‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 27 sur 164 · HERBERT P · texte numérisé non relu

HERBERT P

où l'infortuné monarque resta quatre ans prisonnier (923-927). La possession de Charles devait être entre ses mains une arme redoutable et pour le roi Raoul une perpétuelle menace.

Celui-ci ne tarda pas à l'éprouver. Fier du succès de son entreprise, Herbert n'avait pas craint d'en demander le prix à Raoul, et d'exiger pour son fils Eudes le comté de Laon. Sur le refus qu'il essuya et profitant de la mort de l'archevêque de Reims, Sèulf (925), qui arriva si à propos qu'on le soupçonna de l'avoir hâtée par le poison, il accourut à Reims en compagnie des évoques de Soissons et de Chàlons ', et tourna si bien en sa faveur l'esprit du clergé et du peuple, qu'il fit élever sur le siège archiépiscopal son plus jeune fils Hugues, qui n'avait que cinq ans. Un certain Odalric, que les incursions des Sarrasins avaient contraint de quitter le siège d'Acqs, devait être chargé de toutes les fonctions spirituelles jusqu'au sacre du jeune prélat ; mais Herbert se réservait l'administration temporelle du siège. A ce titre, il dépouilla de leurs bénéfices les ecclésiastiques dont le dévouement lui était suspect, entre autres l'historien Flodoard, curé de Gormicy, et il convoqua à Trosly(927) un concile, contre la volonté formelle du roi Raoql.

Bientôt il tentait de surprendre le château de Laon. Prévenu par Raoul, il tire Charles de sa prison, et, comme s'il voulait le rétablir sur le trône, le conduit à Reims, oîi le peuple l'accueille par de vives acclamations.

A cette nouvelle, la reine Emma, qui était à Laon, s'empresse d'offrir cette ville au comte, et Herbert, satisfait, après avoir obtenu de Raoul pour sa victime la restitution dérisoire d'Attigny et de Ponthion, enferme Charles dans la citadelle de Péronne, où l'infortuné prince ne tarde pas à mourir d'une maladie de langueur (7 octobre 929).

N'ayant plus à craindre ce fantôme de roi, Raoul songea à châtier le comte de ses perpétuelles révoltes. Herbert avait enlevé Yitry à Boson, son frère ; associé à Hugues, son beau-frère , Raoul bat Herbert en plusieurs rencontres et le force d'entrer en composition avec Boson, à qui il remet Yitry (930). Le comte, il est vrai, quelques jours après, reprendra la place par la trahison du gouverneur;

^ L'évêque de Châlons, qui se nommait Bovon, était frère de Frédéronne, première femme de Charles le Simple .

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mais Boson saura la recouvrer presque aussitôt par les armes. Raoul entre ensuite dans Reims après un siège de trois semaines, en chasse l'archevêque Hugues et fait nommer à sa place un moine de Saint-Remy nommé Artauld (931).

Puis l'évèque de Ghâlons, partisan d'Herbert, lui ayant été remis traîtreusement, il le retint prisonnier, et, au mépris des décrets canoniques, le remplaça par un clerc nommé Milon (931) ^

Bientôt il reprend Laon, vaillamment défendu par la comtesse de Vermandois (931), et réduit Herbert à toute extrémité.

Mais le comte ne s'abandonna point en cette situation. Il avait de nombreux amis et comptait sur la trahison, dont on faisait alors une sorte de jeu, non moins que sur le secours du roi de Germanie, Henri, à qui il n'avait pas craint d'aller faire hommage de ses terres, pour l'intéresser à sa cause. Grâce à la médiation de ce prince et à une intervention armée de Gislebert, duc de Lorraine, grâce aussi à diverses invasions des Normands, il put conserver les places de Ham et de Péronne, dont la possession lui était vivement contestée, et recouvrer quelques-uns des biens qui lui avaient été enlevés. Dans cette lutte, Château-Thierry fut successivement pris, perdu (933) et repris (934) par le roi, non sans grand dommage pour la ville.

Comme, à la faveur de ces dissentiments, les biens ecclésiastiques étaient en quelque sorte mis au pillage, l'archevêque Artauld tint avec six autres évêques un concile à Fismes dans l'église de Sairde- Macre : on y cita les envahisseurs et les usurpateurs de ces biens, et on les somma de donner satisfaction à l'Eglise (935).

Les choses en étaient là, quand Raoul mourut rongé de vermine (15 janvier 936). Hugues eût volontiers mis la main sur la couronne ; mais la résistance d'un certain nombre de seigneurs le décida à faire venir d'Angleterre Louis cC Outre-Mer, fils de Charles le Simple, que sa mère Ogine y avait transporté à l'époque de la première captivité de son époux, et à le faire reconnaître roi par la noblesse du royaume (19 juin). Il le conduisit à cet effet dans la ville de Laon, et là, en présence d'un grand nombre de seigneurs et de vingt évêques, Louis fut couronné par l'archevêque de Reims, Artauld ^

' Il le rendit à son siège Tannée suivante (932). 2 Flod. Chron.

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