‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 144 sur 164 · LES GRANDES ÉCOLES. - BIBLIOTHÈQUES · texte numérisé non relu

LES GRANDES ÉCOLES. - BIBLIOTHÈQUES

Quant aux grandes écoles, on rencontre pour la première fois, en 1358, un bachelier de celles de Troyes, nommé Jean de Loches. Grégoire XI, de son côté, déclare, dans un acte de juin 1378, avoir fondé dans cette ville les grandes écoles de Saint Pierre. Mais il faut venir jusqu'à l'épiscopat de Jean Léguisé, qui était un ancien élève du collège de Navarre, pour voir ces établissements sortir de leur léthargie K

En attendant, Jean, évoque de Beauvais, qui était fils de Jean de Dormans, procureur au parlement de Paris (i'i'il), et qui s'éleva, sous Charles V, aux dignités de cardinal et de chancelier de France*, fonde à Paris, en 1370, le collège de Dormans- Beauvais, et y institue successivement pour ses compatriotes 12, 17-et 2i bourses. Cet établissement, qui fut réimi, en 1761, au collège Louis-le-Grand, a compté plus d'un enfant de Dormans parmi ses meilleurs élèves, et contribué à grossir la liste des illustrations dont s'honore leur patrie. Nous voyons par le procès-verbal des travaux de l'assemblée de l'élection d'Epernay en 1788, que l'évéque de Beauvais avait, en même temps que le collège de Paris, établi à Dormans môme un collège confié à un prêtre séculier, dont la mission était d'instruire les enfants depuis le moment où ils peuvent apprendre à lire jusqu'à ce qu'ils fussent en état de concourir pour l'une des bourses qui leur étaient spécialement affectées au collège de Paris. Peu de temps après (1399), l'archevêque de Reims Guy de Roye institue à Paris le collège de Reims, d"où « les citoyens, dit Ânquetil ^, . . rapportaient « dans leur patrie, et y ont perpétué jusqu'à nos jours le goût de la « littérature et des beaux arts. » Peu s'en était fallu que cette maison ne fût détruite dès son commencement ; presque ruinée, en 1418, à la prise de Paris par les Anglais, elle fut, en 1443, réunie par Charles VJI au collège de Rethel, dont on a vu plus haut la fondation en 1292 ^. Le même prélat, ajoute Anquetil, « enrichit sa cathé- « drale d'une bibliothèque amassée à grands frais, et augmentée

' Boutiot, Hist. de l'instruction publique et 2'>opulaire à Troyes aux xiv' et XV^ siècles.

^ Fut également évêqne de Beauvais et cliancelier, Miles de Dormans, 4^ fils de Guillaume, frère de Jean, qui se signala à Rosebecque.

^ Hist. de Reims, t. II, p. 318.

'' Le diocèse bénéficiait encore à Paris d'une bourse fondée, en LJO.'K au collège du cardinal Lemoine en faveur d'iui écolier originaire de Reims.

« depuis par les présents de plusieurs chanoines. Le désir de con- « tribuer au progrès des études les a portés à la rendre publique ' ». Guy eut également le mérite d'attacher au chapitre ,de Reims Guillaume Fillastre, originaire du Mans, qui jouissait dans l'université de Paris d'une juste réputation de capacité ; car il laissa à la bibliothèque du chapitre, entre autres ouvrages de sa main, une traduction en latin de quelques livres de Platon, de plusieurs géographes grecs, et une carte du monde sur cuir de cheval marin, qui était marquée à ses armes. 11 fit aussi réparer à ses frais les écoles de théologie de Reims, et Coquault nous apprend que ces écoles furent inaugurées le premier janvier de l'année même où leur restaurateur mourut à Rome (1428).

Huit ans après (1436), Jean Léguisé réunissait une nombreuse assemblée de membres du clergé et de personnes notables de la ville de Troyes, et jetait avec elle les bases d'un règlement scolaire en 56 articles fixant l'organisation des écoles grandes et petites, mais plus particulièrement l'ordre et le choix des études dans les premières. Ici les élèves ne devaient parler entre eux que la langue latine ; les livres recommandés étaient le Donat, le Catho, le Facetus, le Theodolus et surtout le Doctrinal de Sapience'^. Les soins de propreté étaient confiés à des écoliers pauvres, appelés primitifs ; au concierge la mission de garder la porte, d'annoncer les congés et de « pourvoir les maîtres de verges pour la correction « des enfants » (Art. 48).

1 Hist. de Reims, t. H, p. 319.

2 Donat (jEHus Donatns), grammairien latin du iv^ siècle. — Catho, Caton, auteur latin du m*, qui a laissé des distiques moraux. — Le Doctrinal a pour auteur Alexandre de Villedieu, grammairien-poëte à Paris, mort vers 1240. — Le Facetus est un poëmeen 137 distiques, dont l'auteur, Jean de Garlande, de la Brie, qui vivait au xi® siècle, s'est proposé de suppléer à ce qui manquait aux fameux distiques de Caton toucliaiit les devoirs de l'homme envers Dieu, envers son prochain et envers lui-même. — Quant au Theodolus, on désignait sous ce nom une Eglogue latine d'un prêtre italien de la fin du x" siècle, nommé Theodulus ou Theodolus : œuvre de dialectique ou plutôt poëmc apologétique, de 332 vers, où un berger et une bergère représentant la Fausseté et la Yèrité disputent entre eux devant un troisième personnage, la Prudence, qui, servant d'arbitre, prononce en faveur de Vérité.

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