SOUS LES PREMIERS CARLOVINGIENS
A peine rétabli, Hincmar vit se rallumer le guerre civile. Les peuples gémissaient sous le poids de leurs maux, et les seigneurs exploitaient habilement le mécontentement public pour asseoir leur indépendance. Profitant de ce qu'une invasion des Normands le retenait à l'extrémité de ses états, les leudes de Charles étaient allés trouver Louis de Germanie et lui avaient offert la couronne de son frère. Séduit par leur offre, Louis était venu à Sens , où l'attendaient les conjurés. A la tête de ceux-ci était l'archevêque Vénilon, principal commissaire de l'un des douze missatiques ou départements dont se composait le royaume de Charles. Comme il embrassait dans sa triple juridiction civile, judiciaire et financière, outre le pays des Tricasses et des Senons, les villes d'Arcis-sur- Aube, de Méry-sur-Seine et de Provins, ainsi que la contrée de Brienne, il avait gagné de nombreux partisans à l'usurpateur. Réunissant alors à Attigny (858) quelques évêques, il déclare avec eux Charles déchu du trône ; mais en vain Louis pense-t-il rallier les autres prélats à sa cause, en les convoquant à Reims le 12 novembre. Assemblés à Quierzy par les soins d'Hincraar, qui avait quitté sa métropole, ils adressent au roi une lettre dont le langage ferme et parfois hardi n'était que trop justifié par l'excès des souffrances qu'endurait le peuple. Leur attitude rend à Charles le courage ; il reprend l'offensive, et il lui suffit de marcher contre Louis pour déterminer celui-ci à la retraite. Venilon pouvait s'attendre à un châtiment sévère pour avoir trahi son souverain légitime ; car, disait Charles aux évêques de Lorraine, de Provence et de Neustrie, réunis à Savonnière près de Toul (859), « il m'avait « lui-même sacré roi ; oint de l'huile sainte, je ne pouvais être « déposé par personne, au moins sans le conseil et le jugement des « évêques, pour qui j'ai toujours eu une filiale déférence » ; mais les instances réitérées d'Hincmar parvinrent à fléchir le roi, en même temps que ses négociations réconciliaient les deux frères.
Moins sage et moins équitable devait être l'intervention du prélat en faveur de Charles le Chauve, quand, à la mort de Lothaire, ce prince envahit les états de son neveu au détriment de l'empereur
Ehboiiïs, et iii Calmisiaco ad Rubridum, et in Remis de Milfiaco atque Cohneriaco ». Ce mont Ebbou ici mentionné est probablement iV/onieôon, sur le territoire de Mardeuil.
Louis II (869). Hincmar mil un tel empressement à procéder au couronnement de Charles (9 septembre) ', que la spoliation était en quelque sorte consacrée, quand arrivèrent les légats du pape Adrien, jaloux de sauvegarder les droits d'un souverain qui était alors occupé de protéger la chrétienté contre les Sarrasins d'Italie. Toutefois le langage menaçant du Saint-Siège détermina Charles à rendre, l'année suivante (870), à l'empereur une partie des états qu'il lui avait enlevés.
Ce prince ambitieux dut, cette année-là même, sévir contre l'ambition d'un de ses enfants ; car son fils Carloman, qu'il avait fait tonsurer dès son bas-âge, ayant ameuté contre son autorité une bande de factieux et de pillards, qui commirent d'horribles dévastations en Belgique, il le fit juger comme clerc par un concile qu'il réunit à Attigny en 870. Cette assemblée, connue sous le nom de Concile des dix provinces, se composait de six archevêques et de 22 évêques, au nombre desquels étaient Hincmar de Reims, Willebert de Chàlons, Isaac de Langres, Otulfe de Troyes et Hildegaire de Meaux. Elle convainquit Carloman d'avoir conspiré contre le roi, qui le mit en prison, après l'avoir dépouillé des abbayes qu'il possédait.
Mais Carloman avait trouvé un coupable appui dans le neveu d'Hincmar, évêque de Laon. Si celui-ci échappa tout d'abord à une condamnation, en protestant par un acte public de sa fidélité au roi et de son obéissance à son métropolitain *, de nouvelles fautes le firent traduire devant un nouveau concile, où se trouvèrent sept métropolitains, onze évêques et plusieurs archidiacres. Charles, qui les avait convoqués à Douzy pour le 5 août 871, se porta lui-même devant eux en accusateur d'Hincmar ; les plaintes qu'il leur adressa touchant sa conduite, les reproches que fit l'archevêque de Reims au prélat indocile et violent, entraînèrent le jugement de l'évêque. Vainement l'accusé déclara-t-ii qu'il en avait appelé au pape : il fut condamné à la déposition, sauf en tout le jugement du Saint-Siège, Salvo per omnia apostolicœ Sedis judicio, eX envoyé en exil, où, deux ans plus tard, on lui creva les yeux ^.
1 II eut lieu à Metz.
2 Aimoin, 1. V, c. 24.
3 Un concile tenu à Troyes, en 878, sous la présidence du pape Jean VIII, le rétablit d ans ses honneurs, l'autorisa à célébrer la messe, et lui rendit une partie du revenu de l'évêché pour son entretien.