‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 28 sur 164 · HERBERT' l · texte numérisé non relu

HERBERT' l

Eudes, Robert et Raoul, que des coalitions seigneuriales avaient portés sur le trône, avaient dû, pour s'y maintenir, abandonner aux grands la souveraineté des terres qu'ils possédaient, et par des dons nouveaux accroître encore leurs domaines. Louis, tout roi légitime qu'il était, ne crut pouvoir se soustraire à cette nécessité, et comme il devait récompenser, en 940, l'attachement d'Artauld, en donnant à perpétuité aux archevêques le comté de Reims avec le droit de battre monnaie \ il reconnut le dévouement de Hugues en lui donnant, avec la direction des affaires, la moitié de la Bourgogne (le ïonnerrois et le Senonais), qu'il avait reprise avec Langres (936) sur Hugues le Noir-, frère de Raoul, qui s'en était emparé 3. Mais il ne tarda pas à trouver lourde et à secouer la tutelle du fils de Robert. Hugues, mécontent, se rapprocha du comte de Vermandois et s'allia avec lui.

* Flod. Chron. et les Archives de Reims par Varin, t. 1^'', p. 80.

Les archevêques jouirent de ce droit jusqu'en 1323, que Charles IV défendit aux évêques et aux grands seigneurs de battre monnaie ; aussi Robert de Courtenai (1299-1324) est-il le dernier dont Marlot rapporte la monnaie (Archives, ibid., p. 82, note). Quant au comté, tout porte à croire qu'en le conférant à Artauld, selon l'expression de Flodoard, Louis lui fit moins une donation territoriale que l'abandon des droits inhérents au comté, c'est-à-dire de la suprématie militaire, financière et juridique, et qui lui constituait moins un fief réel qu'un fief de dignité (ibid., p. 87).

Encore la ville de Reims elle-même ne semble-l-elle pas comprise dans l'exercice de ses droits, car les échevins continuèrent à rendre la justice sans en être troublés, comme la ville continua d'avoir ses magistrats chargés de régir les affaires communes de ses habitants, d'entretenir les fortifications et de veiller à l'exécution de la police générale. Elle ne paya jamais d'ailleurs aux archevêques, dans les limites de l'ancienne cité, ni cens ni aucun droit représentatif du cens, « lequel est la reconnaissance de la directe seigneurie». (Arch. de Reims, Statuts, 3« vol., p. 607).

Du reste « les archevêques de Reims eurent à disputer le comté aux seigneurs de Roucy, qui prétendaient y avoir des droits. En 1023, Ebale le racbefa, et la possession fut confirmée aux archevêques par Pliilippe I^'" en 1039 ». (Marlot, Eist. de Reims, t. Il, p. 7">, note 2).

- Par opposition, Hugues, fils de Robert, était surnommé le Blanc; on le désigna aussi sous le nom de Hugues le Grand ou l'Abbé.

3 L'autre moitié lui fut laissée.

86 LA CHAMPAGxXE FÉODALE 923-J33.

Le premier effet de cette ligue fut de remettre aux mains d'Herbert la place de Château-Thierry (937), que lui livra la trahison du gouverneur Walon. Celui-ci avait espéré quelque récompense de sa conduite ; mais Herbert, les yeux fixés sur lui : « Penses-tu donc, lui dit-il, que ce château doive être confié à ta vigilance ? » Et ce disant, il le fit charger de fers et jeter dans un cachot, où il mourut.

Les hostilités furent à peine suspendues par l'invasion des Hongrois, qui eut lieu cette année même, et qui fut désastreuse pour la Champagne rémoise, car « les villages et les champs furent dévastés, les maisons et les églises brûlées, une multitude de personnes emmenées captives ». Les barbares tentèrent vainement d'incendier l'église Sainte-Macre à Fismes ; mais ils profanèrent celle du monastère de Saint-Basles,dont ils firent sans doute prisonniers plus d'un religieux ; ainsi trainèrent-ils à leur suite un moine de l'abbaye d'Orbais, sur lequel s'acharna leur cruauté, et un prêtre de Bouvancourt, nommé Adalgaire, qui, emmené jusque dans le pays de Bourges, parvint à leur échapper en se cachant plusieurs jours dans un marais. De là, dès que les hongrois se furent éloignés, il regagna son pays ^ .

Ils venaient de quitter la Champagne, quand Héribert, à la faveur de l'éloignement du roi, occupé à restaurer le port de Wissant, vint attaquer un château nommé Causoste (Chaussot), que l'archevêque Arlauld avait fait construire sur la rive gauche de la Marne : il s'en empara par la trahison du commandant, et ravagea les campagnes d'alentour (938) - .

Bappelé par Artauld, Louis entra dans Laon, assiégea la citadelle que Héribert y avait récemment construite, en ruina les murailles à force de machines, et s'en rendit maître non sans de grandes difficultés (938).

L'année suivante (939), Gislebert, duc de Lorraine, ayant péri dans les eaux du Rhin au retour d'une expédition contre les Saxons, Louis épousa sa veuve Gerberge, sœur du roi Othon, et la fit sacrer reine par l'archevêque de Reims.

' Flod. Chron.

2 Ce château élaif situe entre Ay et Chouilly. Artauld devait le reprendre deux ans plus tard (940), et le raser bientôt après .

Page 1