‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 150 sur 164 · TRAITÉ DE SAL\T-MAUR · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE SAL\T-MAUR

« sa pièce ' ». Le duc de Borri, frère du roi, jeune homme de dix-neuf ans, aussi vain que vaniteux, qui s'était laissé gagner par les conspirateurs, eut la Normandie en souveraineté héréditaire- ; le comte de Charolais, les villes de la Somme avec plusieurs autres ; le due de Bretagne, Etampes et Montfort ; le duc de Calabre, Mouzon, Sainte-Menehould, Vaucouleurs et Epinal ; le duc de Nemours, le gouvernement de Paris et de l'Isle de France ; Saint-Pol, l'épée de connétable, etc.. Du bien public il fut à peine question, et si le roi ordonna une enquête sur les abus de l'administralion, si, en juillet 1466, il invita l'évêque et les habitants de Troyes et autres villes à seconder la commission qu'il en avait chargée, on sait qu'elle n'aboutit points.

Louis semblait s'être mis entre les mains des seigneurs et avoir abdiqué toute autorité. Mais ces nobles, qu'il haïssait

1 Chron. scand., ibid., t. IV, p. 268.

^ Le roi informe la ville de Châlons qu'il a été contraint do lui donner ce duché, et la ville décide qu'après avoir coinminiiqué au peuple les lettres du roi, elle en enverra copie à Sainte-Menehould, Vitry, Saint- Dizier, Joinville, Vassy et Vertus (13 jauv. 1466). Louis fera connaître ensuite aux Châlonnais son intention de reprendre à son frère la Normandie {Comptes de la ville, GC 88).

3 Au sujet de cette enquête, nous lisons dans les comptes de la ville de Châlons (CC 88) qu'il fut payé à Jean le Ferré, messager demeurant à Ch;ilons, 45 s. t. pour un voyage par lui fait à Vitry, Arzillières, Saint- Dizier, Joinville et Vassy, « signifficr es dites villes que aucuns bourgeois d'icelles venissent en ceste ville pour le fait du bien publicq» ; — à maître Jean Morbos, licencié es lois, procureur de la ville de Châlons, 13 I. 15 s. t. « pour les peines et salaire d'avoir porté de ceste villcde Chaalons au lieu d'Estampes les articles et advertisscmens delà dittc ville ordonnez de par le Roy nostre sire estre portez audit Estampes par devers messieurs les commissaires et depputez de par iceliui seigneur à recevoir lesdits avertissemens et articles, affin que par iceulx ordre et police fussent mis en ce royaume, tant sur le fait de la justice comme aullrcs choses contenues es lettres patentes du roi » ; — à P. Hunault, chcvaucheur de l'écurie du roi, 55 s. t., pour avoir apporté lettres du roi, enjoignant d'envoyer à Etampes de par chacune des bonnes villes du royaume « les advis et conclusions des dites villes et de chaciuio (ricelics conunent l'on pourrait mettre ordre et police audit royaume, tant sur la justice comme sur les gens de guerre d'icellui ».

536 LA PROVINCE DE CHAMPAGNE i467-U68.

auparavant par politique, il les hait maintenant par désir de vengeance et par ressentiment de son humiliation. 11 reprendra contre eux ses projets d'abaissement, mais avec plus d'habileté et de dissimulation. Il y sera particulièrement encouragé par la mort du duc de Bourgogne, qui survint peu après (15 juin 1467). Philippe, surnommé le Bon, ne l'avait été que pour ses sujets, dont il avait si bien servi les intérêts que ses Etats se pouvaient dire terres de promission par excellence. Une longue paix y avait amassé d'immenses richesses, et le luxe, les plaisirs y étaient si grands et si désordonnés, qu'aveuglé par sa prospérité, le peuple paraissait en avoir oublié la vraie source, qui est Dieu ' . Pour le royaume de France, Philippe y avait par vengeance, versé des maux effroyables, qu'il avait longtemps ensuite entretenus par calcul et envie de s'agrandir. En passant sous le gouvernement du comte de Charolais, son fils, sorte d'enfant gâté, amoureux de vaine gloire, capricieux et emporté dans ses ambitions, les Bourguignons ne devaient pas tarder à expier avec ces maux les excès de leur fortune ; les illusions du jeune duc allaient se briser contre le sang-froid de son royal adversaire.

Louis, jaloux d'enlever au duc deBerri la Normandie, par laquelle les ducs de Bretagne et de Bourgogne se donnaient pour ainsi dire la main, convoqua les Etats généraux à Tours pour le 1" avril 1468, afin de s'éclairer de leur avis sur les différends qu'il avait avec son frère. Troyes y envoya trois députés, ainsi que les villes de Reims et de Châlons ^ L'assemblée déclara que la Normandie ne devait point être détachée de la couronne, mais elle ne se sépara point sans remontrer au roi, par la bouche de l'archevêque de Reims, Jean Juvénal des Ursins, que les impôts avaient doublé depuis la mort de Charles VII, que l'or et l'argent s'en allaient hors de France, soit en cour de Rome pour l'abolition de la Pragmatique, soit aux mains des marchands étrangers, et que le pays était épuisé par « les

• Comines, 1. 1, c. 2.

2 Cette dernière alloue aux deux députes lais (laïques) cent écus d'or « pour faire leurs despens, et an surplus iceulx deux lais pratiqueront devant le Roy nostre sire par impctratiou de recouvrer icelle somme pour taille sur le diocèse ou autrement ainsi et en la manière (jue le feront ceulx de Troyes, Reims et Laon » (27 mars).

1488-1470. ÉTATS GEiNÉRAUX DE TOURS. 537

« excessives pensions payées aux sires de sang royal et aux officiers « du roi, tous engraissés du sang du peuple * »,

Le roi ne manqua point de rejeter le mal sur les princes et la ligue du bien public ; puis, fort de l'assentiment national et profitant de ce que le duc de Bourgogne était retenu dans ses Etats par son mariage avec la sœur du roi d'Angleterre, il envahit la Normandie, dont il dépouilla son frère, et contraignit le duc de Bretagne d'abandonner l'alliance de Charles le Téméraire (traité d'Ancenis, 10 septembre 1468). Il ne lui restait plus à vaincre que le duc de Bourgogne, mais il lui répugnait do demandera la force ce qu'il pensait pouvoir obtenir par les négociations, et il vint trouver Charles à Péronne (3 octobre). L'explosion soudaine de l'insurrection liégeoise, en l'exposant à la vengeance de ce prince, le mit dans la dure nécessité de subir ses conditions (14 octobre) : il lui fallut entre autres céder en apanage au duc de Berri la Champagne et la Bric. C'était donner pour voisin au Bourguignon son complice, dont le domaine touchait aux portes de Paris. Aussi, quand vint l'heure du départ, se hasarda-t-il de dire à Charles : « Si pourtant mon frère « allait d'aventure ne pas se contenter du partage que je lui baille a pour l'amour devons, que voudriez-vous que je fisse ?» — « S'il « ne veut le prendre, répondit le duc, donnez-lui telle satisfaction « qui lui plaira, je m'en rapporte à vous deux». Et à la faveur de cette sorte de blanc-seing inconsidérément donné, Louis fit si bien qu'il parvint à faire accepter à son frère la Guyenne en échange de la Champagne. Il ne manqua pas d'annoncer aux Troyens cette bonne nouvelle par une lettre datée de Coulonges-la-Royale, le 14 septembee 1469.

Nul n'était plus habile à réparer ses fautes, et, comme le dit Comines, ce il n'y eut si sage homme en adversité ». Plus que jamais il se rapprocha de la bourgeoisie et la flatta par les libertés qu'il lui octroya. Entre plusieurs autres villes ^ celle de Troyes reçut, en mai 1470, de sa munificence ses premières lettres d'échevinage, qui conféraient aux habitants la faculté de a s'assembler à son de « cloche, le bailli ou son lieutenant appelé seulement pour la pre- « mière fois, et d'élire 36 hommes aimant l'utilité et le profit de la

' V. les Preuves de YEist. de Louis XI de Dnclos, p. 238 cl sq. 2 Poitiers, Tours, Niort, Fontenay-Ie-Comte, Angers, etc.

538 LA PROVmCE DK CHAMPAGNE 1470.

ot ville et de la chose publique, officiers royaux ou non, et dont (( douze seront du clergé. y>

Ces trente-six élus devaient à leur tour choisir douze d'entre eux, dont quatre du clergé, pour être échevins, « régir et gouverner les « besognes, charges et affaires communes de la ville », à partir du jour de l'élection jusqu'à la Saint-Barnabe 1472. Les vingt-quatre autres, demeurant conseillers pendant toute leur vie, avaient charge d'assister les échevins dans les affaires importantes et de se rendre au conseil toutes les fois qu'ils y seraient mandés. Celui-ci était autorisé à prendre dans son sein un chef et président, chargé de faire les propositions, de diriger les débats et de recueillir les voix.

Les douze échevins, leur pouvoir expiré, s'unissaient aux vingtquatre conseillers à vie, et assistés de soixante-quatre notables habitants, — en tout cent personnes, — procédaient à l'élection de douze nouveaux échevins pour une période de deux années.

Dans certains cas, les trente-six pouvaient provoquer, en s'adressant au bailli ou à son lieutenant, une assemblée générale des habitants.

Le jour même où il signait cette charte (18 mai), le roi adressait a à ses chers et bien amés » une lettre où il leur déclarait qu'il les tenait « pour ses bons, vrays et loyaulx sujets », et les priait de continuer à s'employer libéralement à son service, « en quoi faisant, « il aurait leurs affaires de plus en plus en bonne réputation ».

Mais ces gracieusetés de Louis XI n'étaient pas gratuites, et le même jour encore il demandait aux Troyens « par forme d'emprunt» 1,500 écus d'or'.

Il n'était, en effet, impatience pareille à celle qu'il avait de venger sa honte de Péronne : « Je n'ai pas dans l'imagination », disait-il à Chabannes, « d'autre paradis que celui-là » ; et pour susciter des ennemis à son adversaire, pour entretenir ses alliances avec la Suisse, le roi d'Ecosse et le duc de Milan, il lui fallait de l'argent. Charles le Téméraire, de son côté, sentant venir l'orage, loin de chercher à le détourner, avec l'impétuosité de sa nature semblait courir au-devant, et fidèle à la politique paternelle se rapprochait de l'Angleterre.

* Boutiot, Hist. de Troyes, t. IIJ, p. 92 et sq.

1470. GUERRE ENTRE LOUIS XI ET CHARLES DE ROURGOGiNE. 539

II n'avait pas craint d'arrêter, à la grande foire d'Anvers, toutes les marchandises do Reims et de Ghàlons, sous prétexte de détrousses faites en mer sur les Hollandais par le comte de Warvvick, allié du roi. Tout en recommandant aux Rémois', comme aux Troyens *, par lettres du 1<=^ juillet, de ne point user de représailles à l'égard des « marchands et marchandises étant du pays de son « beau cousin de Bourgogne,... et ce pour certaines causes que « dit est que présentement ne vous povons escripre », Louis XI convoque à Tours pour le 2.3 septembre les plus notables bourgeois des bonnes villes et les mieux instruits au fait du commerce, pour aviser avec leur conseil à ce qu'il faut faire au sujet des dommages que la marchandise de France a soufferts dans les Filandres. L'assemblée ne pouvait manquer de demander au roi des mesures énergiques propres à sauvegarder les intérêts du commerce français. Fort de son appui, Louis renonce alors à son artificieuse modération, et fait défense absolue à tout marchand, sous peine de confiscation de corps et de biens, de négocier avec les sujets et dans les pays et seigneuries du duc de Bourgogne, comme aux marchands bourguignons de trafiquer en France. Le duc en fait autant de son côté, et le roi répond à son interdit en ouvrant à Caen deux foires destinées à remplacer celles d'Anvers. Bientôt la guerre est déclarée.

Les bonnes villes de la Champagne n'avaient pas attendu ce moment pour se fortifier, averties surtout qu'elles étaient par le spectacle des ruines accumulées autour d'elles. Ainsi voyons-nous, le 14 juillet 1470, l'évêque de Châlons, Geoffroy III, autoriser le chapitre à faire transporter en cette ville les cloches des villages de Champagne et de Bellay, pour en fondre le métal avec celui des grosses cloches de la cathédrale en partie cassées, attendu, dit-il, qu'il n'y a plus d'habitants en ces villages, ni espoir d'en voir les maisons relevées, que les églises en sont presque enti«'*remcnt détruites et qu'on n'y célèbre plus les mystères -^

Chàlons, Troyes, s'étaient donc mis en défense. Reims multipliait les mesures de précaution : les cinquante-six francs archers de la ville seront « souffisamment mis en point, et fournis de gardes

* Arch. législ., seconde partie, l*^*" vol., p. 773.

* Boutiot, ibid., p. 97.

3 Arch. dèp.,G. 4o4, pièce 7.

540 LA PROVINCE DE CHAMPAGNE un.

« avec dagues, voulges (épieux ou demi-piques) ' et de tous autres « habillemens de guerre à eulx nécessaires» (29 octobre 1470) ^ Chacun se pourvoira d'ailleurs d' armure et bâtons deffensables selon sa faculté (11 février 1471); on tuera les chiens, on dépavera les rues, et les pavés seront rentrés dans les maisons, aux fenêtres et tourelles haultes ; on entretiendra « es murailles huylles et eau chaude avec cendre » ; les chaînes des rues seront polies et prêtes à être tendues ; on fera faire « trente-six cordes, où il y aura cloches à « vaches attach^ées, pour mettre à l'entour des murs par dehors, « pendus sur divers bâtons de la hauteur de deux pieds, à cette fin « que de nuyt on ne puisse monter sur la muraille sans ouïr le son « des cloches ». En même temps le conseil se concerte avec Troyes, dont l'évêque était venu à Reims, pour régler la quantité de vins, farines, potages et avoines à expédier de quinzaine en quinzaine à l'armée du roi j'usques au lieu d'Arras (16 et 19 février 1471). De son côté, Ghâtillon, gouverneur de Champagne, demande aux gens d'église et habitants de Reims ' 500 à 600 1. de safpètre, pour résister aux Bourguignons ; mais le roi a déjà requis, il y a cinq ans, tout le salpêtre de la ville, et celle-ci regrette la pénurie où elle se trouve.

Cependant Châtillon est entré en campagne. Il a ouvert les hostilités du côté de Langres, appuyé de quatre mille Liégeois et de quelques Lorrains, et dès le 22 mars il annonçait aux Troyens ses premiers succès, en les engageant à s'approvisionner de tout le matériel nécessaire à son expédition : il avait mis en l'obéissance du roi Maats * et la forteresse de Preugey ^, tandis qu'aux environs de Màcon on avait battu les Bourguignons ^' et pris toute l'artillerie de la ville de Dijon. Bientôt, il en avait bon espoir, leur écrivait-il encore le 2 avril suivant, répondant aux plaintes qu'ils lui faisaient des pilleries de la garnison de Bar-sur-Seine, bientôt il pourrait

1 Arch. législ., seconde partie, !*■■ volume, p. 780.

* Arch. législ.^ ilnd.

3 Arch.lègisl.y ibid., p. 789. Ses lettres sont présentées au conseil le 4 mars 1471.

* Haute-Marne, canton de Prauthoy.

s Idem.

^ Ils avaient eu, « prins et mors les plus grans cliiofz et jnsques à llll ""• hommes, comme l'en dit » [Arch. mun. de Troyes, AA, 48* carton, liasse 4).

^^7^-7"2. TRÊVE D'AMIENS. m

se tirer avec sa compagnie aux marches de Troyes, et y laire un si bon et si grand exploil qu'ils en demeureraient tous en paix et joyeux'.

Châtillon s'emparait, en effet, le 6 avril, après deux jours de canonnade, de la ville de Jonvelle \ où les Liégeois firent « grande « tuerie », et où se trouvèrent de grandes richesses. 11 pensait bien, écrivait-il aux Troyens, quatre jours après, ne pas borner là ses exploits et tirer ensuite vers eux, « pour mettre les habitants en « sûreté de ce mauvais Bar-sur-Seine et autres places rebelles, et « en nettoyer le pays, principalement pour l'amour des habitants « et de la ville de Troyes, à laquelle il voudrait faire tout le bien « qui est en son pouvoir ^ ».

Mais le duc de Bourgogne, menacé par ces succès et par la perte des villes de la Somme, proposait à Louis XI une trêve de trois mois, que celui-ci crut sage de ne point refuser, et qui fut signée à Amiens le 4 avril 1471. C'était dix jours avant la célèbre journée de Barnet, où succomba et périt Warwick (14 avril), un mois avant celle de Teivhshury (4 mai), où Marguerite d'Anjou fut battue et faite prisonnière, tandis qu'Henri VI était égorgé dans la Tour. La maison de Lancastre avait fini pour faire place à celle d'Yorck, au chef du parti de la Rose blanche, à Edouard IV, l'allié de Charles le Téméraire.

Cette révolution fut un rude coup pour la politique de Louis. La ligue des princes réorganisée ne déguisait plus ses intentions, et Charles de Bourgogne, triomphant, disait que le bien du royaume lui était si cher que ^owr un roi qu'il y avait il en voudrait six. Toutefois, surpris par l'événement et divisés d'intérêts, il s'en fallait que les conspirateurs fussent prêts à entrer en campagne. Le roi en profita pour faire proroger les trêves jusqu'au 15 juin, et pour se fortifier de toutes parts.

En même temps qu'il ordonnait, le 1*'' mai 1472, par toutes les églises du royaume une « moult belle et notable procession » et qu'il priait « son bon populaire », manants et habitants de sa cité de Paris et de ses autres villes et pays, « que dorénavant, à l'heure

' Boutiot, p. 100, et Arch. mun. de Troyes, AA 48® carton, liasse 4. - Haute-Saône, sur la Saône.

3 Bouliot, ibid., p. 103.

« de midi, lorsque sonnerait la grosse cloche, chacun fléchît un a genou en terre, en disant ; Ave Maria, pour obtenir bonne paix « au royaume de France ' », il renforçait son armée, et néanmoins poursuivait ses négociations de paix avec le duc qu'il amusait de la restitution des villes de la Somme. Il fit si bien que Charles se résolut à dépêcher à la cour son échanson avec mission de recevoir le serment du roi en échange de sa lettre d'alliance. L'envoyé attendait depuis plusieurs jours, quand tout à coup Louis le congédia avec ces mots : « Il n'y a plus de serment à jurer, le gibier est pris ». Il venait de recevoir la nouvelle de la mort de son frère, . trépassé à Bordeaux le 24 mai 1472.

Furieux d'avoir été joué, Charles le Téméraire, sans attendre l'expiration de la trêve, donna le signal de l'attaque en se jetant sur la Picardie, tandis que ses lieutenants envahissaient les marches de la Champagne ^. Antoine de Luxembourg, gouverneur de Bour-

1 Ce fut l'origine de Y Angélus, dont l'usage se répandit et se perpétua dans tous les pays catholiques .

2 C'est en ce temps là, au mois d'août 1472, qu'eut lieu à Sens l'affaire de la Tacque-main (jeu de la main chaude), qui faillit entraîner la ruine de la ville. Un apothicaire, en passant, s'était avisé de frapper sur la main du patient et s'était enfui, pour échapper à la poursuite des joueurs, dans une maison voisine, qui était celle d'un secrétaire du roi, nommé Legoust. Celui-ci tenta vainement de proléger sa porte ; elle fut forcée et la maison saccagée. 11 s'en suivit quelques arrestations ; ces arrestations soulevèrent le peuple, qui courut aux prisons et rendit aux prisonniers la liberté. L'autorité impuissante dut céder devant cette émeute. Legoust, en A'rai parvenu, étant le fils d'un pauvre cordonnier, se serait cru vilipendé, s'il n'avait, par un rapport exagéré qu'il (it au roi, obtenu le châtiment des coupables. 11 y eut, en effet, quelques exécutions ou bannissements, mais ce n'était point assez pour son ressentiment. Il fit entendre à Louis XI que les habitants de Sens étaient gens turbulents et rebelles, qui « avaient secrète intelligence avec le duc de Bourgogne, son ennemi, a auquel ils se voulaient rendre » . « Sans peser davantage cette accusa- « tien », le roi donne aussitôt au seigneur de Beau jeu l'ordre d'aller avec un corps de troupes saccager et ruiner la ville. Beaujen était un prince sage et prudent. Avant d'exécuter l'ordre du roi. il voiibit instruire l'affaire, et s'étant assuré des bons sentiments de la population, il se borna à exiger le paiement d'une somme de 3,200 livres tournois, destinée à acquitter les frais de l'expédition (Tavau,ap. Larcber de Lavernade, Hist. de Sens, p. 300).

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