COCHINART CHARGÉ DE FORTIFIER REIMS
ne manqua point d'ordonner qu'on prit une partie des pierres nécessaires aux fortifications tant au château de l'orte-.Mars qu'en celui deNeufville, dit l'Archevêque. L'attentai ('tait grave, et la ville ne manqua pas de protester, de peur qu'il « ne tournas! à dommage ou préjudice aux habitants' ». Pour ceux-ci, ils secondèrent si bien le maître d'hôtel du roi, que, sur son rapport, Louis leur fit savoir, le 29 juin 1474, qu'il était « bien joieuls et contant » d'eux. Aussi « vous pryons que veuillez continuer à parfaire la bonne entreprise « que avez encommancée, en fasson que nos ennemis n'y puissent « nuire,... et croyés nostre dict maistre d'hostel de ce qu'il vous « dira-. »
Il ne semble pas que, vers ce temps-là, Louis XI ait eu lieu d'être aussi satisfait des dispositions de la ville de Troyes ; peut-être aussi crut-il les libertés municipales de cette ville, en raison de sa proximité de la Bourgogne, incompatibles avec sa sûreté. (Juoi qu'il en soit, il envoya à Troyes le prévôt de Paris, Robert d'Estouteville, qui, le dimanche 20 février 1474, fit connaître aux habitants la volonté du roi de dissoudre leur échevinage, « jusqu'à ce que par le « roi autrement en soit ordonné ». Robert remit ensuite l'administration de la cité à une commission spéciale présidée par le bailli ou son lieutenant, laquelle entra en fonction le 8 mars suivant. Mais, en prenant cette mesure de salut public, le roi n'entendait pas qu'on lui supposât sur les Troyens « imagination autre que bonne » ; aussi, dès le 26 février, avait-il pris soin de leur écrire pour les assurer « qu'il les tenait et les réputait ses bons et loyaux sujets, et « que, comme tels, il les avait, tant en général qu'en particulier, « pour recommandés, et qu'il les traiterait aussi bien ou mieulx que « sujets de son royaume ».
Plus heureuse que Troyes, la ville de Sens, malgré l'émeute de 1472, reçut du roi une précieuse charte, datée de Senlis « au mois « de juin 1474 », « par laquelle, en considération de ce que ladite « ville de Sens est le chef, à cause de sa dignité archiépiscopale, « du pays de France ^, et l'une des plus anciennes et notables cités « du royaulme, en laquelle à l'occasion des guerres et autrement,
1 Arch. lég., 2« partie, Statuts, t. 1".
2 Id., ibid., p. 800.
3 C'est-à-dire, de l'Ile de France.
« n'a esté amplement usé du droit de eommunaulté, combien qu'il « y fust d'ancienneté, et estant la dicte ville fort diminuée et apau- « vrie, et les affaires comme mal conduictz; ayant aussi égard à la « très grande et parfaite loyaulté et obéissance que ceux de la dicte « ville et du pays avoyent toujours porté et gardé à la couronne de « France, le dict roi » voulait que les habitants se réunissent tous les deux ans pour nommer « seize ou dix-huit personnages des plus notables et propices ». Sur la liste des noms qui lui en serait envoyée, il en choisirait onze a tels qu'il lui plairait », et de ce nombre se feraient un maire, quatre échevins, quatre conseillers % un procureur et un receveur des deniers communs, lesquels seraient tenus de se réunir deux fois par semaine pour délibérer sur les « négoces et affaires de la ville », sous peine d'une amende de douze deniers tournois à rabattre « sur les gages de chacun def l'aillant ». « Les dessusdicts maire, échevins et conseillers », avaient l'entretien des murs, fossés, pavés, chaussées et ponts, ainsi que la garde et sûreté de la ville, et en général le soin de toutes les « choses « concernans l'union et prouffit d'icelle » ; mais ils ne pouvaient convoquer aucune assemblée générale sans le congé du bailli ou de son lieutenant, ni la tenir « sans la présence » de ces magistrats. 11 y a tout lieu de penser que le roi avait été particulièrement porté à cet acte gracieux par le sieur Legoux, son secrétaire, jaloux de réparer l'animosité qu'il avait montrée dans l'affaire de la Tacque-main ^.
Cependant Louis, qui portait avec lui tout son conseil, et dont l'habile politique venait de réconcilier la Suisse avec la maison d'Autriche, en liguant l'une et l'autre avec l'Alsace contre le duc de Bourgogne (traité de Constance, du 25 mars 1474), ne pouvait se dissimuler les conséquences de cette alliance. Le soulèvement des Alsaciens et l'exécution d'Hagenbach jetèrent, en effet, Charles le Téméraire dans une telle fureur qu'il se hâta d'ourdir à son tour une nouvelle ligue contre la France avec Edouard d'Angleterre, le duc de Bretagne et le roi d'Aragon : il ne s'agissait de rien de moins
* Charles VllI devait les supprimer par économie, en 1483. [Cartulaire senonais de Ballliasar Taveau, p. 20).
- Il est un de ceux qui ont signé la charle (V. le Cartulaire senonais de Ballhasar Taveau, p. 17, 18, 19, 20).