ETIENNE
de son côté, donnait peu après à Gerbert l'archevêché de Ravenne, et le pape autorisait Arnoulf à reprendre l'exercice de ses fonctions épiscopales, en attendant le jugement définitif de sa cause'. Mais, l'année suivante, Grégoire V mourait (février 999), et c'était Gerbert qui, sous le nom de Sylvestre, le remplaçait sur le trône pontifical (2 avril). Sylvestre II pouvait se montrer généreux : il rétablit Arnoulf dans tous ses honneurs avec cette ho7ité qui est le propre de la cour de Rome 2.
On touchait à l'an mil, et bien que l'abbé de Montier-en-Der, Adson, eût combattu dans son traité de \ Antéchrist les alarmes des peuples, tout semblait concourir à fortifier dans les esprits la croyance à la fin des temps : l'abondance des pluies pendant trois années, le débordement des rivières, l'insuffisance des moissons, les horreurs de la famine, et des cruautés inouïes, fruits du besoin. Ajoutez à ces calamités des présages sinistres : une pluie de pierres près du château de Joigny, l'apparition d'une comète, une éclipse de soleil (29 juin 1000). L'excès du mal en fit chez beaucoup rechercher l'oubli dans l'ivresse des plaisirs, et une sorte de vertige de débauches vint accroître le désordre de la société. Puis, sur la fin de l'année, s'éleva, « non loin du bourg des Fer^ws dans le canton de Ghâlons, » un homme du peuple, appelé Lieutard, qui, peu content d'attaquer l'authenticité des Ecritures, enseignait la révolte contre la dime. Il fit de nombreux prosélytes, et l'évèque de Chàlons, Gibuin II, dut intervenir pour arrêter les progrès de cette hérésie. La confusion et le ridicule dont il couvrit l'extravagant novateur firent sur celui-ci une telle impression qu'il alla de désespoir se précipiter dans un
' La papauté n'avait pas ratifié l'abdication d' Arnoulf. Sylvestre II le reconnaîtra dans la lettre qu'il écrivit à cet archevêque : « Tua abdicatio romano assensu caruit ». {Lettres de Gerbert, p. 240).
2 Romance pietaiis munere. Nous ne pensons pas qu'il faille interpréter ainsi que le fait le savant éditeur des lettres de Gerbert l'acte adressé par Sylvestre à l'archevêque Arnoulf, et rapporter à la pitié, et surtout à une pitié hautaine, le sentiment exprimé dans ces trois mots. Ainsi sommesnous convaincu que les mots etiamsi conscientiœ reatus accurrat ne sauraient recevoir l'application qu'en fait M. J. Havet. Nous croyons à plus de grandeur d'âme dans l'ancien rival d'ArnouIf, sans l'affranchir toutefois absolument du reproche d'ambition et d'intrigue dans la première période de sa vie publique.
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puits situé derrière l'église Saint-Martin : ce fut dès lors le Puitsd'Enfer.
Cependant la terrible année est passée, la confiance a succédé à l'effroi, et la religion a repris tous ses droits sur les esprits. Les monuments religieux se multiplient ou se rajeunissent : Airard, abbé de Saint-Remy, entreprend de reconstruire son église sur un tel plan, que son successeur est contraint d'en réduire les proportions '. Les ordres monastiques reviennent à la première ferveur, et les services qu'ils rendent en favorisent le développement. Tandis que l'évêque de Chàlons, Roger, renouvelle l'abbaye de Saint- Pierre-atfx-Monts et y introduit une colonie de religieux de l'ordre de saint Benoît, à la tête de laquelle était le savant abbé Richard, originaire du diocèse de Reims, le bienheureux Brunon de Roucy, secondé par les religieux de Cluny, rétablit l'ordre et la discipline dans les monastères du diocèse de Langres.
Les évêques veillent en même temps avec un soin jaloux au salut de la foi. Gibuin n'avait pas éteint la secte de Lieutard. Son successeur, Roger 1^% pour la désabuser, crut devoir assembler, en 1012, à Cliâlons, un synode qui anathématisa l'erreur ^.
L'épiscopat, de son côté, n'échappe pas à la pieuse vigilance du roi de France. Léoteric de Sens avait eu la témérité de faire intervenir dans la recherche des coupables le sacrement de l'eucharistie, en modifiant la formule liturgique de la communion : « Vous passez « pour savant, lui écrit Robert ; mais je ne vois point briller en « vous la véritable sagesse. Comment aux paroles sacramentelles « osez-vous substituer celles-ci : Recevez, si vous êtes digne, le « corps du Seigneur? Hâtez-vous de venir à résipiscence, autrement « vous serez déposé de la dignité épiscopale. » Léoteric n'osa point résister, et les évêques de la Champagne qui avaient adopté sa formule l'imitèrent dans sa soumission.
Le même prélat eut, ainsi que Fulco (Foulques) d'Orléans, la témérité de jeter au feu les exemplaires authentiques d'un privilège apostolique adressé à l'abbé de Saint-Benoît-sur-Loire (1008). Jean XIX les fit sommer tous deux par le roi Robert de réparer sans délai leur faute, sous peine d'excommunication, et Léoteric se
' Marlot, t. m, p. 93.
2 Hist. manusc. de Châlons, par doin François.