‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 157 sur 164 · PAGE · texte numérisé non relu

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Règlement définitif de l'échange de la châtellenie de Vaucouleurs. Ses douze villages.

Ensuit la teneur des lettres patentes du Roy Philippe adressantes à la Chambre [des Comptes].

Philippe, par la grâce de Dieu Roy de France à nos amez et féaulx les gens de nos comptes, à Paris, salut et dilection. Comme par certain traicté et accord un eschange ayt été faict piéça entre nous, d'une part, et nostre amé et féal Jean de Joinville d'autre, des censés, rentes, revenus et appartenances de Vaucouleurs, de Mery, de Laschy, des Villois, de Vertus et des Vignes de Bar-sur-Seine, et sur celés prisées faictes et les possessions d'icelles terres, rentes, revenus et appartenances baillées d'une part et d'autres ; et après ce ayt esté trouvé que plusieurs choses auraient estez, les aucunes trop prisées et les autres moins que estre ne dehuoient et aucune oubliées à priser et autres trop, et peu mises tant en charge comme autrement, parquoy les lettres de Chartres sur ce faictes sont dcfectives, lesquelles choses ainsy oubliées et laissées à priser comme dict est vous ont estez envoyées avec les prisées dessus dictes par les commissaires sur ce par nous donnez comme l'on dict, Nous qui voulons led. eschange estre parfaict et mis à fin deube aux auys et le plus clairement qu'il pourra estre faict et que chacun ayt ce qu'il debura avoir permi Icd. eschange et traicté, à la supplication de nostre dict Chevaillier, vous mandons que vous faictes compte avec luy au plus justement et loyaument qu'il pourra ostre faict tant des deniers qu'à cause du traicté et accord faict pour raison d'icelui eschange, il a eu comme d'autres choses touchant Icd. eschange ; lesdites prisées et corrections veues diligemment, prcnncz, rompez et cassez les Chartres qui faictes ont été sur led. eschange tant d'une part que d'autres. . . Et faictes, ordonnez et donnez nouvelles parmi lesd. prisées, corrections et comptes selon qu'il sera à faire de raison, lesquelles nous voulons et mandons estre signées et passées par nous. Ce faictes tost et en telle manière que nostre dict Chevaillier n'ayt cause de plus retourner pour ce par devers nous. Donné à Mcaux, le dixième jour de juin l'an de grâce mil trois cent quarante et un.

Les villages dont se composait la châtellenie étaient : Gomberual (Gombervaux, aujourd'hui ferme, écart de Vaucouleurs, ; Neufuille-lès-Vaucouleurs ;

Buré-lez-Neufuille (Burey-en-Vaux) ; Badonuillers (Badonvilliers) ; Rigny-Sainct-Martin (Rigny-Saint-Martin) ; Rigny-la-Salle ;

Sauuoy (Sauvoy, canton de Void) ; Thuysey (Thusey, aujourd'hui fonderie); Montigny-le-Bas ou Monligny-Ies-Vaucouleurs ; Sainct-Germain prez Vaucouleurs (Saint-Germain) ; Ghasleynes la Grande et la Petite (Ghalaines) ; Buré-la-Coste (Burey-la-Côte).

(pages 414 ET 511).

De la population de Châlons sons l'ancien régime et particulièrement au XV® siècle.

On s'est quelquefois demandé si la population de Châlons n'a pas été plus considérable qu'elle ne l'est présentement; on a même été jusqu'à prétendre que celte ville avait un jour compté plus de 100,000 habitants.

On lit, en effet, dans des lettres-patentes du roi Charles VI, datées du 23 juillet 1421, que « les habitants de Chaalons ont esté et sont moult « dommaigiez, vexez, traveillez et appouris, tant pour les tailles, aydes « et subventions qu'ilz nous ont paiez etfais et qu'il leur a convenu faire, « avoir et supporter en plusieurs manières pour nous et pour le fait de « nos guerres, comme pour la garde, tuition et deiïense de ladicte ville, « et sont encore plus travaillez et apouris que oncques mais, car icelle « ville, qui est assise en frontière sur les pais d'Allemagne, de Barrois et « d'austres estranges païs, est tellement diminuée de peuple que de présent « n'y a pas plus de 1,200 feus taillables ou environ, et en temps passé, « en soûlait bien avoir XX Y™, est environnée de toutes parts de nos ence nemis rebelles et adversaires, qui font et portent guerre la plus cruelle... « qu'ilz peuvent à ladicte ville,... tellement qu'il n'est homme qui à peine « ose se partir d'icelle ville, ne qui y puisse profiter ne gaigner comme « on soûlait, ne aussi qui y puist aller, mener vivre et besoigner pour la « paour de nos ditz ennemiz, lesquels mettent à mort ceulx de ladicte « ville, quand ils les prennent. . . ou les rançonnent si excessivement « qu'ils en sont détruiz ...»

Mais pour ne pas pousser plus loin la citation, et nous en tenir aux chiffres que présentent les lettres de Charles VI, il est incontestable que

celles-ci, en disant que Châlons n'a plus que 1,200 feux taillables, alors qu'elle en avait d'ordinaire 23,000, entendent bien, en ce second membre de phrase, parler de feux et non d'habitanis : c'était du reste par feux cl non par habitants que s'estimait alors la iiupulalion. Or 2j,000 feux taillables ne feraient pas moins de 100,000 habitants taillables, aux(iue!s il conviendrait d'ajouter 4,000 habitants environ représentant le clergé séculier et régulier, les exempts et les pauvres. Mais qui ne voit tout de suite combien un tel chiffre est inconcilial)le ïjon-seulement avec Xètat actuel de la ville, mais surtout encore avec l'état des constructions au moyen âge et particulièrement des habitations châlonnaises ? Chaque famille avait son toit et son feu, toit bien humble, feu bien modeste pour le plus grand nombre des familles : un simple rez-de-chaussée, surmonté d'un grenier et agrandi d'un jardinet qui de ses produits garnissait la table. Les riches particuliers seuls joignaient au rez-de-chaussée un premier étage et des dépendances plus ou moms spacieuses. C'était une situation analogue à celle qui se voyait encore au milieu de notre siècle. Dans de telles conditions, quel espace n'eussent point couvert les habitations de plus de cent mille âmes, et comment concilier cette situation avec la superficie considérable qu'occupaient seuls les monuments publics ?

Ajoutez à ces considérations l'invraisemblance palpable que la ville soit tout à coup tombée de 104,000 habitants à 4,800, grossis, si l'on veut, de 3 à 400 prêtres ou religieux, et de 4,000 exempts et pauvres, soit à environ 9,000 habitants.

Aussi le dernier historien de Châlons a-t-il traduit 2o,000 feux par 25,000 habitants. Mais ici encore le chiffre de 25,000 serait singulièrement exagéré : qu'on en juge par l'état présent de la ville avec son chiffre de 20,300 habitants, où se trouve comprise une garnison nombreuse. Non seulement, pour recevoir l'excédent de population que les événements de 1870 ont donné à Châlons, il a fallu construire hors de la ville de vastes casernes, mais on a dû multiplier encore les habitations, ou les élever de plusieurs étages ; et certes, depuis la grande révolution l'espace n'était plus rétréci par les monuments religieux comme au xv^ siècle, où l'on ne comptait pas moins de treize églises et des couvents d'hommes qui occupaient de larges surfaces de terrain .

Le nombre même des églises est, il est vrai, pour M, E. de Barthélémy une preuve suffisante du développement de la population châlonnaisc au moyen âge. Mais il faut bien dire qu'en ces temps-là les édifices religieux se multipliaient hors de toute proportion avec les besoins spirituels. Ainsi, le croirait-on ? la paroisse Sainte-Catherine ne comptait pas, au commencement du xvi« siècle, plus de sept ménages '. Les paroisses Saint-Nicolas.

1 Note due à l'obligeance de M. Louis Grignon.

o80 APPENDICE.

Saint-Nicaise étaient elles-mêmes fort maigrement dotées, et nous verrons en son lieu l'église Saint-Germain disparaître au dernier siècle sous la pioche du maçon, pour favoriser la construction de la place de l'Hôtel-de- Ville, sans que la piété des fidèles s'en émeuve, parce qu'elle n'avait point à en souffrir.

11 faut donc admettre de totite nécessité que les lettres de Charles VI présentent une erreur de copiste, s'il s'agit bien de feux, ou une erreur de rédaction, si elles ont entendu parler d'habitants, et que, dans ce dernier cas même, le chiffre de la population a été singulièrement enflé par le conseil de ville pour le besoin de la cause qu'il plaidait ■ auprès du roi. On peut, en effet, affirmer sans crainte que, sous l'ancien régime, ce chiffre ne s'est jamais élevé beaucoup au-dessus de dix à douze mille.

C'est ainsi qu'après une assez longue période de calme et de prospérité le conseil de ville, ayant prescrit un recensement le 16 mai 1517, ne trouva que 9,228 habitants. C'est ainsi que le dénombrement de 1763 ne donna, dit le président Morel, « que 4,730 habitants de l'un et l'autre sexe, 3,690 « enfants de tout âge, 800 domestiques, 420 à l'hôpital général, 330 prêtres, « religieux, religieuses et pensionnaires : en total, 10,000 », ou plutôt 9,190, si l'on veut scrupuleusement additionner les nombres partiels. Car le président ne se pique pas plus ici d'une parfaite exactitude qu'il n'y a lieu de le croire correct, quand il ajoute : « Il y en avait de mon jeune « temps 14,000, et beaucoup plus anciennement. Cela va bien en diminuant, « et cela est de même, dit-on, dans les campagnes. » M. Morel suivait en cela une tradition sans fondement, et cédait à la tentation de croire que tout était mieux au temps liasse

Reconnaissons d'ailleurs que les recensements ne se faisaient point autrefois avec la même régularité ni la même rigueur que de nos jours, et qu'estimant la population par feux, sauf à multiplier le nombre des feux par quatre ou par cinq pour avoir celui des habitants, on était exposé à voir le chiffre de ceux-ci varier d'une façon sensible selon le facteur employé. C'est ce qui explique sans doute comment, en quatorze ans, de 1763 à 1779, la population a pu, sans cause appréciable, s'élever de 9,190 à 12,000 habitants. En effet, si, entre les nombres 9,228 (1317) et 9,190 (1763), nous prenons le nombre moyen de 9,200, et que nous le divisions par quatre pour avoir le nombre des feux, nous obtenons 2,300 feux. Mais, si, au lieu de prendre pour multiplicateur, dans l'opération inverse, le chiffre 4, qui était le plus souvent adopté, nous employons le chiffre 5, dont on s'est aussi plus d'une fois servi, nous arrivons à un nombre d'habitants, 11,500, qui se rapproche beaucoup du chiffre 12,000 donné en 1779.

Ou pourrait arguer encore contre Cluvlons de l'état des villes de Troycs

APPENDICE. :m

et (lo Reims, qui lui étaient Ijien supérieures eu prospérKé, cl ([ul allnignirent à peine, celle-ci une moyenne de 27 à 28,000 âmes, colle-là de 18 à 20,000. Mais nous cr(»yons avoir suffisamment démontré l'erreur de ceux qui croient qu'en des temps reculés Cliàlons a été plus peuplé qu'aujourd'hui.

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