HERBERT J
Cet te union n'était pas faite pour rassurer l'ambition d'Héribert et de Hugues.
Profitant de l'absence du roi, occupé en Bourgogne, les alliés, auxquels s'était joint Guillaume, duc de Normandie, vinrent mettre le siège devant Heims, qu'ils pressèrent vigoureusement. La ville ne tint que six jours (940). Abandonné de ses troupes, l'archevêque Artauld eut à peine le temps de se réfugier dans l'abbaye de Saint- Remi. Là il se démit de ses fonctions, et bientôt un concile réuni à Soissons l'ayant déposé, rétablit dans sa dignité (941) Hugues, qui venait d'être ordonné prêtre.
Après la soumission de Reims, Flodoard soupçonné d'intentions hostiles contre ce prélat, avait été arrêté par les ordres d'Herbert, dépossédé de sa cure de Cormicy et des bénéfices qu'il possédait dans le diocèse, puis jeté dans une prison où il demeura cinq mois entiers '. 11 en fut tiré par Hugues après sa restauration.
Poussant leurs succès, Hugues le Grand et Herbert allèrent assiéger Laon : mais la résistance des habitants donna au roi Louis, qui se trouvait alors près de Vitry, le temps d'arriver avec une armée. Celle-ci battue, le roi, qui s'était avec peine échappé du champ de bataille, suivi seulement de l'archevêque Artauld et de Royer, comte de Laon, n'eut d'autre ressource que de recourir au pape pour faire rentrer les rebelles dans le devoir, et au roi Otton, son beau-frère, pour en obtenir des conditions raisonnables. Cette double médiation produisit d'autant mieux son effet, que les alliés durent renoncer à l'espoir de prendre Laon de force ou par trahison. La paix se fit donc (942), et le roi fut heureux de la cimenter, en réunissant, un mois après, à Attigny, avec le roi Otton, les ducs de France et de Normandie, ainsi que les comtes de Flandre et de Troyes.
Quelques mois à peine s'étaient écoulés qu'un jour, selon Richer, Herbert fut frappé d'une apoplexie foudroyante. « Il « siégeait, dit-il, en grande pompe au milieu des siens, et, la « main étendue, les haranguait : tout-à-coup, ses doigts se crispent, « ses nerfs se raidissent, sa bouche se tord jusqu'à l'oreille, et il « expire subitement au milieu de l'assemblée saisie d'horreur et
1 Flod. Chron., ann. 940.
88 LA CHAMPAGNE FEODALE 923-943
« d'effroi' ». Selon d'autres historiens, il aurait rendu l'âme dans un délire que ses remords et son désespoir rendaient plus terrible, ne cessant de s'écrier : « Nous avons été douze qui avons conspiré « par serment contre le roi Charles 1 » (943).
Ce qui est certain, c'est que, s'il se distingua par une prodigieuse fécondité de ressources, une grande habileté et une activité infatigable, Herbert laissa surtout à la postérité le triste renom d'un incomparable fourbe. Il fut enterré à Saint-Quentin.
§ II. — Robert, fils d'Herbert, II^ comte de Champagne 943-968.
Louis tente de recouvrer sur les fils d'Herbert les possessions que ce prince lui avait enlevées. — H prend Reims, en chasse l'archevôque Hugues; il s'empare de Laon. — Le roi mort, Hugues profite du décès d'Artauld pour demander son rétablissement ; débouté de ses prétentions par le pape, il meurt de chagrin. — Origine du comté ecclésiastique de Châlons. — Affaire d'Anségise, évêque de Troyes. Brunon vient à son aide ; il meurt à Reims. — Mort de l'historien Flodoard.
Herbert laissait cinq fils : A Jhert, qui devint comte de Vermandois ; Eudes, comte de Ham et de Château-Thierry ; Hugues, archevêque de Reims; Robert et Herbert, qui furent successivement comtes de Meaux et de Troyes, ou comtes de Champagne.
Ils eurent tout d'abord à lutter contre le roi Louis, jaloux de reprendre les villes que leur père avait usurpées sur le domaine de la couronne, et leurs intérêts se trouvèrent un moment fort compromis ; car Louis avait eu soin de s'attacher Hugues en lui confirmant le duché de France, et en lui donnant toute la Bourgogne dont il ne possédait qu'une partie (943) '\
Sollicité par l'archevêque déchu, le roi vint assiéger Reims, et il en poussait vigoureusement l'attaque. L'archevêque Hugues, menacé, se défendait avec vigueur, proscrivant, épouvantant par les supplices tous les partisans de son rival, et faisant de fréquentes et meurtrières sorties. La campagne aux alentours était désolée, les villages étaient brûlés et les moissons détruites. Enfin, au bout
1 Hist. de Richor, liv. 2, ch. 37, Irad. de M. Poiusignon, Reims, 1855.
2 Flod. Chron. — Cf. Rich. Hist. I. II, c. 39, et note 3 de notre édition.