‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 151 sur 164 · LES BOURGUIGNONS KN ENVAHISSENT LES MARCHES · texte numérisé non relu

LES BOURGUIGNONS KN ENVAHISSENT LES MARCHES

gogno, s'empare ici des places de Uougemont, Havières, Ancy-Ic- Franc, Ancy-le-Serveux, Argenteiiil, Pacy, Lésines, Sainl-Marlin, Molôines, Thouy, Cruzy, Gigny, dans le Tonnenois ; de Laignes, Molèmes, Bagneux, Gyé, Gergey (Gurgy), Jully, Mussy, Polhièrcs, Montigny, Yanvey, Rouvres, Grancey, dans le Châlillonnais et la vallée de la Seine, Le bailli de Ferrelte, Pierre d'Arehamhaull, à la tète d'une troupe allemande, prend Monliéramey, et menace de brûler l'abbaye, si on ne lui paie rançon ; quelques villages voisins sont Tort maltraités ; Montreuil est entièrement brûlé, sauf une seule maison ' . « C'est grant pitié des maulx que l'ont les Bourgui- « gnons, écrit le capitaine de Ghàlons, chacun fuit df.'vanteulx ; ils « sont X ou XII™ combatans et ont pris XXV ou XXVI places; « ceulx de la ville de Troyes font grande diligence d'eulx forliffier « et n'y espargnent rien ». Il est « d'opi)inion que l'on face crier « que ung chacun retire ses biens à la bonne ville, qu'ilz battent « leurs biefs et les amainent et que l'on ait resgard à fère des « molins à bras et à chevaulx » (19 octobre). Ghàlons suivra l'exemple de Troyes : le 27, il y aura procession générale, où par prédication « sera invité le peuple de prier Dieu en toute dévotion « pour le salut de la ville, et de eulx efforcer à la garde, tuicion, et c( deffense de ceste ville et du pais » (2G octobre). Pour faciliter l'équipement des habitants, le conseil avait, dès le mois précédent (19 septembre), fixé le prix des armes de guerre : salade d'hommes d'armes à 60 s. t. ; salade d'archers à 55 s. ; gantelets à 27 s. 6 d. t. ; vouge, dague et épée à prix raisonnables.

Ges dispositions étaient assurément fort sages. Mais la guerre que faisaient les Bourguignons n'était après tout qu'une guerre de boute-feu, sans grand péril et sans gloire, et de son côté Charles le Téméraire n'avait remporté de son expédition que l'horreur et l'exécration des peuples-. Il n'avait pu réussir à opérer sa jonction avec le duc de Bretagne, et les succès du roi, non moins que son habileté diplomatique, avaient amené François à signer une trêve d'une

' Boutiof, t. III, p. 104.

- L'héroïque défense de Beauvais excita une telle admiration en France que toutes les villes envoyèrent aux assiégés des hommes et des armes. Le 22 j uin 1472 une assemblée générale de la ville de Reims, sur la demande du connétable, décida qu'il leur serait envoyé des vivres (.Irc/i. lèg., 2^ partie, t. i*"", p. 792).

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année. En présence de cette situation Charles se décida à en conclure une de cinq mois (3 novembre 1472), que l'inconstance de ses plans ambitieux, en dirigeant et en engageant ses armées sur d'autres points, devait à plusieurs reprises proroger jusqu'au 1" mai

Débarrassé de ce turbulent adversaire, Louis poursuivit à la fois la ruine des ennemis que l'éloignement du duc lui abandonnait ^ , et la défense des frontières du royaume contre de nouveaux dangers. Il lui importait surtout de mettre la ville du sacre à l'abri de toute entreprise de la part de ses adversaires. Le 21 septembre 1473, le jour même où il nommait le sire de Craon son lieutenant général de l'armée de Champagne '^, il annonce à ses « chiers et bien amezles « gens d'église, bourgeois, manans et habitans de la cité et ville de « Reims », qu'il leur envoie le maitre de son hôtel, Raulin Cochinart, avec mission de « faire faire » en la ville « les réparations « qu'il congnoistra y être nécessaires, et entre autres de faire relever « et parfondir les fossés de la hauteur de deulx hommes, à pied c( droict, et par manière qu'ils soient en sûreté et hors d'assault ; « et luy avons baillé, ajoute-t-il, pouvoir de contraindre toutes « manières de gens, exemps et non exemps, priviliégez et non « priviliégez, de y besoingner ou faire besoingner en toutes « diligences^ ».

Cochinart se met promptement et sérieusement à l'œuvre, n'épargnant personne ni biens, pas même ceux de l'archevêque : le chapitre espère cependant être affranchi, du moins pendant les trêves, de l'obligation d'aller aux fossés ou à la garde des portes, et à cette fin, il décide (19 décembre) qu'il sera fait à Cochinart un présent de fines serviettes *. Mais le nouveau prélat appelé au siège de Reims, Pierre de Laval, n'avait rien eu de plus pressé que de se retirer dans son abbaye de Saint-Nicolas d'Angers ; et, en son absence, Cochinart

* Le duc d'Alençon fut arrêté, condamné à mort (juillet 1474) et jeté dans une prison où il mourut deux ans après. Le comte d'^lrma^nac, chef de la branche aînée d'Armagnac, avait été, le 6 mars 1473, attaqué dans Lectoure et poignardé malgré la capitulation qu'il avait obtenue.

* Archives (Tun serviteur de Louis XL Documents et lettres (1431-1482), Nantes, 1888, in-4°, Pièce XVIII, p. o4.

3 Arch. Ug., 2« partie, 1" vol., p. 797.

* Marlot, t. IV, p. 224.

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