes jadis a. fréquentans les foires de Champagne et de Brie, en laquelle soute loit avoir trois mille et deux cens mestiers à tixtre (tisser) draps « de laine »,. . n'en avait plus que 30 ou environ. Pour l'empêcher de cheoir en destruccion, Charles Vil défendit aux marchands de Provins d'y amener, pour les revendre, ou de vendre aux marchés des environs d'autres draps étrangers que ceux de Bruxelles, Malines, Lyère, Monstiervillier et Douay '. Il confirmait en même temps la juridiction des quatre maîtres de la draperie. Mais le fléau qui avait déjà sévi dans la ville y fit de nouveaux ravages en 1400, 1412, 1418, frappant des coups si soudains a que ceux qui en ce estaient frappez ne duraient pas un jour, et les religieuses qui « en furent atteintes n'avaient pas le loisir d'aller en l'infirmerie. . . a On les enterrait quelquefois deux ou trois ensemble en mesme c( jour' ».
La ville ne s'en releva point, non plus que les foires de Champagne ne se relevèrent du coup que leur porta l'institution à Lyon (1443) de foires « usant et jouissant des mêmes droits et pri- « vilèges ».
La cordonnerie n'était pas plus florissante à Troyes que la draperie à Provins. Il faut entendre les motifs qu'exposait au roi la corporation, en 1419, pour obtenir la modification des statuts de 1317 touchant le travail de nuit et les droits d'entrée en apprentissage et en maîtrise. « En ce temps-là, dit-elle, le royaume, le comté de <( Champagne et la ville de Troyes étaient beaucoup plus peuplés a qu'aujourd'hui ; par l'abondance du peuple qui venait à Troyes « et du commerce qui y avait cours, le pays étant fertile donnait à
^ On devait y ajouter plus tard ceux de Rouen, Nenfcastel, Bibuay et Saint-Denis.
' Bourquelot, Hist. de Provins, t . 11, passim.
INDUSTRIE DE SES PRINCIPALliS VILLES. 5H
« bon marché les choses utiles à la vie ; alors se rendaient à Troyes « des compngvovsdc plusieurs langages et 7Uitlons, allant et venant, « et parmi lesquels un certain nombre s'établissaient et se mariaient « à Troyes, Il était possible, à cette époque, de se dispenser de trace vailler à la lumière ; mais maintenant, en raison des guerres, des « mortalités, des divisions qui ont lieu dans ce royaume, dans la « ville de Troyes et aux environs, le pays est tellement diminué « que de oOO ouvriers, valets ou apprentis qu'il y avait autrefois, il c( n'y en a pas dix, et encore le nombre des apprentis diminue-t-il « chaque jour, en raison du peu de profit qu'on fait au métier de « cordonnerie ; il ne vient plus d'ouvriers étrangers en ville ; 'i\% « vont habiter celles où ils peuvent travailler pendant la nuit, et où « les vivres se vendent à moindre prix ' . »
Les mêmes causes, ainsi que nous l'avons vu, avaient affligé Reims et Ghàlons de la même dépopulation ^ ; mais il ne semble pas que leur industrie en ait autant souffert. Du moins, si Ghàlons, que le roi avait doté, le 19 août 1389, d'une nouvelle foire franche à commencer le 8 octobre^, reçut quelque dommage, la conclusion du 13 janvier 1438 donnerait à penser que ce fut du fait des maîtres drapiers ; car le conseil de ville crut devoir, ce jour-là, rétablir la visite, la garde et les esgardeurs, et ordonner que « tous draps, « quelz qu'ilz soyent, seront apportez en l'ostel du Saint-Esprit, et « illec vehus, visitez et scellez les bons, et les mauvais pugnis et « condampnez selon l'ancienne ordonnance » *.
D'autre part plusieurs circonstances nous montrent les produits de l'industrie rémoise toujours fort recherchés. Ainsi, quand, en 1396, sur le point d'envoyer une ambassade à Bajazet pour le disposer en faveur des chevaliers français faits prisonniers à Nicopolis, et spécialement du comte de Nevers, fils du duc de Bourgogne, Charles VI demanda à messire Jacques de Helly « quels joyaux on « pourrait transmettre et envoyer. . . audit roi Basaach qui mieux
' Boutiot, t . II, p. kM. Cf. (p. 2.38) l'état de la ville en 1374, où les commissaires royaux chargés du soin des fortiiications constatent qu'en 1371 il n'y avait été trouvé que 300 feux solvables, et qu'il y en a encore moins présentement et qu'ils sont plus pauvres.
5 V. à V Appendice, \\° VIU, un mot sur la population deChâlons.
3 Hist. de Chdlons, p. 98.
* Concl. du Conseil. I*'' registre.
«lui pussent complaire,.... le chevalier répondit que
« il pensait que fines blanches toiles de Reims seraient de « l'Amorath et de ses gens recueillies à grand gré, et fines écar- « lates "... ». Et on en fit l'acquisition. Ainsi voyons-nous dans les Comptes de l'hostel des rois de France, que les béguins, les bavettes, les couvre-chefs du petit Charles (plus tard Charles VII) étaient en toile de Reims ^. Plus tard, l'archevêque de Reims, Regnauld de Chartres, étant en la ville de Laon avec le dauphin, mandait à ses chers Rémois qu'on venait de voler en la garderobe de ce prince des toiles fines qu'il avait fait acheter à Reims, et les priait d'envoyer au fils du roi celles que la ville se proposait de lui présenter, s'il fût passé par ses murs. Le sieur du Godart fut donc chargé d'aller à Laon offrir au dauphin des serviettes et toiles fines, et celui-ci les reçut fort agréablement, et en témoigna plus de cas que « sy on lui eust présenté le gros d'iceluy linge en or, « et remercia les habitans et qu'il ferait pour iceulx tout ce qu'ils « requéreraient^».
Le linge était loin encore d'être commun et l'on ne pouvait faire, même à des princes, présent plus estimé. C'est ainsi que, lorque Valentine de Milan, femme de Louis, duc de Touraine (plus tard duc d'Orléans), vint àTroyes le 7 août 1390, la ville lui offrit vingt pièces de toiles de fin lin, avec 25 fromages de fin grain, fournis par Isabeau la fromagière. Le 8 février de l'année suivante, Valentine vint de nouveau à Troyes, accompagnée cette fois du duc, avec qui elle se rendait en Lombardie. Tous deux y firent une entrée solennelle, précédés de quatre ménétriers, tandis que, sur leur passage, un prêtre et un certain nombre de chapelains jouaient de l'orgue dans les carrefours. Descendus chez le bailli, ils y reçurent les notables de la cité, et la duchesse fit danser les bourgeoises, pour qui la ville avait fait les frais des rafraîchissements : dix-huit pintes de vin et 200 poires. Le présent offert à la belle duchesse fut de 18 pièces de toile de fin lin, de deux queues de vin, de 12 grands brochets, de 25 carpes et d'autant de brèmes et de fromages. C'était
' Froissant, éd. Buchon, t. 111, 1. IV, p. 273. * Mist. de Charles VII, par de Beaucourt, t. I, p. 9. 3 Mémoires de Rogier, f° 147, dans les Arch. législ., Statuts, f. l^"", p. COo.
ARTS ET LUXE. 5i3
la mémo variété et quantité do poissons qui avaient été jnésenlées àCliarles YI, le 24 février 1:590, et nous savons que, pour amener ceux-ci de Saint-Liébault (Estissac) à ïroyes, il fallut une voiture attelée de quatre chevaux ! Quel était donc l'état des chemins, comme en fait justement la remarque le moderne historien de Troyes ' ?
VIL — Dans le domaine de l'art architectural, la Champagne nous offre peu de chose à relever : les temps n'avaient point été propices aux constructions monumentales ; le besoin de la défense avait bien plutôt déterminé la ruine d'un certain nombre d'églises ou d'abbayes. Dès lors les arts décoratifs avaient ou peu d'occasion de s'exercer. N'oublions pas cependant de mentionner ici la belle église de V Epine ^ construite, de 1405 ou environ à 1542, par des architectes châlonnais et rémois, avec le produit des offrandes des pèlerins que depuis un temps immémorial attirait en Ce lieu privilégié le culte de la Vierge ^, et à la faveur des dons de nos rois K C'est un monument du style ogival flamboyant, que distinguent, indépendamment des belles terrasses qui le flanquent au nord, l'élévation de ses voûtes, la légèreté de ses colonnes, la grâce de son jubé et l'inégalité de ses flèches taillées à jour. De magnifiques vitraux peints en ornaient les fenêtres, et des carreaux émaillés d'une grande beauté en pavaient les chapelles*.
Dans ce temps-là même se poursuivait la restauration de la cathédrale de Troyes. Le xiii^ siècle en avait vu élever le chevet et le chœur ; le xiv^, les transepts ; au xv° se dressaient les nefs que devait clore, au siècle suivant, le portail principal.
Quant aux arts décoratifs, M. Alexandre Assier a sauvé do l'oubli les noms d'un certain nombre àc peintres-verriers, qui paraissent
1 Boutiot, t. II, p. 274 et 27o.
* Près Châlons.
^ V. Y Appendice, \\° XII.
^ Louis Xi doiifia, le 22 juin 1471, p >ur la dotation de l'église, la somme de 1,200 écus d'or [Arch. dèp., G 97G).
5 L'année même où la cour se rendit à Lépine (V. ci-dessus, p. 470),
l'abbé d'Haut villers faisait vendre i;owr nécessité les cloches de son abbaye,
lesi{uelles lurent aclietées, sous Jacques Juvenel, pour la cathédrale de
Reims (Coquault, t. III).
avoir été surtout occupés do réparations, et parmi lesquels se distinguent (^««o^^Wseto?//; (1380-1415), Jean de Vertus (1421-1423), Jean de Bar-sur-Aube (1423-1440), Jean Simon de la même ville (1438), Michelet (1441-1447), Jean Tirement (1458) et Henriet (1469-1479).
A la fin du xiv° siècle se distinguaient parmi les verriers ou hanapîers de la forêt d'Othe Jehannin Sablot, Thévenin Vincent (1395-1396), et Parisot, demeurant à Bœurs (1397-1398), lequel fournit à l'évêché de Troyes deux bouteilles de verre au prix de 15 sous^
L'orfèvrerie, de son côté, brillait à Sézanne avec Jean Muteau (1388) dans les luttes pacifiques des arbalétriers ; à Ghàlons avec Raoulet (1419), qui restaura le chef saint Lumier ; à Troyes avec Jean de Premierfait (1381), Jean de la Rotière (1414), Nicolas Chevry (1431)et/(3aw 6^armer (1441), qui travaillèrent à différentes châsses.
Nous voyons, d'autre part, qu'au printemps de 1432, le conseil de ville de Troyes fit fondre pour son beffroi une cloche du poids de 9,700 livres. Trente ans plus tard (1462), il devait, à la suite d'un accident, en faire fondre une autre de 30,000 livres, à laquelle fut donné le nom de Marie. C'était le temps où se fabriquaient à Vendeuvre des voguelaires en fer fondu, garnis de trois chambres. Les malheurs de cette époque avaient donné à l'industrie du fondeur une activité considérable.
Aussi le luxe désordonné qu'introduisit à Paris la reine Isabeau ne pouvait-il avoir en Champagne, surtout pour ce temps, l'influence contagieuse qu'il exercerait de nos jours ; il affecta bien plus les cours de France et de Bourgogne que notre province, dont les populations réfléchies et sensées partageaient trop cruellement les malheurs de la patrie pour songer à adopter les frivolités de la mode et à suivre les mœurs licencieuses d'une jeunesse avide de plaisir.
Dans l'ordre intellectuel, le progrès est peu sensible, et nous retrouvons de trop fréquentes traces de cette superstition, fille de l'ignorance et d'une crédulité simple et naïve. Ainsi Froissart nous
1 Boutiol, I . II, p. 288 et fto3 ; t. III, p. 30 et 7o.
ÉTAT JNTELLECTUEL. — f.ES PETITIÎS ÉCOLES. olS
apprend, en 1396 \ que la voix publique attribuait la maladie de Charles YI aux sorliU-ges dont usait Yalenline de Milan en vue de parvenir à la couronne de France. Le Moine de Saint-Denis n'en croit rien, il est vrai : « Je regrette entièrement, dit-il, cette accu- « sation vulgaire de sortilège portée contre la duchesse par des « hommes qui se donnaient eux-mêmes comme sorciers et par « d'autres hommes superstitieux, puisque les médecins réunis aux « théologiens déclarent tou t à l'ait nulle la puissance de ces prétendus « maléfices, et qu'ils ajoutent que la véritable cause de l'infirmité « du roi était l'excès des débauches de sa jeunesse. » A ce langage du bon sens semble répondre la prescription des statuts synodaux d'Etienne de Givry(1399)dc traduire devant l'official tous sorciers, devineurs et faiseurs de sortilèges "-. (1 y a donc lieu d'être surpris qu'environ cinquante ans après, les statuts synodaux de Jean Léguisé ordonnent de mettre sous clef les fonts baptismaux, le chrême et les saintes huiles, afin d'éviter les sortilèges et l'influence des sorciers^, et que le clergé de Reims se cotise, en 1438 *, « pour « donner argent au bailli de Yermandois, à l'effet de chasser les « sorciers que l'on soubçonnait avoir causé la famine », Le clergé se montrait plus sage, quand il protégeait les secondes et les troisièmes noces contre le sentiment populaire, en interdisant le divertissement licencieux appelé ehamari, cAar/?ia/-i (charivari), qu'elles provoquaient % et dans lequel on criait, disent les statuts de Jean Léguisé, horriblement et vilainement en se déguisant.
L'instruction du clergé à l'époque tumultueuse que nous venons de traverser était du reste fort limitée, s'il est permis d'en juger par les statuts d'Etienne de Givry, ordonnant de faire lire les curés au synode, afin de s'assurer qu'ils savent lire et qu'ils lisent bien, ainsi que par la condamnation demandée vingt-et-un ans auparavant (1378) contre un chanoine, afin qu'il aille trois ans à l'école. Quelques-uns de ces chanoines étaient, il est vrai, fort jeunes et n'étaient
' Froissart, 1. I, c. 54.
2 Boutiot, t. II, p. 393.
* Coquault, t. III.
s V. les statuts de l'évoque Jean Braque (1373), d'Etienne de Givry (1399) et de Jean Léguisé (Bontiot, t. II, p. :292, et t. 111, p. 18).
guère plus âgés que des écoliers. 11 semble aussi que la plupart des écoles de paroisses aient été fermées pendant le xiv siècle et au commencement du w^ ; l'existence en est du moins fort obscure et ce n'est que de loin en loin qu'on en surprend la trace, comme en 1353, où nous voyons que le maitre d'école de Ramerupt devait fournir chaque année un coq à ses élèves, pour leur procurer le plaisir de lui jeter des bâtons dans les pattes. Ainsi le xv^ siècle s'ouvre-t-il à Troyes par la constatation de l'existence d'une dame Jehanne, maîtresse d'école dans le quartier du Saint-Esprit ou de Groncels ; ainsi trouvons-nous, en 1415, dans le quartier de la Madeleine, un maître nommé Jehan de Bèse ; en 1419, M"^ Jean de Potières, et en 1435, M« Girart ; ainsi la querelle de Jean Léguisé avec l'abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains nous apprend-elle que ce prélat, dans la sentence qu'il prononça, en 1448, contre les religieuses, interdit aux bourgeois de Troyes d'envoyer leurs filles aux écoles du monastère.
Mais les registres de l'officialité du diocèse de Ghâlons, nous ouvrent sur l'instruction primaire dans la seconde moitié du xv« siècle et le premier quart du xvi^ une perspective intéressante. On sait que l'instituteur étant clerc paroissial, clerictis scholaris, le tribunal de l'évéque connaissait de sa conduite extérieure, ainsi que des injures ou sévices dont il pouvait être victime de la part d'un ecclésiastique soumis à l'officialité. Dans ces conditions, lesdits registres nous offrent, de 1441 à 1539, les noms de 30 recteurs d'écoles attachés à des localités plus ou moins importantes. D'un tel nombre de maîtres traduits devant l'officialité, il n'est pas téméraire de conclure que celui des autres maîtres était considérable, et si, dans la liste des paroisses, les plus modestes villages apparaissent à côté des villes, il sera permis de penser que toutes les paroisses du diocèse étaient pourvues d'écoles. Du reste de ces recteurs d'écoles, un seul appartient à la période du règne de Charles VU, c'est celui de l'Epine, Jean Robillard, qui fut condamné, en 1441, à 10 livres d'amende, pour avoir fait servir son sceau privé à l'attestation de prétendus miracles survenus dans l'église à l'occasion d'enfants morts-nés '.
* Archives de la Marne, série G. — Voy. la suite aux règnes de Louis Xll et (le François l'^'".