‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 20 sur 164 · SOUS LES PREMIERS CARLO VLNGIENS · texte numérisé non relu

SOUS LES PREMIERS CARLO VLNGIENS

héréditaires de la couronne, fiers de leur émancipation récente, s'agrandissent au détriment des églises et des monastères. Le prélat toutefois ne s'abandonna pas, et fit, en 887, entourer la ville de Reims de murailles qui la mirent à l'abri des insultes des Normands, et lui permirent de recevoir, outre un grand nombre d'émigrés, les moines de Saint-Denis avec les reliques de leur patron.

Il était temps, car, dès le mois de novembre 886, les pirates étaient maîtres de la Seine jusqu'à Montercau, et commençaient à se répandre jusqu'aux environs de Sens, dont l'archevêque Evrard ne parvint à les éloigner qu'en leur payant une rançon. Ainsi l'évèque de Meaux, Sigmond, sur qui seul reposait le soin de la défense de la ville, dut-il capituler faute de vivres et de gens do guerre. Mais les Normands n'accordèrent aux habitants que la vie et la faculté de se retirer ; ils pillèrent la ville, la brûlèrent et, contre la foi jurée, emmenèrent en captivité une partie des bourgeois, au moment où ceux-ci franchissaient la Marne pour se réfugier en d'autres lieux (888). L'année suivante (889), les pirates envahissaient de nouveau la Champagne, portaient leurs ravages sur le territoire de Samt- Gibrien, près de Châlons-sur-Marne, et allaient saccager la ville de Troyes. Ce fut pour cette dernière ville l'occasion de se fortifier après leur départ pour la Bourgogne, et son exemple fut en cela suivi par plus d'une autre localité ; car les Normands ne s'attaquaient point aux lieux fortifiés.

Bientôt les évoques eux-mêmes allaient se mettre en campagne pour protéger leur troupeau contre les barbares : c'est ainsi qu'en 912 les évêques de Troyes et de Langres se liguèrent avec les comtes de Sens et de Vergy pour les repousser du Bassigny. Le comte de Sens fut tué dans une rencontre près de Chaumont; l'évèque de Troyes, Anségise, y fut blessé. Les envahisseurs ne quittèrent la Champagne qu'après la conversion de Rollon (912).

La religion seule devait les fixer au sol, encore bien que plus d'une fois, comme au temps de Charlemagne les Saxons, le clergé ait eu la douleur de les voir abjurer les serments du baptême et retourner au paganisme : ce fut pour Hérivée, archevêque de Reims (900-922), qui avait à cet égard éprouvé leur inconstance ou leur perfidie, l'occasion de mettre en garde son collègue de Rouen contre le scandale de leurs rechutes.

§ IV. — Révolution féodale. — Des comtes héréditaires de Troyes

AUX COMTES de CHAMPAGNE DE LA MAISON DE VeRMANDOIS

I. Apparition dansj'histoire des premiers comtes Champenois. — Eudes, ler comte héréditaire de Troyes (877), lègue son comté à son frère Robert. — Les fils de Robert le Fort, successivement élus rois de France par la noblesse, ont à lutter contre Charles le Simple. — Démembrement féodal du royaume par les seigneurs laïques et ecclésiastiques.

II. Etat de la société au ix^ siècle et au commencement du .v.

Au milieu des événements dont nous venons de présenter le tableau, les comtes de Troyes avaient commencé d'apparaître.

Le premier que nous connaissions se nommait AUdramne ; il vivait sous Gharlemagne dans le même temps qu'un autre comte, celui de Langres, appelé Estulphe. Celui-ci, parti pour l'Espagne à la tète de trois mille Langrois, devait succomber avec l'immortel Rolland dans cette embuscade de Roncevaux, où la perfidie d'un seigneur champenois, Ga^io ou Ganelon, avait attiré l'arrièregarde de l'empereur (778). Alédramne mourut dans les premières années du règne de Charles le Chauve, vers 854.

11 eut pour successeur un personnage que, dans une charte du 25 avril de la même année, Charles le Chauve appelle notre très cher et très aimé JStcdesKCel Eudes, qui transmit le comté de Troyes à son frère Robert, était-il le fils de Robert le Fort ? La question est controversée -. Ce qui est hors de doute, c'est que, de 854 à 878, il y eut un comte bénéficiaire de Troyes nommé Eudes ; qu'il combattit les Normands en 866, et qu'en 870 il allait en ambassade auprès de Louis le Germanique pour négocier le partage du royaume de Lorraine. En 877, par ordre de Charles ïe Chauve, il mettait son propre frère Robert en possession de Chaource ^.

1 Histoire des ducs et des comtes de Champagne par M. d'Arbois de Jiibainville, t. I", p. 62.

2 M. Anatole de Barlhôlomy est pour la négative, et les raisons (pi'il donne à l'appui de son sentiment scni))Ienf péremptoircs. (V. Revue des Questions histoi'iques, 1^"' janvier 1873, p. 124 et 125.

3 Hist. des ducs et des comtes de Champagne, t. P"", p. 66.

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