ROBERT
de quinze jours, le duc Hugues intervint en médiateur et obtint sous certaines conditions la retraite de l'armée royale (945) '.
Le duc, effrayé de l'activité et des succès du roi, n'avait voulu que se ménager le temps et les moyens d'entraver sa puissance. Bientôt l'infidélité d'un seigneur normand allait le mettre en possession de la personne même du roi, arrêté à Bayeux. Hugues l'eût peutêtre traité comme Herbert avait l'ait Charles; car, après avoir obtenu la remise de son plus jeune fils comme otage, au lieu de relâcher Louis, il l'avait traîtreusement remis à la garde de Thibault le Tricheur, comte de Chartres, beau-frère du comte Robert (945). Mais les menaces d'Otton et du roi des Angles, Edmond, l'intimidèrent, et il rendit la liberté à Louis moyennant l'abandon de Laon, son dernier asile, son dernier rempart, que tenait la reine Gerberge (946),
Une fois libre, Louis fit appel aux armes d'Otton, de Conrad, roi de Bourgogne, et songea à reprendre avec eux la ville de Laon ; mais, après avoir reconnu l'assiette de la place, les alliés tournèrent vers Reims et l'attaquèrent si vivement que l'archevêque Hugues, tremblant, s'il résistait davantage, d'avoir les yeux crevés, se décida, au bout de huit jours, à leur en ouvrir les portes. Us y entrèrent avec Artauld, que les archevêques Frédéric de Mayence et Robert de Trêves rétablirent aussitôt sur le siège épiscopal, tandis que son rival se retirait au château de Mouzon (946).
Le différend entre les deux prélats devait être réglé à Verdun par un synode ; mais Hugues n'y parut point, et le synode dut se dissoudre, après avoir simplement confirmé le rétablissement d'Artauld (947). Un second synode tenu à Mouzon (janvier 948), sous la présidence de l'archevêque de Trêves, commissaire du Saint-Siège, ne fut guère plus heureux, et dut se borner à déclarer qu'Artauld serait maintenu, et que Hugues serait déposé ou privé de la communion jusqu'à ce qu'il fût venu présenter sa défense devant une nouvelle assemblée. Un concile général, réuni, le 7 juin suivant, à Ingelheim, termina enfin la querelle en confirmant à Artauld la dignité épiscopaleeten excommuniant l'évéque Hugues, jusqu'à ce qu'il eût fait pénitence et donné satisfaction (948) ^
< Flod. Chron.
2 Flod. Chron
90 LA CHAMPAGNE FEODALE 943-968.
Hugues, attaqué ensuite dans Mouzon, où il prétendait encore faire des ordinations, fut obligé de capituler et de se rendre. On rasa les fortifications et les murailles de la place. Après quoi, les évèques du concile qui s'étaient ajournés à 30 jours, se rendirent à Laon, où, réunis dans l'église de Saint-Yincent, ils lancèrent l'excominunication contre Thibault, comte de Chartres, qui tenait cette ville pour Hugues le Grand. Puis ils se transportèrent à Trêves, et là, après avoir inutilement attendu pendant trois jours le duc, qu'ils avaient cité, ils l'excommunièrent également « jusqu'à ce qu'il fût venu à résipiscence » (948).
Le roi vint mettre le siège devant la ville de Laon, dont il s'empara grâce à un stratagème de Rodolf, père de notre chroniqueur Richer ' ; mais le château résistait, il le sépara de la ville par un mur, et laissa dans celle-ci une forte garnison (949).
Hugues le Grand essaya vainement d'y rentrer ; ne pouvant rien contre la place, il dut se borner à introduire des troupes et des provisions dans la citadelle. Excommunié de nouveau par un concile tenu à Rome sous la présidence du pape (949) '^, il se décida à abandonner Laon au roi et à se réconcilier avec lui (950). Mais il n'avait pas entendu renoncer à ses vues ambitieuses ni à ses goûts belliqueux. Un des fidèles du roi, le comte de Roucy, Raynold, avait, pendant le siège de Laon, construit un fort à Mnreiul sur la Marne : Hugues vint, en 952, attaquer le fort avec de puissantes machines, et ayant fini par le prendre, il le brûla. Cependant, peu après, Raynold, secondé par Louis et l'archevêque Artauld, rentra en possession de la place, la rétablit et y mit une nombreuse garnison. Au milieu de ces luttes, les neveux de Hugues, Herbert et Robert, s'étaient construit, de leur côté, un fort au lieu dit Mont-Félix, et un certain Gauthier de Valois, qui tenait Vitry pour le roi, s'était donné à Herbert avec son château. Louis tenta vainement avec Raynold de reprendre celui-ci : après avoir ravagé les terres voisines et brûlé le domaine de Ponthion, que l'usurpateur avait envahi, il se décida à construire en face de Yitry un fort dont la garnison fût pour cette place un sujet de continuelle inquiétude
1 Voir sur cette affaire l'ouvrage de Richer, I. Il, c. 87 et 89.
2 Richer. Hist., 1. IJ, c. 95. Le pape ne fit que confirmer la sentence du concile d'Ingelheim .