‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 31 sur 164 · ROBERT · texte numérisé non relu

ROBERT

(952)'. Deux ans plus tard (9o4), Herbert enlevait à Raynold le château de Roucy. Ce fut pour celui-ci l'occasion de faire un coup de maître, car, après avoir racheté son château au prix de quelques terres, il s'empara de Mont-Félix, qu'il ne rendit à Herbert qu'en échange des mêmes terres.

Sur ces entrefaites, « les Hongrois firent [une nouvelle] irruption « dans le royaume de France. Ils arrivaient de la Lorraine, chargés « de butin et traînant à leur suite une multitude de prisonniers. « Ils traversèrent en les ravageant les pays de Vermand, de Laon, « de Reims, de Châlons, et gagnèrent la Bourgogne, non toutefois « sans perdre beaucoup de monde par les maladies aussi bien que « par les combats - ».

Ils étaient à peine partis que le roi Louis mourut des suites d'une chute de cheval (9 septembre 934). Il laissait deux fils, Lothaire et Charles, dont l'aîné n'avait que douze ans. Gerberge, appuyée de ses frères, le roi Otton et Brunon, duc de Lorraine, s'était empressée de convoquer à Reims les grands du royaume, et de leur faire reconnaître roi Lothaire, que l'archevêque Artauld sacra dans la basilique de Saint-Remy. Ce changement de règne, alors surtout que le duc de France affectait de se montrer dévoué au nouveau roi et à sa mère, aurait dû décourager l'évêque Hugues. Mais, loin de renoncer à ses prétentions, de quelques châteaux qu'il avait conservés il ne cessait d'inquiéter Reims par les brigandages de ses garnisons, attendant des circonstances le rétablissement de sa fortune. Il crut en avoir trouvé l'occasion à la mort d'Artauld (961), et il est vrai de dire que le synode de Meaux ^ se montra d'abord divisé à son sujet. Mais la reine-mère Gerberge, poussée par son frère, Brunon, et secondée puissamment par Gibum, évêque de Châlons, obtint que l'affaire serait déférée au pape. Jean XII, de

^ Les descendants de Gaiilhier possédaient encore Vitry au xi^ siècle à titre de vassaux, et c'est d'eux que les comtes de Champagne l'acquirent. (Histoire des comtes de Champagne, par d'Arbois de Jubainville, t. l®"", p. 108, N° 3). La suzeraineté de Sainl-Dizier paraît en avoir été une dépendance.

2 Flod, Chron.

2 Id., 1. III, c. 16. Ce synode ou concile est le second de Meaux.

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son côté, réunit deux synodes ' , qui renouvelèrent les excommunications lancées contre Hugues, et le déclarèrent à jamais déchu de l'épiscopat. Cette sentence, aussitôt suivie de l'élection d'Odalric, chanoine de Metz, mit fin à tous les dissentiments, et Hugues alla mourir de douleur à Meaux, chez son frère Robert (962).

Celui-ci n'était pas homme à digérer en silence l'affront fait à sa famille. Avant que Gibuin eût regagné son diocèse, il se jeta brusquement sur Chàlons avec son frère -Herbert, et livra la ville aux flammes (963); mais les vassaux de l'évéché s'étaient réfugiés dans une tour dont l'ennemi ne put s'emparer, et Gibuin reprit bientôt possession de Chàlons. Obtint-il alors du roi Lothaire, pour prix de son attachement, le titre et les prérogatives de comte, ainsi que l'ont avancé quelques-uns ? C'est ce qu'on ne saurait soutenir sans témérité, ainsi qu'on peut le voir à la fin de ce volume^. Ce qui est certain, c'est qu'il y avait déjà un siècle que, dans la personne d'Erchanraûs, ami dévoué de Charles le Chauve, les prélats chàlonnais avaient obtenu le droit de battre monnaie (22 novembre 865).

A la faveur de l'éloignement de Robert, Anségise, évèque de Troyes, avait pensé, en se rendant maître de cette cité, s'assurer le même avantage que l'archevêque Artauld avait obtenu de la libéralité de Louis d'Outremer, et dont jouissait sans doute aussi par voie de succession l'évêque Gibuin. Ratlu par le comte et chassé de la ville, il se réfugia en Saxe, où il obtint de l'empereur Otton une armée commandée par un certain duc nommé Helpon et par l'archevêque-duc Brunon. Cette armée vint mettre le siège devant Troyes (96o), et commença par en piller les environs. Helpon menaçait de brûler tous les villages et toutes les églises de la vallée de la Vanne, et se vantait d'enfoncer sa lance dans la porte de Troyes, appelée porte de Saint-Léon (Saint-Lié) ; mais l'archevêque de Sens, Archambauld, fils de Robert, et Rainard le Vieux, son parent, premier comte héréditaire du Senonais, ayant défait les Saxons à Villiers-Louis (Yonne), dans une rencontre où périt Helpon, Brunon leva le siège de Troyes et regagna la Lorraine.

Rappelé peu après en Champagne par le désir d'apaiser la rivalité de Lothaire et de Hugues Capet, Brunon tomba malade à

1 L'un à Rome, l'aufre à Pavic (Flod. Chron.) * Appendice, n° U.

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