ROBERT
Reims, et malgré tous les soins que lui prodigua l'archevêque Odalric, successeur d'Artault, il finit là ses jours le 15 octobre 965.
L'année suivante, s'éteignait une des illustrations de l'église rémoise, Flodoard, dont Y Histoire ecclésiastique de Reims et la Chronique révèlent de grandes connaissances, un jugement éclairé et des qualités sérieuses d'écrivain. Il avait, deux ans auparavant (963), résigné son abbaye — on ne sait laquelle — entre les mains de l'archevêque de Reims, et ce prélat lui avait fait donner son neveu pour successeur.
Cette année-là même 963, Odalric faisait citer les usurpateurs des biens de son église, et il eut la satisfaction, sauf à les leur rendre à titre de fiefs, de recevoir Epernay des mains d'Herbert, Goucy de celles de Thibault de Tours (964). Il trouva moins de docilité dans le comte Raynold, qui répondit à l'excommunication lancée contre lui en se jetant avec ses gens sur plusieurs dépendances de l'évêché, et en les ravageant par le fer et le feu (966) ^
Cependant entre Otton et Robert était survenu un accommodement qui avait permis à Anségise de recouvrer son diocèse (966). Ainsi affermi dans la possession de la ville de Troyes, le comte ne négligea rien pour en réparer les ruines et pour s'en attacher les habitants. Ce fut au milieu de ces soins qu'il mourut en 968.
Depuis qu'en 561 la ville de Troyes avait été, avec Sens et Auxerre, rattachée au nouveau royaume de Bourgogne, dont Langres faisait déjà partie, le comté primitif de Troyes, qui se composait du diocèse de ce nom, était considéré comme appartenant à la Bourgogne, et les comtes de Champagne ne l'occupèrent pas sans en faire hommage aux seigneurs de ce duché : c'est ce; que l'on voit encore au xn'' siècle''.
Ainsi le diocèse de Troyes, qui, sous les rois mérovingiens, constituait avec ceux de Reims et de Chàlons la province appelée Champagne, eut des destinées différentes de celles de ces deux
1 FIoJ. Chron., et Richer Hist.
^ Voir d'Arbois de Jubainville, t. P'', p. lo. 11 ne faut donc pas s'étonner qu'une bulle du pape Jean VIII, du 16 septembre 878, mette dans le royaume des Burgondes l'abbaye de Montiéramey, située, dit-elle, dans le territoire de Troyes, ni que l'historien Richer, qui vivait vers la lin du x^ siècle, place également cette ville en Bourgogne.
94 LA CHAMPAGNE FEODALE 943-968.
derniers diocèses. Car, tandis que ceux-ci avaient constamment fait partie du royaume d'Autrasie, le diocèse de Troyes avait été agrégé à la Bourgogne, et lorsque les cités de Reims et de Châlons se conslituèreut indépendantes, celle de Troyes rentra dans la Champagne pour en devenir la capitale. Les trois villes ne devaient se retrouver unies sous une même autorité, sous le même sceptre, qu'à l'extinction du comté.
§ 111. — Herbert II, III« comte de Champagne
Herbert se fait le soutien de la dynastie Carlos ingienno, — 11 se jol:it à Lothaire pour reprendre aux AUennands la Lorraine. Prise de Verdun et captivité du frère et de l'oncle de l'archevêque de Reims. Vengeance de celui-ci. Au moment de le châtier, Lothaire meurt. Soupgonné de l'avoir empoisoimé, l'arclievôque est absous de l'accusation par l'influence de Hugues Capet, qu'il aide en retour à se faire reconnaître roi. — Trahison de l'évêque de Laon, qui livre à Hugues Charles de Lorraine et i'archevêque de Reims Arnoulf. — Hugues substitue à celui-ci Gerbert. Le comte Herbert prend en main la cause d'Arnoulf.
Robert eut pour successeur son frère Herbert, le plus jeune des fils d'Herbert I.
Herbert, en vrai descendant du fondateur de sa maison, avait commencé par tirer vengeance des membres du concile qui s'étaient montrés les plus hostiles à Hugues, pillant ou usurpant les biens de leurs églises. Mais, à la suite d'une longue maladie dont il fut atteint vers ce temps-là, et dont il guérit d'une façon miraculeuse, en visitant, après ceux de Reims, de Châlons et de Vitry, le sanctuaire de Montiérender, il se montra l'un des soutiens de la dynastie carlovingienne contre ses ennemis, en même temps qu'il semble avoir pris souci de terminer ses différends avec l'église de Reims ; car il vint, en 977, dans cette ville, et obtint du chapitre de posséder à foi et hommage la ville de Vertus, qu'il lui avait sans doute précédemment enlevée '.
Le roi Lothaire, qui voyait avec une peine profonde la Lorraine aux mains des rois allemands, avait tenté de la leur enlever par une irruption soudaine, et s'étant avancé (978) jusqu'à Aix-la- Chapelle, où résidait alors Otton II avec l'impératrice Théophanie,
< V. Marlot, Hist. de Reims, t. 111, p. 647.