‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 153 sur 164 · LA LORRAINE RECHERCHE L'ALLIANCE DE LOUIS · texte numérisé non relu

LA LORRAINE RECHERCHE L'ALLIANCE DE LOUIS

que d'asseoir Edouard sur le trône de France, d'allVanchir de toute vassalité la Bourgogne et de l'augmenter de la (^lianipagnn ; les Aragonais devaient attaquer le Houssillon, les Bretons la Normandie.

En attendant que ses alliés soient prêts, Charles, qui ne pouvait rester en repos, court dans les Etats de Cologne, pour y rétablir l'évêque dépossédé, et trouve dans la ville de Neuss, qu'il assiège du 30 juillet 1474 au 27 juin 1475, une autre Beauvais où se fond son armée.

Louis, averti de ses intrigues et de sa nouvelle extravagance, ne néglige rien, de son côté, pour en tirer parti. Charles, à la mort du duc Nicolas de Lorraine (13 août 1473), qui faisait passer le duché au fils d'Yolande d'Anjou, René de Vaudémont, jeune homme de vingt-deux ans, avait cru trouver dans cet événement une occasion favorable d'usurper la Lorraine. Il n'avait donc pas craint de faire enlever par surprise le nouveau duc et de se le faire amener à Trêves, où il s'abouchait alors avec l'empereur pour obtenir l'érection de ses Etats en royaume. Louis, à cette nouvelle, avait fait arrêter, comme otage de René, un neveu de l'empereur qui étudiait aux écoles de Paris, et Charles, pour gagner les bonnes grâces de Frédéric, s'était empressé de rendre à René la liberté ; mais celui-ci ne l'avait pas recouvrée sans être amené à signer un traité qui livrait au Bourguignon quatre forteresses et le libre passage pour ses troupes à travers le duché (13 octobre). Redoutant la suite de cet abandon, Louis XI mit la main sur le Barrois, afin de couvrir les frontières de la Champagne \

De son côté, justement alarmée des vues ambitieuses de Charles et du mécontentement de Louis, Yolande ne manqua pas de solliciter l'alliance du roi de France pour assurer l'héritage de son fils contre toute entreprise du duc. En réponse à ses avances, Louis profite des embarras du siège de Neuss pour donner (4 septembre 1474) à Jean de Paris, écuyer, seigneur de Tilloys, commission d'aller avec M. de Craon, premier chambellan, M. de Lenoncourl, lieutenantgénéral de Champagne, et iM. de Baudricourt, premier chambellan et bailli de Vitry, trouver « nostre très chère et très amée cousine « la duchesse de Lorrayne, et nostre très cher et très amé le duc de

* Chevrier, Hist. de Lorraine, t. 111, p. 1G8.

« Lorrayne, son fils, désirant avoir amour et alliance pour leur « pays et duché de Lorrayne et leurs sujects d'iceluy avec nous, et « nous ayder et secourir ainsi que bons, vrays et loyaux sujets et « parents ' ».

En même temps, Louis était entré en Picardie et avait poussé jusqu'à Arras, tandis que le sire de Graon se dirigeait sur le Luxembourg, et que le duc de Bourbon envahissait les marches de Bourgogne, où l'armée royale s'emparait en juin du château de Thorey dans les montagnes du Tonnerrois, et allait poursuivre ses succès avec le concours des habitants de Troyes.

L'administration de cette ville, sans doute sur les ordres du roi, qui prescrivit même mesure à celle de Ghâlons(10 octobre) -, venait de procéder au recensement des armes qui étaient en la possession de chaque habitant, et elle s'était assurée que chacun était armé pour la défense de sa maison^.

Troyes a d'ailleurs son arsenal bien pourvu de canons, voguelaires, serpentines, arbalètes, etc. Aussi, après avoir emporté le château de Chacenay, le S février 1475, M. de Dinteville lui deman-

•' Un diplomate champenois, dans la Revue de Champagne, 1884, p. 232.

2 11 fut fait également dans cette ville recherche des grains y existants et recensement des habitants. Du rapport des commissaires chargés de cette opération (20 mars 1475) il résulte qu'il y avait alors « en froment et seigle Wl" YLIV"^ muids, 1 setier, et de personnes VU"» Vlll'= XIV personnes sans les mendiants, et cent lances des gens de guerre d'ordonnance du roy » {Reg. des Concl.).

3 Elle avait trouvé :

287 arbalètes ou crannequines (grosses arbalètes), 547 coulevrines en fer ou en cuivre, à main ou à crochets, dont le poids variait de 8 à 30 et même 60 livres ; 4 canons de fer à chambre, 2 serpentines, 468 vouges, 727 haches d'armes et becs à faucon, 1047 épieux, 172 javelines, juzarmes, pertuisanes, piques et demi-piques, 657 maillets de plomb, de cuivre ou de fer, 37 arcs avec leurs trousses. En tout 3,948 pièces, sans comprendre plusieurs centaines d'épées à une et à deux mains, de mains de plomb ou de cuivre faisant maillet et dans lesquelles est fixée une broche enfer (Boutiot, t. 111, p. 107).

D'hacquebutes ou arquebuses, il n'est pas question, bien que, 12 ans après (1483), la ville ait une compagnie volontaire d'arquebusiers. Tout le monde est donc armé, sans excepter le clergé, voire même l'évêque, Louis Raguier, qui « possède à son usage une brigandine couverte de velours

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