‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 146 sur 164 · EUSTACHE DES CHAMPS · texte numérisé non relu

EUSTACHE DES CHAMPS

Eustache des Champs fut encore entraîné par le spectacle des désordres de la cour et dos troubles civils à donner carrière à sa verve caustique. Surtout il poursuivit les financiers et particulièrement Jean de Montaigu, à qui dans sa détresse il dut vendre son bel hôtel de la rue du Temple. Toutefois sa bonne humeur n'en souffrit pas plus que son honnêteté '. Gai compagnon, joyeux convive, il fut toujours l'âme de ces sociétés folles où s'épanouissait la gaillardise provinciale, et elles ne manquaient pas autour de lui : c'étaient les Gillehertlns frèquentans de Crespy, la capitale du Valois, les Bons Enfants de Vertus, dont la charte,

Donnée sur table

En buvant vin de grant liqueur.

L'an (le grâce Nostre-Seigneur

MCGC et LXXIf,

Au mois d'aoust qui le bled louse (coupe),

étendait son empire d'un côté jusqu'à Epernay, de l'autre jusqu'à Vitry, par delà la Champagne pouilleuse.

Aussi n'est-il pas surprenant que, tout en se montrant censeur morose du présent autant qu'admirateur fervent du passé, il n'échappe pas à la contagion générale, et s'expose parfois au reproche de licence dans le langage, en même temps qu'il manque généralement d'élévation et de mesure. Eustache a d'ailleurs beaucoup trop écrit pour ne pas être un peu monotone, et bien que plus varié dans les formes de la versification, et plus fécond en œuvres, il est resté moins célèbre que Charles d'Orléans dont il a vu se développer l'enfance. Mais outre qu'elles se recommandent par un grand fond de patriotisme, ses poésies nous fournissent sur l'état de la société et les principaux événements de l'époque, des renseignements précieux pour l'histoire ; car, ainsi que le poëte le dit lui-même,

Quatre lignie et géncracion

Ay ven de roys depuis que je fii nez :

Philippe, Jehan, Charles en succession

JjC cinquième ; Charles, ses (son) fils ainsncz,

Vint après. . . .

1 « Encore vaut mieux, qnoi ((u'oii die, souffrir ((u'avoir cruanté ».

(Crap., II).

Jean Carlier, plus connu sous le nom de Gerson, qui est celui du village' où il naquit le 14 décembre 1363. Célèbre théologien, surnommé le docteur très chrétien, Gerson, après avoir commencé ses études à Reims, était entré, en 1377, au collège de Navarre, cette maison de calme et de paix, comme dit Clémengis, et son ardeur au travail, ainsi que la douceur de son caractère, en lui gagnant l'affection de ses maîtres, avait formé entre lui et Pierre d'Ailly une forte amitié, qui les unit plus tard dans la défense de la vérité. Elevé, en 1395, à la dignité de chancelier de l'université, il consacra son talent et ses forces à l'extinction du schisme, qu'il poursuivit avec succès ; à la réformation de l'Eglise, qu'entravèrent les prétentions contraires de la Papauté et des conciles ; à la condamnation de l'hérésie de Jean Huss, dont il ne dépendit pas de lui que l'auteur évitât par une rétractation le châtiment.

En politique, si les folles prodigalités du duc d'Orléans le jetèrent, de 1380 à 1407, dans le parti de l'opposition, les violences du duc de Bourgogne l'attachèrent, de 1407 à 1429, au camp des Armagnacs, et il ne craignit point de flétrir l'apologie de Jean Petit, montrant ainsi une âme supérieure à toutes les passions qui s'agitaient autour de lui.

Dans l'ordre de la science, qu'il ne séparait pas du bien vivre, sa première pensée avait été de réformer la méthode théologique, afin de dégager la majesté des écritures des subtilités et des rêveries où elle disparaissait.

Il s'occupa ensuite avec zèle de l'éducation morale et religieuse des classes pauvres, que, selon lui, on s'inquiétait trop peu d'éclairer, et que tendaient à égarer de plus en plus les folles superstitions du temps-. Il fit pour elles divers petits traités, qu'aucune serrure, dit-il lui-même, ne parvenait à défendre des mains de ceux qui les lui dérobaient pour les répandre.

Ame vertueuse, s'il en fut, au milieu de la corruption générale 5;

^ Du diocèse de Reims, près de Relhel. il \\i^\\ reste plus rien que le nom.

2 Gerson s'en montra l'ennemi implacable et lescomljallif par plus d'un traité.

3 II inspira au concile provincial de 1408, tenu à Ueiiiis dans l'il-glise de l'abbaye de Saint-Denis, les 115 articles dn règlement concernant la

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