HERBERT il
Adalbéron, à son lit de mort, n'avait pas manqué d'avertir Hugues d'accourir, afin de prévenir toute tentative de Charles ; il aurait même alors désigné Gerbert pour son successeur ; mais l'influence des amis à'Arnoulf, fils naturel de Lothaire, l'avait emporté, et décidé Hugues en faveur de ce candidat, que la ville acclama pour être agréable au roi. Celui-ci pouvait se croire rassuré sur les dispositions du nouveau prélat, qui lui avait juré fidélité en scellant son serment par la réception de l'Eucharistie. Mais une année ne s'était pas écoulée qu'Arnoulf organisait une surprise de la ville de Reims par Charles, et qu'à la suite d'une feinte de captivité il se retirait à Laon '. Il ne devait pas tarder à y être puni de sa trahison. Comme il était d'un caractère doux et bienfaisant, il se laissa facilement tromper par les hypocrites protestations d'Adalbéron et le réconcilia avec son oncle, qui consentit à le recevoir dans sa ville de Laon. Adalbéron, rendu à la liberté, profita de la sécurité de Charles et d'Arnoulf pour leur dresser des pièges. Une nuit, celle qui suivit le dimanche des Rameaux (30 mars), comme ils étaient tous trois réunis à table, Charles, qui tenait une coupe d'or, où il avait fait tremper des morceaux de pain, la présenta à Adalbéron, et lui dit : « Puisque vous avez, c( conformément au décret des Pères, sanctifié aujourd'hui les palmes « et les rameaux, consacré le peuple par vos saintes bénédictions et « donné à nous-même l'Eucharistie, méprisant les appréhensions « outrageuses de quelques personnes qui veulent que je me défie « de vous, je vous présente, à l'approche du jour de la Passion de « Notre Seigneur et Sauveur J. C, cette coupe qui convient à votre « dignité, avec le vin que j'y ai versé et le pain que j'y ai rompu^ « Buvez-le en signe d'inviolable fidélité à ma personne. Mais pour « peu que vous hésitiez âme garder votre foi, laissez-làce breuvage, « de peur de ressemblera l'abominable traître Judas». — «Je « prendrai la coupe, répondit Adalbéron, et je boirai volontiers ce « qu'elle contient ». — « Ajoutez, reprit Charles aussitôt: Et je « garderai ma foi.» — « Et je garderai ma foi, dit Adalbéron en « buvant; qu'autrement je périsse avec Judas! » Il ajouta encore devant les convives plusieurs autres imprécations semblables. Cependant on avait pris le parti de se retirer pour se livrer au repos.
< Richei-, 1. IV, c. 34, 3o, 36.
« Profitant dusommeil de Charles et d'Arnoulf, le perl'ide Adalbéron prend sous leur chevet leurs épées qu'il cache,.... puis envoie chercher ses complices et les introduit dans l'appartement des princes ». Au bruit qui se fait autour d'eux, ceux-ci se réveillent, et en apercevant leurs ennemis se précipitent de leurs lits. Ils veulent saisir leurs armes, et ne les trouvant point, comprennent qu'ils sont trahis. Charles s'abandonne alors contre Adalbéron à toute sa fureur ; mais Adalbéron se rit de ses emportements, et tandis qu'on garotte les infortunées victimes de sa perfidie, il envoie des messagers au roi pour le presser d'accourir K
Hugues reprit ainsi possession de Reims et de Laon. Il confina aussitôt Charles dans le donjon d'Orléans, où ce prince devait mourir. 11 réunit ensuite à Saint-Basle (juin 991), sous la présidence de l'archevêque de Sens, un concile auquel il déféra l'archevêque Arnoulf , Celui-ci, convaincu par le témoignage du prêtre Adalger, qui sur son ordre avait ouvert à Charles les portes de Reims -^ , ne put que s'avouer coupable, et le fit à genoux et les larmes aux yeux. Sa naissance, sa jeunesse intéressaient une partie de ses juges ; les autres voyaient en sa personne l'honneur du corps épiscopal compromis; tout présageait une sentence favorable, quand les deux rois Hugues et Robert apparaissent. Ils se font rendre compte de ce qui a été fait ; Arnoulf renouvelle devant eux ses aveux, en demandant la vie avec des gémissements, et l'archevêque de Bourges, se jetant aux pieds du roi Hugues, implore sa pitié. Hugues se laisse fléchir sous la réserve que l'accusé restera sous sa garde. Arnoulf est alors déposé; on le dépouille des insignes de sa dignité, et on lui fait souscrire un acte d'abdication copié sur celui d'Ebbon.
Arnoulf déposé, il fallait élire un autre archevêque. Hugues fit tomber le choix de l'assemblée sur Gerbert, le secrétaire de l'archevêque déchu ■■, qui n'avait pas manqué de répudier la cause du malheureux prélat, et de se réconcilier avec le nouveau roi de France.
1 Richer, 1. IV, c. 47.
- ... qui urbis portas, acceptis à mani])us ejus clavibus, jussii ipsiiis affirmabat se hoslibus aponiisse { Actex ihi coiicilo du 17 juin !»9l § 30) .
3 Richer, 1. IV. — Actes de la province eccl. de Reims, l, I*^"", p. 635 et sq.