‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 34 sur 164 · HERBERT H · texte numérisé non relu

HERBERT H

d'entretenir avec la reine un commerce criminel, et qu'un concile avait été, par les soins de l'archevêque de Reims, réuni à Fismes (980), pour juger sa conduite '. Mais le silence de Richer, joint à la description qu'il fait de la maladie du roi, permet de penser que le bruit était sans fondement.

On célébra les funérailles de Lothaire avec une pompe vraiment royale. Le corps fut revêtu d'une robe blanche, recouverte d'un manteau de pourpre tissu d'or et orné de pierreries, et on le plaça sur un lit orné des insignes de la royauté. Ce lit fut porté par les grands du royaume, précédés des évèques et du clergé avec les évangiles et les croix. Dans leurs rangs, marchait, en poussant des gémissements auxquels répondaient ceux de la fouie, un officier tenant la couronne éclatante d'or et de pierres précieuses, avec plusieurs autres insignes. On se rendit ainsi de Laon à Reims, où Lothaire, selon ses prescriptions, fut enseveli à côté de son père et de sa mère, au monastère de Saint-Remi "^

Louis V, fils de Lothaire, associé à la royauté depuis 979 ^, lui succédait. En politique prudent, et sous l'influence de sa mère, qui n'avait rien eu de plus pressé que de rappeler à la cour l'archevêque de Reims et de prendre Gerson pour secrétaire, Louis n'hésita pas à rendre Verdun à l'empereur d'Allemagne ; mais il laissa Godefroy aux mains d'Herbert et d'Eudes.

Rassuré de ce côté et encouragé par l'apparent attachement de Hugues Capet, il reprit les desseins de son père, et vint avec le duc, à la tète d'une armée, sommer l'archevêque de Reims de s'engager à comparaître, le 27 mars 987, devant l'assemblée des barons français. Adalbéron, effrayé, promit tout, sauf à invoquer contre son roi l'appui d'Otton, l'ennemi des Français *. Il se rendit même à l'assemblée dans le temps marqué. Mais sur ces entrefaites

* Richer, 1. III, c. 66. Toutefois il faut bien reconnaître qu'en effaçant une ou plusieurs lignes relatives à la sentence portée par l'assemblée, Richer, qui semble avoir voulu ménager la mémoire des illustres accusés, la livre encore plus compromise au jugement de l'historien. (Voir notre traduction de Richer, ibid., N. 2).

2 Richer,!. III, c. liO.

^ Il fut proclamé à Compiègne par Adalbéron le jour de la Pentecôte (Richer, 1. III, c. 91).

* Richer, I. IV, c. 2.

98 LA CHAMPAGNE FEODALE 968-993.

le roi étant venu à mourir à Senlis des suites d'une chute de cheval (987), Hugues Capet profita de l'événement pour faire absoudre Adalbéron des accusations portées contre lui. Le prélat, en reconnaissance, et d'accord avec Gerbert, fit reconnaître Hugues pour roi à Noyon (!'''' juin 987), et le sacraensuite à Reims (3 juillet)» en attendant qu'il couronnât également le fils de Hugues, Robert, dans la basilique de Sainte-Croix, à Orléans (25 décembre 987), et qu'il le sacrât à Reims le l'^'" janvier 988. Adalbéron ne méconnut pas seulement ainsi les droits de l'oncle de Louis, Charles, duc de la Basse-Lorraine ; il alla môme, malgré ses propres sympathies pour l'Allemagne, jusqu'à faire à Charles un crime de servir un roi étranger *, car ce prince tenait, depuis 977, son duché de la libéralité d'Otton II, qui ne s'était montré si généreux à son égard que pour le détacher de son frère Lothaire, et sauver cette partie de ses Etats de l'ambition du roi de France. En même temps, une démarche personnelle d'Adalbéron décidait les comtes Herbert et Eudes à lui rendre Godefroy, leur prisonnier, qui n'échappa pas du reste aux ténèbres infernales de la captivité, sans promettre une forte rançon ni sans livrer des otages en garantie (18 juin 987) ^

Au milieu de ces tristes circonstances, Charles ne s'abandonna pas. Il sut se ménager des intelligences dans la ville de Laon et surprit la place au grand effroi de ses ennemis. De ce nombre étaient la reine Emma et l'évêque Adalbéron (Ascelin) ; parvenu à s'échapper, celui-ci fut retrouvé dans les vignes et conduit à Charles, qui le fit mettre en prison, comme il mit la reine sous bonne garde (988).

Hugues, après une première tentative infructueuse pour reprendre Laon 3, ne manqua pas de venir assiéger cette place au printemps de l'année suivante ; mais il ne fut pas plus heureux que la première fois, et dut se retirer au mois d'août 989 ^ Peu après, 5 janvier 990, mourait l'archevêque de Reims.

1 Riclier, 1. IV, c. 9, 10, il.

2 « Sigefroid, plus coulant sans doute, avait reçu la liberté vers la lin de juin 985. » {Hist. des Comtes de Chamjmgne, par d'Arbois de Jubainvilic, t. 1", p. 166).

3 Gerbert l'accompagnait [Lettres).

4 Richer, I. IV, c. 21, 22, 23.

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