‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 33 sur 164 · HERBERT U · texte numérisé non relu

HERBERT U

il avait failli surprendre ce prince, dont le palais fut pillé. iMais l'affront fait à Otton n'avait servi qu'à attirer sur la France les maux d'une invasion allemande : la Champagne avait été foulée par les ennemis, et le palais royal d'Attigny livré aux flammes. Toutefois, après avoir poussé jusqu'à Paris, Otton avait dû rétrograder et regagner ses Etats. Bientôt Lothaire, afin de se faire de l'Allemagne un appui contre le duc Hugues Capet, s'était décidé à se rapprocher de l'empereur et à lui abandonner la Lorraine (981).

Mais Lothaire n'avait pas signé cet abandon sans regret, et quand Otton vint à mourir deux ans après (983), laissant un fils mineur sous la tutelle de deux femmes, Adélaïde et Théophanie, grand'mère et mère du jeune prince, il pensa mettre à profit les troubles de cette minorité pour recouvrer le duché ' .

Dans ce but il fit appel à la vaillance d'Herbert, comte de Troyes, et d'Eudes, fils et depuis peu successeur de Thibault le Tricheur, comte de Chartres et de Blois. Ils allèrent ensemble assiéger Verdun (984) et s'en emparèrent après huit jours de siège et de travaux considérables ; « car c'est une ville, dit Richer, qui est « située de telle sorte qu'elle n'est accessible que du côté de la « plaine ; du côté opposé, elle s'étend sur un abîme profond et se « trouve flanquée de rochers taillés à pic. ... La Meuse en baigne « la partie escarpée, et des bois ombragent les rives du fleuve » ^.

Les Lorrains ne manquèrent pas d'accourir pour reprendre la place, et « ils pénétrèrent dans le quartier des négociants, qu'une « muraille environnait de toutes parts comme une forteresse, et « qui, séparé de la ville par la Meuse, y était rattaché par des « ponts jetés sur la rivière ^. » il fallut que Lothaire et ses alliés revinssent à la charge et construisissent une machine de guerre pour paralyser la défense de la place. On se battit des deux parts avec acharnement, et le roi fut blessé d'un coup de fronde à la lèvre supérieure. Les siens n'en devinrent que plus furieux; effrayé de leur ardeur, l'ennemi se rendit, et le roi, après avoir renvoyé libres tous les autres captifs, remit à la garde d'Herbert et d'Eudes les principaux, au nombre desquels se trouvaient le frère et l'oncle

' V. notre Richer, I. III, c. 67 à 81, et note 1 de la page 308.

2 Richer, 1. III, ch. 101 .

3 Id. ibid., ch. 103.

de l'archevêque de Reims', Godefroy le Vieux, comte de Verdun, et Sigefroid, comte de Luxembourg.

Gomme Lothairc n'entendait les rendre à la liberté qu'autant qu'ils renonceraient à la fidélité du roi de Germanie, pour devenir ses vassaux, et qu'ils demeuraient inébranlables dans leur attachement à Otton, leur captivité, en se prolongeant, finit par aliéner au vainqueur l'archevêque Adalbéron. L'inimitié de ce prélat, qui l'était bien « plus de nom que de mérite », s'il faut en croire le continuateur inconnu de la Chronique de Flodoard, fut encore accrue et aiguisée par son secrétaire Gerbert, écolàtre de l'église de Reims, homme d'un esprit supérieur et d'un savoir prodigieux, qui, après avoir été le précepteur d'Otton II, était resté attaché à la famille impériale '^, et dont le dévouement aux intérêts de cette famille, après avoir été fatal à la dynastie carlovingienne, devait l'élever un jour sur la chaire de saint Pierre.

Les dispositions hostiles d'Adalbéron se révélèrent surtout à Lothaire, quand l'archevêque fit sacrer évêque de Verdun le propre fils de Godefroy le Vieux, Adalbéron son neveu (3 janvier 986), plus connu sous le nom d'Ascelïn, et qu'il osa demander à l'empereur d'Allemagne, Otton III, l'investiture pour le jeune prélat, en attendant qu'il lui conférât lui-même les ordres.

Le roi songeait à tirer vengeance de cette conduite, quand la mort vint le surprendre (2 mars 986). La soudaineté du coup fit croire à un empoisonnement. On se rappelait qu' Adalbéron, évêque de Laon, avait encouru, plusieurs années auparavant, le soupçon

* Il s'agit à' Adalbéron, qui avait, en 969, remplacé sur le siège de Reims Odalric, successeur d'Artauld (963).

^ Surtout après avoir été appelé au gouvernement de l'abbaye de Saint- Colomban de Bobbio, en Italie. En acceptant ce bénéfice, Gerbert avait prêté à Otton 11 un serment de fidélité, le premier de sa vie, qui s'était étendu au fils de cet empereur, Otton III, ainsi qu'il le dit dans une de ses lettres (la 159'^, d'après M. Julien Havet, p. 41 de son savant ouvrage sur les lettres de Gerbert). En engageant à Otton sa foi, il l'avait reconnu pour son souverain, et avait abandonné sa jmtrie pour s'attacher à l'Allemagne. En avait-il éprouvé quelque scrupule? Un palais et la confiance de l'impératrice Théophanie devaient avoir bien des charmes pour un tel esprit. Mais du moins Gerbert eût-il dû s'abstenir de favoriser les trahisons de l'archevêque Adalbéron.

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