‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 16 sur 164 · S77. SOUS LES PREMIERS CARLOVINGIËNS · texte numérisé non relu

S77. SOUS LES PREMIERS CARLOVINGIËNS

seigneurs laïques soumis à ses lois, on vit, disent les Annales de Saint-Bertin, se produire ce qui ne s'était pas vu depuis bien longtemps, et l'épiscopat recevoir un affront comme ne lui en avait jamais infligé aucun prince chrétien. A un moment convenu, les seigneurs font irruption dans la salle des réunions, s'emparent de la présidence et de la direction de l'assemblée ; puis, faisant parmi les décrets de Meaux un choix conforme à leurs passions, déclarent qu'ils n'en accepteront pas d'autres que ceux dont ils viennent d'arrêter la liste. Le Brigandage d'Ephèse (449) était renouvelé ; aussi bien, l'assemblée de juin 846 reçut-elle des contemporains le nom de Brigandage d'Egernay. Toutefois, cédant aux remords de sa conscience et à la crainte des châtiments divins dont le menaçait Hincmar, le roi revint à de meilleurs sentiments et fit rendre à Notre-Dame et à Saint-Remy de Reims quelques-uns des biens qui leur avaient été enlevés.

Bientôt allait surgir l'affaire d'un moine vagabond et orgueilleux qui de l'abbaye de Fulde était venu en fugitif à Orbais, puis d'Orbais était allé en Italie et à Mayence, où il avait commencé de prêcher une doctrine erronée sur la grâce. Anathématisé par les évêquesde la province de Mayence et renvoyé au jugement de son métropolitain, Gothescalc n'avait paru à Quierzy-sur-Oise (849), où Hincmar avait convoqué avec ses suffragants les évêques des provinces voisines, que pour y montrer une frénétique impudence. Convaincu d'erreur, il fut condamné, selon les prescriptions de la règle de saint Benoit, à être frappé de verges, puis enfermé au monastère d'flautvillers, avec défense de s'ingérer à jamais dans le ministère de la prédication. Mais Gothescalc n'était pas homme à s'humilier sous le châtiment ; il trouva le moyen de gagner à sa cause des religieux d'Hautvillers et d'y intéresser quelques évêques, particulièrement celui de Troyes, Prudence, qui, distinguant entre le fait et le droite déclarait que, si l'on avait eu raison de condamner le prédestinianisme, cette erreur ne se trouvait point dans les ouvrages de Gothescalc. Les difficultés que suscitèrent à Hincmar ces divisions trouvèrent heureusement à Rome leur solution. Gothescalc y avait fait parvenir sa justification par un moine nommé Gondbert, et l'archevêque de Sens, à la prière d'Hincmar, était aussitôt parti pour l'Italie. Après avoir entendu les deux plaidoyers, le pape saint Nicolas condamna l'écrit du moine allemand (859). Ce fut pour celui-ci un coup terrible : il en

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perdit la raison, et peu d'années après il expirait au milieu des blasphèmes (868).

Les fatigues qu'avait essuyées Hincmar, et surtout le chagrin qu'il ressentait à la vue des usurpations multipliées des grands et des désordres croissants du clergé', avaient affaibli sa santé et mis SCS jours en péril : « Ménagez-vous », lui écrit Pardule de Laon ; « adoucissez la rigueur de vos jeûnes et usez d'aliments « moins lourds. Surtout mangez du lard et de la viande : c'est le « moyen de tenir l'estomac en bonne disposition ; et renoncez à « toutes les crudités, entre autres à la pomme d'api que vous aimez « tant ^. Quant à la boisson, je vous conseille un vin qui ne soit « ni trop généreux ni trop faible. Celui qu'on recueille vers « Epernay, sur le mont Ebbon, à Ghaumusy près de Rouvroy, « vers Reims à Merfy et à Gormicy, est, à mon avis, préférable « à tous les autres, qui ont l'inconvénient d'entretenir les « humeurs » ^.

' V. dans les Actes de la province de Reims, i. I, p. 204 et sq., les canons du concile de Reims, l^"" novemJjre 8o2. A côté du chapitre sur la chasteté sacerdotale, on recommande (c, X) aux prêtres, « quand, à l'occasion des calendes, c'est-à-dire au premier jour de chaque mois, ils s'assembleront pour conférer des choses divines, après les saints mystères accomplis et la conférence traitée, de se borner à une modeste réfection, où ils ne boiront pas au-delà de trois coups, et de retourner ensuite à leur paroisse ». Ils sont, d'autre part, invités à expliquer aux fidèles en langue vulgaire le symbole, l'oraison dominicale, les épîtres et les évangiles.

Il y avait donc deux langues, la romane et la tudesque (traité de Strasbourg, 842). On peut voir aussi que l'usage des conférences ecclésiastiques est fort ancien, et que les Statuts de S. Riculfe, évêque d'Orléans, donnés en 889, n'en ])résentent pas le premier exemple, ainsi que le croyaient les auteurs de Y Histoire littéraire de la France (l. VI, p. 84).

2 « Enfin, ajoute Pardule, avant de vous lever de table, faites usage de la fève, excellent digestif, quand elle est cuite à point dans la graisse la plus pure ; car, bien qu'au dire des philosophes, la fève obstrue l'entendement, elle chasse les flegmes et les dessèche ; elle active la digestion, elle fait glisser rapidement les aliments dans les nombreuses circonvolutions des entrailles, ainsi que nous en avertit le bruit qu'elle y produit ». Voilà des préceptes d'hygiène dont s'accomoderaient mal nos estomacs.

^ « ... quod in lateribus monlium nascitur, sicut in Sparnaco in monte

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