‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départements (volume 2)Chapitre 36 sur 164 · HERBERT · texte numérisé non relu

HERBERT

Gerbert, à l'élévation d'Arnoulf sur le siège de Reims, l'avait annoncé « à la sainte et universelle Eglise catholique » comme un pontife exempt de simonie, étranger à toute faction lyranniquc et plein de respect pour le sanctuaire de Dieu. Il n'avait pas craint de le proclamer le vrai fils de Lothaire ; il alla même jusqu'à demander « de quel droit son oncle, le légitime héritier de la couronne, en avait été frustré. » Mais, quand il eut vu son seigneur compromis, il rompit avec lui d'une façon éclatante pour se donner à Hugues, et Charles ne fut plus à ses yeux qu'un conspirateur, Arnoulf qu'un suppôt de Satan '.

Cependant le sort d'Arnoulf eut la vertu de réveiller les sympathies pour la race déchue de Gharlemagne, et le comte Herbert, ému de son sort, envoya au pape Jean XVI, avec des présents, une ambassade chargée de plaider la cause de l'infortuné prélat. Elle n'eut pas de peine à obtenir que le pape la prît chaleureusement en main. Mais Herbert ne vit pas le rétablissement d'Arnoulf ; il mourut le 29 janvier 993, laissant à son fils Etienne le comté de Troyes et de Meaux : il fut enseveli dans la basilique de Lagny.

§ IV. — Etienne 1, IV'' comte de Champagne 993-1019.

Déposition de Gerbert au concile tle Reims (juillet 993) ; rétablissement d'Arnoulf en 997. — L'an mil passé, les ordres religieux reprennent vie. — Témérité do Léoteric de Sens, le roi Robert le reprend. — Il protège ce prélat contre les indignités du comte, à qui il enlève la ville de Sens. — Obscurité de la vie d'Etienne.

L'année même de l'avènement d'Etienne à la possession du comté, sur l'intervention du pape, un concile s'était réuni à Chclles pour examiner l'affaire d'Arnoulf ; mais il était présidé par le roi Robert, et l'archevêque Gerbert y remplissait les fonctions de rapporteur : le concile ne fit que confirmer la sentence portée par celui de Saint-Rasle. Jean XVI résolut alors d'envoyer un légat en Allemagne pour y soumettre l'affaire au jugement des prélats de

^ V.notre Richer, p. 490 et 491,avecles noies 2, 3 et 4. — V. aussi dans les Actes de la province eccl. de Reims, t. I^"", p. fi36, n. 1, les réflexions relatives aux altérations que Gerbert a fait subir aux actes originaux du concile dans l'intérêt de sa propre cause.

de ce pays et de la France. Réunis à Ingelheim (994) \ ceux-ci furent unanimes pour condamner les actes du concile de Saint-Basle et pour prier le pape de casser la condamnation d'Arnoulf. Jean XYI crut pouvoir en conséquence excommunier Gerbert et les évêques français qui avaient pris part à cette condamnation. Gerbert protesta et engagea ses confrères à ne tenir aucun compte de la sentence qui les frappait"^. En présence de cette opposition, le pape prit le parti d'envoyer son légat en France pour y prendre part aux délibérations d'un nouveau synode. Celui-ci se tint à Mouzon le 2 juin 995. Mais, à l'exception de Gerbert, qui avait tenu à plaider lui-même sa cause, il ne s'y présenta que des évêques étrangers, Hugues ayant interdit à ceux de France d'y paraître. Aussi fallut-il convoquer un nouveau concile pour le l*"" juillet. Ce concile se tint-il à Reims comme on en était convenu, ouàSenlis ^, comme le disent les notes de Richer, et comme porte à le croire la présence d'Arnoulf? c'est ce qu'il serait difficile de décider. Quoi qu'il en soit, rien ne s'y termina, et Gerbert, qui avait dû prendre au concile de Mouzon l'engagement de s'abstenir des fonctions sacerdotales, put se rendre à Rome, en compagnie d'OUon 111, pour y exposer sa cause au nouveau pape, Grégoire V, qui était parent de l'empereur. Mais, faute d'accusateur, il fallut encore ajourner le jugement du procès, et renvoyer Gerbert à un prochain concile.

Sur ces entrefaites, Hugues vint à mourir (23 oct. 996). Gerbert avait pensé trouver un appui dans son ancien élève, le roi Robert. Mais Robert aspirait à épouser la veuve du comte de Blois, Berthe, sa cousine au 4'' degré, et sentait la nécessité de se ménager le pape. Gerbert, au nom des lois de l'Eglise, tenta vainement de le dissuader de ce mariage. Ne pouvant plus dès lors compter sur le roi, et se voyant délaissé de tous les vassaux de l'archevêché, qu'éloignait de sa personne et de sa table la sentence qui l'avait suspendu de la communion du Saint-Siège, il se retira (997) à la cour d'Otton 111, qui l'emmena bientôt en Italie.

Comme il y prolongeait son séjour, Robert, cédant aux réclamations du pape, rendit Arnoulf à la liberté (nov. 997). L'empereur,

1 V. Lettres de Gerbert, p. XXVI do Y Introduction.

2 Lettre 192, p. 182.

3 Senlis était alors le siège de la royauté.

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