SOUS LES PREMIERS CARLO VINGIENS
Jean VIII, « s'ils ne les restituent point dans le premier jour de « novembre ; s'ils demeurent opiniâtres, qu'ils soient anathématisés, « et s'ils meurent dans leur péché, qu'ils soient privés de la sépulture ce chrétienne, et leurs cadavres abandonnés le long des chemins et « sur les places publiques, pour être la pâture des animaux. »
En regagnant l'Italie, le pape emportait la promesse d'être protégé contre ses ennemis par une armée ; mais la mort ne laissa pas au nouvel empereur le loisir de tenir ses engagements (879).
Les deux fils qu'il laissait, Louis et Carloman \ furent sacrés au monastère de Ferrières-en-Gâtinois, par Anségise, archevêque de Sens, eu égard à l'âge et aux infirmités d'Hincmar, ainsi qu'aux difficultés des chemins, interceptés par des vassaux en révolte, ou infestés par les Normands ; mais l'archevêque de Reims approuva leur élection et leur adressa sur l'exercice du pouvoir royal de sages instructions, qu'il devait compléter au concile de Sainte-Macre à Fismes (avril 881), d'un côté, en défendant la liberté des élections épiscopales ; de l'autre, en appelant, particulièrement dans le 8« canon, la pitié de Louis ÏII sur « ce pauvre peuple qu'on a épuisé « à force de le rançonner », et son attention sur « l'avilissement « où est tombée la dignité royale par suite des humiliants tributs « opposés pour toute défense aux invasions des Normands » -, Louis devait se montrer un disciple peu docile, et s'attirer par son mépris des lois ecclésiastiques la menace de châtiments qui ne tardèrent pas à se réaliser. Car, harcelé par les barbares du nord, et contrarié par ses vassaux, il tomba malade et mourut presqu'aussitôt (août 882), laissant sa succession à son frère Carloman, qui ne devait pas lui survivre plus de deux ans.
Hincmar lui-même n'avait pas tardé à suivre Louis dans la tomI)o. Obligé par les incursions des Normands, qui promenaient en Champagne le pillage, l'incendie et le massacre, de quitter sa métropole dépourvue de murailles et de forteresse ^, il s'était fait transporter
^ Il y en avait bien un troisième appelé Charles, mais ce n'était qu'un enfant ; aussi fut-il négligé dans le partage des états paternels. Louis eut ce qui restait de FAustrasie et la Neustrie avec ses marches jusqu'au pays des Bretons.
2 Actes de la prov . eccl. de Reims, t. ï", p. 492.
3 Les anciennes murailles romaines avaient été détruites sous Charle-
à Epernay avec le corps de saint Rémi et les objets les plus précieux de son église. Ce fut là et en présence des reliques du saint apôtre qu'il rendit son âme à Dieu, le 7 décembre 882, après trente-sept ans, sept mois et quatre jours de pontificat. La part signalée qu'il avait prise aux luttes politiques, civiles et religieuses de son temps lui a mérité la gloire d'être considéré comme une des grandes figures du ix« siècle. Si parfois, dans ses rapports avec la papauté, il montra plus de fermeté que ne l'eût voulu le respect qu'il professait pour elle ; si, dans ses démêlés avec ses suffragants, il lui arriva de pousser l'autorité jusqu'à l'excès de la rigueur, il racheta ses erreurs par le dévouement sans borne qu'il mit au service de l'Eglise, de la royauté et du peuple. L'énergie même avec laquelle il combattit en faveur de la morale outragée dans la question du divorce de Lothaire II et de Teutberge, le courage indomptable avec lequel il défendit contre Louis III la liberté des élections épiscopales, n'étaient-ils pas des titres sérieux à la reconnaissance publique, comme ils lui donnent des droits à notre admiration ? Aussi peut-on dire avec raison qu'Hincmar a été la plus ferme colonne de la société dans l'ébranlement profond qu'elle reçut de l'ambition des grands et de l'avidité des Normands.
Les Normands ! A ce cri tout fuyait et courait se mettre à l'abri derrière les murs des châteaux-forts. Ils avaient fait leur première apparition sous la conduite d'un aventurier, nommé Hastings, originaire de la Champagne selon l'opinion la plus accréditée, et, dès 872, les religieux de Tours, pour échapper à leurs violences, avaient dû se transporter, avec la châsse de saint Martin, dans la celle de Chablis, qu'ils avaient obtenue de Charles le Chauve le 27 décembre 867. Ils demeurèrent là jusqu'en 885, où la Touraine goûta un peu de repos. Les Normands, dont Charles, à la veille de sa dernière expédition d'Italie (877), avait acheté la retraite, et qui n'en étaient devenus que plus audacieux, inquiétaient alors la Champagne^
Cernés de toutes parts, écrivait le successeur d'Hincmar, l'archevêque Foulques, au pape Etienne V (885) ^, nous n'avons que nos prières à opposer à ces barbares, qui, depuis huit ans, infestent nos régions, tandis qu'à la faveur de leurs incursions les vassaux
1 Actes de la prov. eccl. de Rehiis, t. I", p. 520.