CHAPITRE PREMIER
LES COMTES HÉRÉDITAIRES DE LA MAISON DE VERMANDOIS ET LES DERNIERS ROIS CARLOVLNGIENS.
§ P''. — Herbert, IP du nom comme comte de Vermandois,
P"" DU nom comme comte de Champagne.
Herbert concourt à faire nommer Raoul roi <Ie France. — Son plan, ses possessions. — U fait prisonnier le roi Charles le Simple; —asseoit son fils Hugues sur le siège de Reims ; — lutte contre Raoul, qui d ^possède l'archevêque Hugues. — A la mort de Raoul, Herbert fait élire Louis d'Outremer, puis se ligue contre lui avec le duc Hugues. — Collation du comté de Reims aux archevêques. — Rétablissement de Hugues sur le siège.— Intervention du pape et d'Olton pour faire rentrer les rebelles dans le devoir. — Mort du comte Herbert.
Robert, en mourant, avait transmis le comté de Troyes à Herbert II, comte de Vermandois, son gendre, avec qui s'ouvre la maison de Vermandois-Champagne.
Herbert ou Héribert, fils et successeur d'Herbert, premier du nom, comte de Vermandois, descendait directement de Gharlemagne parle fils aîné de cet empereur, Pépin, qui fut couronné roi d'Italie. Pépin avait eu pour fils Bernard, également roi d'Italie, qui fut père d'un autre Pépin, investi par Louis-le-Débonnaire du comté de Vermandois, et de ce Pépin naquit le père de notre comte Herbert.
Herbert avait épousé Hildebrante , fille de Robert , duc de France et comte de Paris, pour qui nous avons vu qu'il combattit à Soissons, et dont il aida le fils, Hugues le Grand ou le Blanc, à
soutenir le courage des soldats ébranlé par la mort de leur chef. Après avoir contraint Charles III à se retirer en Lorraine, les deux beaux-l'rèrcs pouvaient prétendre à la couronne ; mais Hugues était trop puissant et trop habile, Herbert trop avide et trop rusé pour ne pas effrayer la noblesse. Ils s'entendirent pour élever sur le trône Raoul, fils aine de Richard le Justicier, premier duc de Bourgogne, et, après l'avoir proclamé roi à Soissons, ils le firent sacrer en cette ville (13 juillet 923) par Gautier, archevêque de Sens^.
Herbert avait d'ailleurs son ambition : il n'aspirait à rien de moins qu'à se constituer un grand fief comme ceux de Flandre, de Normandie, de Bourgogne ou de France. « Il en possédait pour « ainsi dire les rudiments. Son père lui avait laissé, d'un côté, le « Vermandois, c'est-à-dire Saint-Quentin et les alentours : Doul- « lens, Roye, Ham, et xles droits sur Péronne ; plus, à ce qu'il « paraît, Amiens et Arras; et, d'un autre côté, des possessions dans « le Soissonnais, l'abbaye de Saint-Médard de Soissons et Ghàteau- « Thierry. Ensuite Herbert avait eu du chef de sa femme une part « dans la succession de Robert de France, le comté de Troyes, et « peut-être ceux de Meaux, de Melun et de Provins, que nous « voyons, depuis, entre les mains de ses héritiers, sans qu'aucun « texte nous apprenne comment ils les avaient acquis » -.
Il s'agissait de combler par des acquisitions nouvelles les lacunes qui existaient entre ces différents fiefs, afin de former un tout aussi solide que considérable. Tel fut le but qu'Herbert se proposa et qu'il atteignit en grande partie, mais par les moyens les plus odieux.
Il séduisit d'abord Charles le Simple par une feinte pitié pour son malheur, et après l'avoir, par les serments les moins équivoques de fidélité et de dévouement, attiré dans un lieu écarté, il le fit saisir par ses gardes et traîner pendant la nuit à Château-Thierry,
* Richard affectionnait particulièrement cette dernière ville ; il y fut enterré dans la basilique abbatiale de Sainte-Colombe. — La femme de Raoul, fdie du roi Robert, fut sacrée à Reims par l'archevêque Séulf. (Flod. Chron.)
2 Histoire des ducs et des comtes de Champagne par d'Arbois de Jubainville, t. I, p. 89.