LKS BARBARES
le souvenir et peut-être le tombeau ', Jovin, à qui Joinville rapporte son origine, les défit en trois rencontres et en dernier lieu aux environs de Ghâlons-sur-Marne, où, après une journée de lutte, ils furent exterminés. La gravité du péril avait attiré à Reims Valentinien ; il y passa l'hiver et y fut atteint d'une maladie qui le mit aux portes du tombeau ; revenu à la vie, il se hâta de faire reconnaître Auguste le jeune Gratien, son fils.
La grande invasion des Barbares (406) fut pour la Champagne une nouvelle et terrible épreuve. Langres, Reims furent brûlées par les Vandales, et les habitants passés au fil de l'épée. Parmi ceux-ci Reims eut la douleur de perdre son évêque, saint Nicaise, tombé avec sainte Eutrope, sa sœur, et les diacres Florence et Joconde, sous les coups des ennemis, au moment où il s'avançait au-devant d'eux pour les arrêter. Troyes eut également beaucoup à souffrir des incursions des Vandales 2.
L es Franks xS'a^i'ews, tribu delà grande Confédération franke que Julien avait établie, en 338, dans l'Ile des Bataves, ne s'étaient point épargnés à la défense de la ligne du Rhin contre l'invasion ; mais, obligés de céder, ils se décidèrent à leur tour à former en Gaule de sérieux établissements, et sortant à petit bruit de leur île, ils s'avancèrent au midi. Ils étaient fixés dans l'Artois, que le commandant des armées romaines, Aétius, avait dû abandonner à leur chef Mérovée, quand, traînant à sa suite 500,000 hommes chargés des dépouilles des deux empires, et répandant partout la terreur de son nom avec l'incendie, le pillage et la dévastation, parut Attila, le « fléau de Dieu ».
Les Burgundes avaient inutilement tenté de l'arrêter au passage du Rhin près de Râle. Toutes les villes situées entre ce fleuve et la Moselle, la Seine et la Marne furent bouleversées. Troyes ne dut son salut qu'au dévouement de saint Loup, son évêque ^.
1 Longtemps exposé dans la cathédrale aux regards des curieux, ce monument se trouve aujourd'hui dans hi crypte de la chapelle de l'archevêché.
2 Ce n'est pas une raison pour rattacher à ces incursions la naissance du bourg de Vendeuvre (Vandopera, Yandalorum opéra), qui semble remonter à une époque bien plus reculée.
^ Une tradition voudrait que Ghâlons, menacé de destruction, eût été sauvé par l'intercession de son évêque, saint Alpin ; mais les Bollandistes
Les Barbares s'étaient avancés jusqu'à Orléans qu'ils tenaient assiégé ; mais Aétius accourait à la tête de tous les peuples établis dans la Gaule, Wisigolhs, Franks, Alains, Burgundes : à cette nouvelle, Attila recule et bat en retraite dans la direction de Troyes. Arrivé dans les plaines catalauniques, déjà témoins de tant de luttes sanglantes, et serré de si près par l'armée confédérée que l'impatience des Franks venait de les mettre aux prises avec les Gépides et de provoquer un premier engagement, où il était resté 15,000 morts sur la place, il se vit forcé de livrer bataille en un lieu qui tirait son nom du château de Mauriac '. Ce coin du monde fut comme l'aire où se broyèrent d'innombrables nations : quand, au lendemain du choc do tant de guerriers, le soleil vint éclairer le champ de bataille, près de deux cent mille cadavres couvraient la plaine. Mais Attila était vaincu, l'indépendance de la Gaule était sauvée (21 juin 451).
Rassemblant les débris de son armée, le Barbare se mit sous la protection de saint Loup et regagna avec lui le Rhin, suivi de près par les Franks, mais toujours redoutable aux provinces qu'il traversait. Langres, en particulier, eut tellement à souffrir, que Fraternus, son évêque, n'y trouvant plus où reposer sa tête, dut un moment transférer le siège de son diocèse à Dijon. C'est alors que périrent, frappés du glaive pour avoir refusé de devenir les épouses d'Attila, les vierges Germaine et Honorée, de Bar-sur-Aube, Aragone et Olivaria, de Chaumont en Bassigny (janvier 452),
Bientôt allait disparaître, avec l'Empire d'Occident, la domination romaine. Au moment où les Franks reconnurent Clovis pour leur chef (481), elle ne s'exerçait plus que sur un petit nombre de villes
(7 septembre) ont fort bien prouvé que la légende manque de fondement, et qu'Alpin n'a dû monter sur le siège de Ghàlons qu'après Amandin (Amand), entre 461 et 46o. Disciple de saint Loup, qu'il paraît avoir accompagné dans la retraite d'Attila, il aurait été assez heureux, ainsi que l'indique la seconde de ses légendes, pour obtenir la liberté d'un grand nombre de captifs enlevés sans doute à la cité (V., au t. 111, la liste des évêques de Châlons).
' Et qui serait Moirey (commune de Dierrey, dans l'Aube). Voyez sur le lieu delà bataille une savante dissertation de M.Anatole de Barthélémy, dans la Revue des Questions historiques, ann. 1870. L'auteur y traite également la question des rapports de saint Alpin avec Attila.