‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 148 sur 164 · JUVÉNAL DES URSINS · texte numérisé non relu

JUVÉNAL DES URSINS

vince (2 juillet 1455) pour frapper do censure, de concert avec eux o( conformément aux disposilions du concile de Bàle et de l'assemblée de Bourges, les abus et les désordres cpii s'étaient glissés dans son église, et rappeler le clergé à l'observation des saints canons. Aussi ce fut ce digne prélat, ce trcsbrillant docteur en l'un et Vautre droit, que Calixte III désigna par lettres apostoliques du 3 des ides de juin 1455, pour présider les solennels débats où l'œuvre de Gauchon devait être mise à néant, comme une œuvre entachée de dol, de calomnie, d'iniquité, de contradiction, d'erreur manifeste, et la mémoire de Jeanne d'Arc réhabilitée par jugement et processions expiatoires ^

Rentré dans son diocèse, Juvénal s'y occupe tout entier du soin des intérêts divers qui sollicitaient son dévouement. Tantôt il se plaît à siéger dans le conseil de ville et à prendre part à ses délibérations ; tantôt il favorise le commerce, en obtenant du roi que les marchands qui fréquentent les foires soient affranchis de la taxe du sou par livre sur les transactions (1471) ; tantôt il se fait admettre dans la compagnie des arbalétriers, estimant bon d'encourager par son exemple ou sa présence une société qui ne séparait point de l'honneur de servir son pays par les armes celui d'honorer Dieu par ses actes; tantôt il encourage l'enseignement des écoles et protège lesgens de lettres, parmi lesquels ses propres travaux lui assignaient un rang distingué. II avait pris pour secrétaire Guillaume Coquillart, dont il ignorait peut-être les poésies licencieuses, et, en 1450, il lui faisait traduire du latin en français Y Histoire des Juifs de Josèphe.

La piété de Juvénal le portait à donner aux solennités religieuses le plus grand éclat, afin d'agir par là sur l'imagination et le cœur du peuple. Il aimait d'ailleurs à l'instruire lui-même par ses prédications, et il nous reste de lui neuf sermons, dans le goût du temps, où avec la solidité de la doctrine et la pureté de la morale contrastent, il est vrai, malheureusement, la complication de l'ordonnance, l'abus de l'allégorie et la subtilité du raisonnement.

L'église cathédrale était encore incomplète dans ses détails inté-

' On sait que les débats du procès de réhabilitation, ouverts en l'église Notre-Dame de Paris, le 7 novembre 1435, puis tranportés à Rouen le 17 février 1456, furent définitlvoniont clos en cette ville le 7 juillet suivant.

rieurs. Juvénal n'épargna rien pour en augmenter la splendeur. Il fit commencer \e Jtibé qui fermait le chœur du monument, confiant l'exécution de l'œuvre à un architecte champenois, Colart de Givyy^. Il commença aussi (24 novembre 1469) d'élever les grandes orgues, qui n'avaient alors qu'un seul jeu de 24 pieds, et dont le magnifique buffet existe encore, couronné par le christ et portant aux extrémités deux anges qui sonnent de la trompette.

Peu d'années auparavant (1463), il avait introduit dans l'église la musique, qu'aux frais du chapitre un savant clerc, nommé Petit- Jean, était allé étudier à Gambray, et l'habileté de la maîtrise fonda la réputation du chœur de Notre-Dame.

Aussi ne faut-il pas s'étonner que Louis XI ait plus d'une fois invoqué dans le danger les prières du digne prélat : ce fut ce qu'il fit particulièrement à Péronne, pour obtenir du Ciel la faveur de sortir du mauvais pas où il s'était engagé.

Quand Jean Juvénal vint à mourir, le 14 juillet 1473, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, ses confrères de l'arbalète ne manquèrent pas de faire célébrer un service pour le repos de son âme.

Juvénal n'était pas Champenois par sa naissance ; mais il l'était parle cœur, autant que par sa famille-, comme il appartient à Reims par les éminents services qu'il a rendus à l'église et à la cité. C'était d'ailleurs un prélat féodal, et à ce titre il méritait par l'élévation de ses sentiments et la dignité de son caractère, non moins que par ses talents et son zèle, plus qu'une mention dans l'histoire des dernières années de la féodalité.

* Givi'y-eii-Argonne, dans la Marne.

2 Son père, Jean Jouvenel, était de Troyes, où il naquit en 1360, de Pierre Jouvenel, drapier. Lui-même, aîné d'une famille de seize enfants, naquit en 1388, à Paris, où Jean Jouvenel était alors avocat. La famille modifia ensuite le nom de Jouvenel en celui de Juvenel, — d'où la forme latine Juvénal, spécialement adoptée par l'archevêque, — et y ajouta le surnom des Urcins ou Ursins, qui apparaît pour la première fois en 1438, dans une signature du chancelier Guillaume Juvenel {GuUlaame Jucenal des Urcins), frère de l'archevêque. A quelle circoni^fance faut-il rattacher ce surnom, c'est ce qu'il est moins facile de faire que d'en rapporter l'inspiration à un sentiment de vanité que les lois ne condamnaient pas plus alors que les mœurs ne le réprouvaient (Consulter sur les altérations du nom de la famille Jouvenel un article de M. Louis Batitïol, inséré dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. L, 1889).

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