GERSON. — NICOLAS DE CLÉMENGIS
aniio de la paix et de l'union dans une société travaillée par les discordes civiles et les querelles relij^ieuses : brûlant de charité ' devant les haines et les passions déchaînées ; ferme et intrépide en face des périls et des défaillances, Gerson ne devait sortir des luttes qu'il soutint que fatigué et découragé. Aussi, quand il quitta Constance, prit-il le chemin de l'exil (15 mai 1418); s'éloignant du théâtre de tant de combats stériles, il alla par la Bavière et les forêts du Tyrol jusqu'à Vienne, où le retint plusieurs mois le duc Frédéric d'Autriche. Rentré en France (15 novembre 1419), après le meurtre du duc de Bourgogne, il se retira à Lyon, dans le couvent des Géleslins, où il ne devait plus se mêler aux hommes que pour les édifier par ses exemples autant que par ses discours, et enseigner aux petits enfants, avec les principes de la religion, les premiers rudiments de la langue latine. Il travailla ainsi jusqu'à la fin à l'éclosion et à l'éducation d'un monde nouveau, tandis que son action, à la fois douce et forte, en ruinant les abus et en encourageant les améliorations, précipitait la chute du moyen âge en décadence. 11 mourut en odeur de sainteté le 12 juillet 1429 ^
V ers le même temps s'éteignait aussi un de ses élèves, Nicolas de Clémengis (Clamanges, dans la Marne), ainsi nommé, comme Gerson, du village où il était né. C'était un homme de grand sens et de grand courage, qui se signala pendant le schisme par la vigueur de son éloquence et la solidité de sa science. Elu recteur de l'université de Paris en 1393, il fit au gouvernement, le 30 juin 1394, au nom de la Sorbonne, la proposition d'inviter les deux papes à abdiquer en même temps, pour laisser à l'Eglise la liberté d'en élire un nouveau ; en cas de refus, de soumettre l'examen de leurs droits à des arbitres qui décideraient lequel des deux était le pape
visite des paroisses, et où se peignent si vivement les maux de l'époque. (Voyez, outre les œuvres de Gerson, les Actes de la Province de Reims, 1843, t. D, p. 640 à 667).
' Ce fut Gerson qui obtint que les condamnés à mort seraient accompagnés d'un prêtre pour en recevoir les suprêmes consolations.
- V. sur Gerson et sa famille un travail intéressant de M. Jadart, inséré au tome 68*^ (1879-1880) des Travaux de l'Académie de JReims. — Cf. la Biographie ardennaise de Bonlliot de Coubigny, et, dans les Travaux de l'Académie de Reims, l'analyse d'un discours de Gerson par M. Henry.
véritable ; et s'ils repoussaient l'une ou l'autre de ces voies, de convoquer un concile qui prononcerait entre eux souverainement. Une telle hardiesse indisposa le roi contre l'université et amena la fermeture des écoles ; elle aurait même, dit-on, causé la mort de Clément VU, qui fut frappé d'apoplexie le 16 septembre 1394. Appelé à remplir les fonctions de secrétaire auprès du successeur de ce pape, Clémengis demeura à la cour de Benoit XIII jusqu'au jour où une bulle d'excommunication lancée contre Charles VI, en l'exposant aux défiances et à la colère du roi, le décida à se retirer à l'abbaye de Valombrcuse en Toscane. Rentré plus tard en France, après avoir rempli plusieurs emplois à Langres et à Baveux, il devint proviseur du collège de Navarre, où il mourut ; et comme il avait été pour l'Eglise une lampe, on l'enterra sous la lampe du chœur de la chapelle. Sans avoir le génie de son maitre, il l'avait presque égalé en réputation, mais sa gloire a moins résisté au temps.
Il avait eu pour ami le fils d'un petit vigneron rémois, Cauchon, dont l'ambition et la passion politique ont souillé la mémoire d'une honte éternelle, et sur les restes duquel s'acharna la haine du peuple (1443). Cauchon ne manquait cependant pas de certaines qualités, et, après Clémengis, l'historien de l'Université, du Boulay, qui sur des documents authentiques a écrit son éloge, vante sa bienfaisance et sa libéralité. Tant l'amour des honneurs et des richesses peut obscurcir le sens moral et détourner les plus belles intelligences des voies de la vérité et de la justice !
Autre fut Jean JuvénaJ des Ursins, archevêque de Reims (1449- 1473) '. Il n'eut d'autre ambition que celle de servir son roi, son pays et la religion, soit en favorisant par d'habiles négociations la prise de possession de Rouen(1449), soit en s'élevant contre la perpétuité de la taille, qu'il considérait comme un empiétement du roi sur les droits de la nation, et contre ces impôts multipliés par lesquels « on « ne tond pas seulement la laine des sujets, mais la peau jusques « aux os^ » ; soit en réunissant à Soissons les évêques de la pro-
< Il avait succédé à son frère puîné, Jacques Juvcnel des Ursins, après avoir été successivement évêque de Beanvais et de Laon.
î Remontrances au roi pour la réforme du royaume (V. l'analyse qn en donne Toxcellent ouvrage de M, l'abbé Péchenard sur Juvénal des Ursins, p. 275 et s(i.).